« Aux Etats-Unis, un an après Dobbs, ce droit demeure un enjeu crucial de la présidentielle de 2024 »

Le 24 juin 2022, par l’arrêt Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization, dit Dobbs, la Cour suprême des Etats-Unis supprimait le droit constitutionnel à l’avortement. L’emblématique arrêt Roe v. Wade de 1973 était renversé. Désormais, ce sont aux Etats fédérés de se prononcer sur ce droit fondamental des femmes à disposer de leur corps.

Dans l’Amérique post-Roe, aujourd’hui, quatorze Etats (sur cinquante) ont complètement supprimé ce droit et six autres le restreignent radicalement, souvent dès six semaines de grossesse. Le sud du pays et le Midwest l’ont ainsi largement fait disparaître. Quant aux « exceptions », en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la viabilité du fœtus ou pour la vie des femmes, médecins et associations s’accordent à dire qu’elles ne sont que théoriques.

Il faut bien comprendre, en effet, qu’avec les lois anti-avortement, la santé gynécologique des femmes est menacée et beaucoup risquent la mort, faute de soins. L’approche est profondément genrée, puisque l’immense majorité des décideurs locaux qui, depuis un an, sont allés dans le sens d’une interdiction de l’avortement, sont des hommes du Parti républicain (1 300 sur un peu moins de 1 600).

Criminalisation de l’avortement

Les candidats aux primaires du Grand Old Party en vue de l’élection présidentielle de 2024, de Donald Trump au gouverneur de Floride, Ron DeSantis, en passant par l’ancien vice-président Mike Pence, promettent du reste de restreindre davantage ce droit. Car, de l’avis des juristes spécialistes du sujet, comme Mary Ziegler, Dobbs n’est pas une fin, mais un début. Sous la pression de groupes fanatiques influents, il s’agit, par exemple, de voter une loi fédérale interdisant totalement l’avortement sur le territoire national.

Le dernier épisode en date, qui n’est pas terminé puisqu’il y a de fortes probabilités qu’il soit in fine tranché par la Cour suprême d’ici à quelques mois, est celui de la pilule abortive, utilisée dans le cas de plus de la moitié des avortements et dont la prescription a été facilitée ces dernières années. Si la plus haute juridiction du pays en venait à révoquer l’autorisation de mise sur le marché émise par la Food and Drug Administration (FDA), elle irait encore plus loin que Dobbs. En outre, mettre un terme aux prérogatives de la FDA sur la pilule abortive ouvrirait la voie à l’interdiction d’autres médicaments qui déplaisent aux extrémistes religieux ou aux complotistes (traitements hormonaux, contraceptifs, vaccins, etc.).

Le Parti républicain s’est fait l’otage d’une base ultra-militante, celle qui vote aux primaires. Certains sont même prêts à livrer une bataille pour la criminalisation de l’avortement, comme en Caroline du Sud, où plusieurs élus ont tenté d’en faire un homicide dans la loi.

Il vous reste 45.16% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.