Il y a ceux qui ont la technique de la pile de CV déjà imprimés, d’autres débarquant la fleur au fusil pour tâter le terrain. Certains sont parfois venus préparer un virage professionnel. Profils changeants mais volonté commune : celle de travailler en Principauté de Monaco.
La deuxième édition du forum « »Monaco pour l’Emploi » ce vendredi a réitéré le succès initié en septembre dernier de ce salon rapprochant les entreprises des demandeurs d’emploi. Cent vingt sociétés ou institutions de la Principauté ont joué le jeu occupant les stands installés au Grimaldi Forum pour mettre en avant les opportunités professionnelles en leur sein.
Impulsé par le gouvernement princier qui l’a largement promu, le Forum a connu un engouement matinal dès 8h30 où le tout Monaco économique était sur le pont pour l’ouverture, par le prince Albert II, de l’événement avant l’arrivée des premiers candidats. Ils auront été 5.007 tout au long de la journée, contre 3.600 en septembre dernier.
« Gagnant-gagnant »
Du saisonnier au banquier en passant par les personnels de santé, Monaco pour l’Emploi a vu large. « Le marché de l’emploi est très dynamique, mais le point marquant que rappellent très souvent les chefs d’entreprise à juste titre, c’est la difficulté à recruter », résume le ministre d’État, Pierre Dartout.
Complété par le conseiller de gouvernement-ministre pour les Affaires sociales et la Santé Christophe Robino, listant le marché concurrentiel, les problèmes de mobilité et les changements des attentes des candidats face à l’emploi comme achoppements pour venir travailler en Principauté.
Outre le fait de faciliter les rencontres, « l’intérêt du Forum est de permettre à tous les candidats potentiels, au-delà de Monaco et des communes limitrophes, d’accéder à cette offre d’emploi à laquelle ils ne pourraient pas prétendre du fait des contraintes et des priorités réglementaires monégasques », continue Christophe Robino.
« Les candidats prioritaires ne couvrent que 30 à 35 % des besoins. Le seul moyen d’assumer cette croissance constante de candidats à l’emploi est d’aller les chercher dans les Alpes-Maritimes, le Var et en Italie. Même si on perd des candidats avec nos contraintes, on en gagne d’autres. L’attractivité, elle est là. »
Les chiffres doivent en attester. La Principauté compte aujourd’hui 64.000 salariés, secteurs publics et privés confondus. Ce dernier a augmenté de 5,6 % entre novembre 2022 et novembre 2023 où l’on constate 4.000 nouveaux emplois créés.
« Lors du premier Forum, avec l’affluence, on a vu que Monaco est attractif. On a des contraintes mais il faut voir les bons côtés, on a de belles entreprises, de beaux profils de carrière, nos règles sur l’embauche ne sont pas un frein à l’emploi, notre modèle social favorable. C’est gagnant-gagnant », plaide Pascale Pallanca, qui dirige la direction du Travail.
LVMH dans la boucle
Après le succès de la première édition du Forum en septembre, le gouvernement a été plus ambitieux encore ce vendredi en s’installant dans un vaste espace du Grimaldi Forum, organisant les zones par secteurs d’activité et s’ouvrant vers des bassins de recrutement moins proéminents et pourtant demandeurs dans le pays : l’enseignement, la communication et le numérique, les métiers artistiques aussi notamment pour l’Opéra.
« Le mois de février nous semble opportun pour organiser chaque année le Forum, notamment pour le secteur hôtelier, qui recrute à cette période les saisonniers qui viendront renforcer leurs équipes », appuie Christophe Robino. L’affluence, ce vendredi, devant le stand de la SBM ou du Métropole en atteste.
« Si la problématique du recrutement concerne tous les secteurs d’activité, les besoins dans notre pays pour l’hôtellerie et la restauration sont très importants », continue le conseiller de gouvernement-ministre, plaidant une concurrence importante dans la région.
Dans un autre genre, Monaco manque aussi de juristes et de comptables. « Ce sont des professions nécessaires et nous n’en avons pas beaucoup dans nos demandeurs d’emploi. Quand ces catégories de professionnels viennent chez nous s’inscrire, ils sont immédiatement recrutés », assure Pascale Pallanca.
L’un des jolis coups de ce Forum est d’avoir fait venir depuis Paris des recruteurs du groupe de luxe LVMH, dont plusieurs marques sont établies en Principauté. Et d’autres s’apprêtent à s’y installer. « Le meilleur moyen de nous imprégner était de venir pour bien cerner les enjeux des demandeurs d’emploi et avoir la possibilité de rencontrer ceux qui sont au cœur de l’action », explique Cléry Bernard, RH pour la maison Tiffany, une des marques phares du groupe dont la première boutique doit ouvrir fin avril, place du Casino.
L’équipe sera composée de huit salariés à plein temps et deux saisonniers. Un casting qui a pu être complété par des rencontres sur le Forum.
Le BTP mise sur la jeunesse
Quand le bâtiment va, tout va. Pour conforter l’adage, les équipes de la Caisse de formation du bâtiment étaient sur le pont pour convaincre les bonnes volontés. La toute nouvelle structure entend promouvoir la profession et développer la formation pour faire monter les compétences nationales. « Nous avons cette réputation d’une corporation peu sexy. Il faut qu’on change l’image, les métiers ont évolué et nous voulons attirer les jeunes », explique Nicolas Gentelle, qui préside la Caisse.
« Un cerveau à utiliser »
Plusieurs étudiants en alternance, ce vendredi, se sont d’ailleurs montrés intéressés d’intégrer une entreprise du BTP monégasque. « C’est le meilleur type de formation, assure Nicolas Gentelle. Les étudiants ont un enseignement théorique et vivent la vraie vie. On ne tombe pas dans le stéréotype de gens qui ont fait cinq ans de formation et tout d’un coup arrivent sur le terrain, et il leur faut du temps pour comprendre leur travail. En alternance, on sait leur donner nos valeurs d’entreprise et leur jeunesse nous ouvre à des vues nouvelles. »
Pour autant, le secteur accepte tous les profils, et même les reconversions professionnelles sont possibles. « Nous sommes friands d’une personne dès lors qu’elle est motivée à travailler, qu’elle a de la curiosité, l’envie d’apprendre. Ce qui nous manque le plus ce sont des gens qui ont envie de travailler et qui ont un cerveau à utiliser. »
Philippe Ortelli, président de la Fédération des Entreprises monégasques, à l’occasion d’un point presse en marge du Forum.
« Il y a un vrai plaisir à venir bosser, une vraie attractivité des entreprises monégasques, mais des gens nous abandonnent pour aller bosser à Nice ou à Sophia Antipolis à cause des problèmes d’accès. Une heure trente pour venir de Nice, le matin, c’est inadmissible ! Nous avons un vrai problème de logements d’actifs dans les communes limitrophes. Notre économie croît, il faut qu’on mette des infrastructures en place pour garantir jour et nuit de pouvoir rentrer chez soi, en transport. Nous portons depuis longtemps cette idée d’avoir un métro entre l’aéroport de Nice et Vintimille qui donnerait un avenir à 100 ans sur notre territoire et une vision pour toute l’économie monégasque.”
Philippe Ortelli, président de la Fédération des Entreprises monégasques, à l’occasion d’un point presse en marge du Forum.
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