Avec son écran géant de 3 tonnes, l’Opéra de Monte-Carlo à la pointe de la technologie pour des effets visuels époustouflants

Avec Don Carlo en novembre puis Giulio Cesare in Egitto qui s’est conclu en même temps que le mois de janvier, l’Opéra de Monte-Carlo a mis les petits plats dans les grands. « C’est une nouvelle ère », sonne Patrice Ayrault, directeur technique. Une nouvelle ère qui fait écho à l’arrivée, l’an dernier, de Cécilia Bartoli à la tête de l’Opéra, prenant la suite de Jean-Louis Grinda. Une nouvelle ère technique qui en a déjà mis plein les yeux à ses spectateurs depuis le début de la saison.

La raison principale? L’installation d’un gigantesque écran LED de 11 mètres par 8 et d’environ 3 tonnes, qui vient plonger un peu plus l’audience dans la réalité du spectacle ou bien l’imaginaire des décors. Une preuve que les progrès technologiques sont une quête incessante de l’Opéra de Monte-Carlo qui n’a pas fini de nous surprendre. « On se dirige vers l’informatique », reprend Patrice Ayrault, parti à la retraite en 2020 après 18 années passées en Principauté avant d’être rappelé tout récemment pour assurer l’intérim quelques mois. « Maintenant on est plus sur de la vidéo, des écrans. Il y a encore quelques années c’était des projections alors qu’aujourd’hui nous travaillons avec des murs de LED qui peuvent aller – comme celui qu’on a monté pour Don Carlo – jusqu’à 20 mètres par 9 de hauteur. Ce sont de grandes structures qui demandent des méthodes de travail différentes. »

« Le public serait aveuglé tellement c’est puissant »

Ces méthodes de travail justement, elles se conjuguent parfois à l’italienne, parfois à l’allemande. « Le choix est libre au metteur en scène et au décorateur qui choisissent les images, précise Patrice Ayrault. On fait appel à des sociétés italiennes, françaises, allemandes… qui gèrent ce genre d’images. On le voit maintenant dans des églises, à la fête de la lumière à Lyon où on projette sur des façades. Sauf qu’ici, on projette sur ce qu’on veut. Pour Jules Cesar, le parti pris était que cela se passait sur le Nil pour son voyage en Égypte et donc sur un bateau. Derrière ce bateau on voit des images de la mer, du pays. »

Le cintre – la partie invisible qui se trouve au-dessus – était plein. Signe que la scène est exploitée à son maximum. « Cela nous permet de faire ce qu’on veut en partant d’un décor unique. »

Ce qu’ils veulent oui, mais pas n’importe comment. « On ne l’exploite pas à 100% sinon le public serait aveuglé tellement c’est puissant », en rigole presque le directeur technique.

Il faut dire que le spectacle a plu. Malgré quelques réfractaires. « Il y a des retours aussi positifs que négatifs. Certains disent que c’est trop, qu’ils avaient le mal de mer [rires]. C’est un Opéra baroque qui dure 3h30 et c’est long. D’autres ont trouvé ça fabuleux et que ça avait été très bien dépoussiéré. On lui a apporté un nouvel élan avec la même musique mais pas le même œil et c’est l’avantage qu’on a. »

Car malgré sa longue carrière, Patrice Ayrault ne se lasse pas. Il n’en a pas le temps. « C’est très rare qu’on fasse deux fois la même chose. [Il regarde un écran sur sa droite qui retransmet en direct les images de la salle Garnier, NDLR]. Prenez l’Opéra qu’ils sont en train de répéter en ce moment [Cavalleria rusticana & Gianni Schicchi], on l’a fait en 2006 mais il n’a rien à voir. Pourtant c’est la même musique. Ce n’est pas le même metteur en scène, ce n’est pas le même décorateur. C’est autre chose. »

L’écran LED de 11 m par 8 et d’environ 3 tonnes. (Photo DR)
Photo OMC/Marco Borrelli.

Monaco pionnier en la matière?

Interrogé sur la capacité de la Principauté d’être précurseur en la matière, Patrice Ayrault n’est pas chauvin. Ce qui ne l’empêche pas de vanter le standing de l’Opéra de Monte-Carlo à travers le monde. « On n’est pas les pionniers mais on est dans les premiers à faire ce genre de décoration. On va partir à Vienne qui a déjà un écran qu’ils ont monté sur charriot comme ils font un opéra différent chaque soir. » Il poursuit. « C’est une volonté de l’Opéra de Monte-Carlo d’être à la pointe de la technologie. De la même manière qu’il y a dix ans, nous étions au projecteur traditionnel. Maintenant, nous sommes au projecteur à LED. Plus besoin de mettre des filtres de couleurs, ça se fait directement par les LEDs. Et puis les projecteurs consomment moins d’énergie. Le réchauffement de la salle était terrible lorsqu’on faisait marcher des lampes incandescentes, on pouvait faire cuire une pizza dessus [rires]. »

« Avant, c’était des projections », explique Patrice Ayrault, directeur technique de l’Opéra de Monte-Carlo Photo OMC/Marco Borrelli.

Si l’Opéra semble pouvoir faire tout ce qu’il veut en termes techniques, la réalité financière et logistique rattrape souvent les fantasmes qui dépassent la raison. « Quand on a une présentation de maquette, on dit ce qu’on peut faire ou ne pas faire en fonction du matériel. Il faut toujours se remettre en question et trouver des solutions. On ne va pas démolir l’Opéra. Mais au bout de 50 ans de travail, on trouve toujours ce petit truc, cette proposition au metteur en scène. Comme ces murs en miroir, le plancher en miroir ou encore le mur en LED. »

Ce dernier sera à nouveau utilisé en avril pour Their Master’s Voice avec Cécilia Bartoli et John Malkovich. Mais l’Opéra de Monte-Carlo ne s’arrête pas là et se projette (déjà). « On parle beaucoup d’écrans qui vont s’enrouler. Pour l’instant c’est du rigide mais on pourra les arrondir, de manière incurvée. On l’avait fait il y a quelques années ici avec « Tannhäuser » où on avait une demi-sphère mais il fallait quatre vidéoprojecteurs pour pouvoir l’habiller. Bientôt on fera la sphère avec les écrans et ce sera plus simple. » On n’arrête jamais le progrès.

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