«Banel & Adama», un amour de Sénégal

Alors que les histoires d’amour racontent le plus souvent des rencontres, dès le début, Banel et Adama, pas encore 20 ans, s’aiment et sont déjà en couple. A l’encontre des traditions, ils aspirent à vivre libres et égaux à l’écart de leur village sénégalais. Banel sait même qu’elle ne souhaite pas d’enfants. Il faut dire qu’elle a déjà été mariée, de force, au frère aîné d’Adama, opportunément décédé. Quant à Adama, il a fait savoir qu’il n’entendait pas reprendre la fonction de chef du village qu’occupait son père. L’horizon ainsi dégagé, ils ont entrepris de désensabler deux petites maisons abandonnées pour ne plus avoir à vivre chez la mère d’Adama. Et tant pis si le village les regarde de travers: leur amour est assez fort pour se suffire à lui-même.

Des couleurs et des questions

Le temps des contes de pêcheurs qui savaient parler aux sirènes de la rivière et autres belles sornettes est bien fini. Banel doit aider sa belle-mère aux champs ou avec le linge alors qu’elle préférerait faire l’amour avec Adama. Et surtout, le manque d’eau commence à se faire sentir, forçant Adama à mener paître toujours plus loin son troupeau de vaches amaigries. Et si cette malédiction venait de son refus d’endosser ses responsabilités? Ou alors du caractère si fièrement individualiste de Banel? Sans hâte, la cinéaste distille informations et questions au travers d’un langage essentiellement poétique. «Tout est lié» déclare le frère de Banel, qui a embrassé et enseigne l’islam, qui gagne du terrain au Sahel.

Rencontre: C.J. «Fiery» Obasi: «Je veux avoir un regard plus élevé sur les peaux noires»

C’est ainsi qu’insensiblement leur rêve d’amour s’éloigne. Sera-t-il même possible de rester sur ces terres ancestrales? Riche de couleurs magnifiques au début, le film se décolore au fur et à mesure que la sécheresse, la chaleur et la mort gagnent du terrain. Pourtant, l’idée la plus troublante de la cinéaste est encore de nous placer du côté d’une héroïne forte – voire «occidentalisée» – mais pas forcément si admirable. Est-ce vraiment le monde qui se ligue contre eux, ou bien l’idéal romantique lui-même qui s’oppose à la marche du monde? Après les récents Tu mourras à 20 ans d’Ajad Abu Alala (Soudan), This Is Not a Burial, It’s a Resurrection de Lemohang Jeremiah Mosese (Lesotho) et Mami Wata de C.J. «Fiery» Obasi (Nigeria), le cinéma africain est décidément en train de trouver des voix et des voies nouvelles. Il serait temps de les découvrir et de les encourager plus avant.


Banel & Adama , de Ramata-Toulaye Sy (Sénégal, France, Mali, 2023), avec Khady Mane, Mamadou Diallo, Binta Racine Sy, 1h27.

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