Biden, une entame de campagne en sourdine

Des blagues en smoking, des rendez-vous très institutionnels, et beaucoup de blancs dans l’agenda. Officiellement candidat depuis une semaine à sa réélection, Joe Biden se fait pour l’instant discret, là où son grand rival Donald Trump laboure le terrain.

Mardi, il était seulement 14H22 locale quand la Maison Blanche a annoncé un « lid », c’est-à-dire la fin du programme officiel du président américain, qui ne s’était de toute façon pas montré de la journée.

Depuis qu’il a demandé aux Américains de le réélire en 2024, dans un message vidéo diffusé le 25 avril, le démocrate de 80 ans n’est certes pas resté inactif.

Il a reçu le président sud-coréen et celui des Philippines, il a célébré la fête de l’Aïd el-Fitr avec des représentants de la communauté musulmane, il a vanté sa politique en faveur des petites et moyennes entreprises, il a participé à une réunion – téléphonique – avec le parti démocrate.

Mais c’est là un programme très institutionnel, en territoire connu, loin de l’image plus alerte que Joe Biden, 80 ans, a par exemple voulu projeter samedi lors du dîner de gala des correspondants de la Maison Blanche, l’événement mondain de l’année à Washington.

– « Dark Brandon » –

Le démocrate a ravi ses fans en chaussant ses lunettes de soleil préférées et en se décrivant pour rire comme « Dark Brandon » – une sorte d’alias virtuel au regard laser. Il s’agit d’un « meme » populaire depuis quelques mois dans le camp démocrate.

Dans la bataille d’internet, Donald Trump n’est évidemment pas en reste, lui qui commercialise des cartes de collection numériques à son effigie, dont l’une le montrant en super-héros musculeux aux yeux lançant des éclairs.

L’ancien président américain Donald Trump salue des partisans après une réunion de campagne à Manchester (New Hampshire) le 27 avril 2023 / AFP

Mais le républicain mène aussi une campagne de terrain.

Il se montre au contact des électeurs dans les Etats stratégiques, il distribue ses casquettes rouges et s’arrête au fast-food du coin.

Jusqu’ici cette stratégie semble lui réussir, au moins dans la perspective de la primaire républicaine: le gouverneur de Floride Ron DeSantis, présenté comme un rival potentiel, a du mal à percer et Donald Trump, malgré sa récente et spectaculaire mise en examen, domine le camp conservateur.

Face à cette « stratégie du fast-food » de son prédécesseur, Joe Biden s’en tiendra-t-il à une « campagne de la roseraie », l’élégant jardin de la Maison Blanche où il vient souvent vanter son bilan devant des invités triés sur le volet?

Sa porte-parole a indiqué mercredi que pour l’instant, elle n’avait pas de déplacement de terrain à annoncer ces prochains jours.

Joe Biden, qui demande à être réélu pour « finir le travail », estime sans doute que rien ne presse. Il a l’avantage du sortant: aux Etats-Unis, un président qui se représente, avec déjà tous les attributs du pouvoir suprême, est le plus souvent réélu.

– Argent –

Quant aux sondages, peu encourageants, le démocrate fait mine de ne pas s’en soucier. Lors de la soirée de gala de samedi, il a blagué: « Ce dîner est l’une des deux grandes traditions de Washington. L’autre est de nous sous-estimer, moi et Kamala » Harris, la vice-présidente et co-listière.

Biden, une entame de campagne en sourdine

Le président américain Joe Biden pendant le dîner de l’association des correspondants à la Maison Blanche, le 29 avril 2023 à Washington / AFP

Sa directrice de campagne ne sera opérationnelle que mi-mai, selon la presse américaine, laquelle signale que la grande offensive de levée de fonds du camp Biden est encore à venir – un aspect stratégique s’il en est, puisque selon toute vraisemblance cette course à la présidentielle battra, une fois encore, tous les records de dépenses.

Pour l’élection de 2020, Joe Biden avait mené une campagne volontairement discrète, mettant en avant les précautions face à la pandémie de Covid-19, faite de vidéos et de rassemblements en « drive-in », avec des partisans restant dans leurs voitures.

Il ne peut pas se permettre de la répliquer à l’identique cette fois-ci. Un programme jugé trop léger ne ferait qu’alimenter les spéculations et les critiques sur ce qui reste son plus grand handicap aux yeux des électeurs: son âge.


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