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À quoi mesure-t-on le chemin parcouru ? Parfois à des lieux symboliques. Ceux que l’on fréquentait à ses débuts, ceux que l’on a atteints bien des années plus tard. Quand il avait huit ans, Alexis Thomas défendait les couleurs d’Hénansal, son petit village costarmoricain, dans un ancien poulailler.
Ce fils de basketteuse était déjà plus grand que les autres, lui qui mesure 2,08 mètres, et sans doute meilleur aussi. Vingt ans après ses premiers pas dans ce drôle de gymnase, il se prépare à fouler le parquet du nouveau Palais des Sports de Caen.
Savoir que je vais jouer dans une salle comme ça, c’est juste énorme. J’ai hâte qu’on s’installe et qu’on amène une âme. C’est à nous d’écrire l’histoire. C’est stimulant.
Alexis Thomas, 28 ans, avait besoin d’être galvanisé après une saison morose. La saison dernière, il a terminé lanterne rouge de Pro B avec son équipe de Saint-Vallier. Forcément, l’expérience a laissé des traces. « Ce qui m’anime, c’est de prendre du plaisir à jouer au basket, dit-il. L’année dernière, ça n’a pas été le cas. Les semaines sont un peu plus longues quand on ne gagne pas beaucoup de matchs… »
Une large palette de jeu
L’année a toutefois été riche d’enseignements pour le natif de Saint-Brieuc. « J’ai appris plein de choses sur moi-même. » Le basketteur en est sorti encore grandi, lui qui dépasse déjà de quelques centimètres ses adversaires directs au poste d’ailier fort.
Je suis grand, je cours vite, je saute haut. En termes d’explosivité, de latéralité, il y a un gap entre la N1 et la Pro B. Je n’étais pas forcément le plus à l’aise. En Pro B, il y a pas mal de postes 4 plus petits et plus rapides que moi. J’ai axé mon travail là-dessus, pour progresser dans la vivacité.
Alexis Thomas a aussi planché sur son cardio et sa vitesse durant l’été. Formé au Mans et à Nancy, il affiche une belle palette de jeu avec son adresse et sa capacité à courir en transition. Quand Saint-Vallier est monté, lors de la première de ses trois années au club, il tournait à 12,6 points et 5,8 rebonds par match en moyenne.
À la recherche du plaisir
Naturellement, le promu lui avait proposé de prolonger son contrat à l’échelon supérieur. Alexis Thomas s’y est moins distingué, marquant entre 5 et 6 points par match en moyenne pendant deux saisons, pour 3,3 rebonds. Mais celui qui est aussi passé par Épinal (2016-2018) et Tarbes (2018-2020) en Nationale 1 a retenu d’autres leçons de ce passage.
Le résultat est primordial dans notre plaisir. Je m’en rends compte au fur et à mesure des saisons. Souvent, c’est comme ça que le groupe va bien vivre. On dit que pour gagner, il faut que le groupe vive bien. Je pense que c’est l’inverse.
Est-ce à dire que les relations internes étaient difficiles l’an passé à Saint-Vallier ? « Pas spécialement. Comme quoi, ce n’est pas binaire », avance l’homme aux mots réfléchis.
Il connaît la recette
De la Drôme, Alexis Thomas a aussi ramené une certitude. Pour monter directement en Pro B, « l’une des clés, c’est de gagner les matchs qui comptent double ». Les « matchs bascules » contre les autres équipes du top 5 revêtent la plus haute importance. « Si on ne les gagne pas, c’est mort. » Du moins, il faut passer par la case playoffs toujours incertaine.
Caen n’en est pas encore là. Le CBC en est au stade de la préparation, avec un 3/3 très convaincant jusqu’à présent. La dernière sortie, face aux Sables d’Olonnes (N1), a permis à Alexis Thomas de se distinguer avec 19 points (à 4/4 à trois points) et sept rebonds. Sa philosophie porte déjà ses fruits.
Ce que je veux, c’est donner le maximum tous les jours pour m’aider moi et l’équipe. Le temps de jeu viendra avec.
La forte concurrence interne, à un poste où évolue Mounir Bernaoui, n’est pas quelque chose qui l’effraie. « Elle tire tout le monde vers le haut. Si on est tranquille et qu’on ne se remet pas en question, on ne progresse pas autant. Chaque poste s’est pourvu de deux joueurs qui peuvent jouer, qui veulent jouer. C’est ce qui va nous faire tirer le meilleur de nous-mêmes, chacun individuellement, pour être au service de l’équipe. »
« Le principal de l’attention et de l’énergie doit être au quotidien »
Les signaux sont positifs pour Alexis Thomas et ses partenaires. Le Breton a ce qu’il faut pour repartir de l’avant. « Je suis hyper content d’être ici. Ça peut être une façon de rebondir, juste de reprendre du plaisir, de kiffer être sur le terrain. » Caen est aussi la ville d’un certain équilibre, pas loin de la Bretagne où réside la famille du jeune homme et de Paris, où sa compagne vit. « Le projet sportif a primé, mais la proximité a pesé dans la balance. »
Alexis Thomas, titulaire d’un BTS dans l’immobilier, sera un atout majeur de Caen dans la quête d’une montée. Pas seulement sur le terrain. « J’ai appris que ça pouvait causer du tort de trop se projeter, de ne pas être dans l’instant. On pense à l’après-carrière alors qu’on a 25 ans. C’est bien, il faut se prendre en main. Mais le principal de l’attention et de l’énergie doit être au quotidien. »
On a un groupe construit pour monter. On ne va pas se le répéter toute l’année. On le sait. Maintenant, on met les actions en place.
Ce vendredi 1er septembre 2023 (20h00), Caen affrontera Evreux (Pro B) pour un quatrième match de préparation à Granville. Un vrai test pour Alexis Thomas, qui pourra vérifier que « la vraie différence est athlétique entre la Pro B et la N1 ». Cette Pro B lui fait probablement envie, moins toutefois que le bonheur simple d’exercer sa passion.
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