CAN – Demi-finales – « On n’a plus peur de rien » : Que peut-il vraiment arriver à la Côte d’Ivoire ?

On ne connaît pas la chanson par cœur, mais on a le refrain en tête. Celui de l’équipe qui démarre très laborieusement une compétition internationale pour la terminer en apothéose. Ce n’est pas fréquent, mais suffisamment marquant à chaque fois. On se souvient de l’Italie lors du Mondial 1982, trois points lors de la première phase de poules, qualifiée parce qu’elle avait marqué un but de plus que le Cameroun. Du Portugal à l’Euro 2016, qualifié lui aussi in extremis après trois matches nuls, et aidé par un format qui sauvait les meilleurs troisièmes.

La Côte d’Ivoire est encore très loin d’avoir décroché la troisième CAN de son histoire. Mais si elle doit s’accrocher aux scenarii précédemment cités, le pays hôte de la Coupe d’Afrique des Nations a coché la première case : se relever de situations que l’on pouvait difficilement imaginer plus mal embarquées. La sélection d’abord entraînée par Jean-Louis Gasset, remercié à l’issue de la phase de groupes, avait pourtant idéalement commencé en battant la Guinée-Bissau dans une ambiance de feu (2-0). Mais elle s’était ensuite effondrée sans explication contre le Nigeria (0-1) et surtout la Guinée Equatoriale (4-0).

Depuis le début de la phase à élimination directe, où Emerse Faé a pris les rênes à défaut de mieux, en tout cas à défaut de Hervé Renard, elle a passé beaucoup plus de temps virtuellement éliminée que virtuellement qualifiée. En huitièmes, les coéquipiers de Seko Fofana ont été menés durant 82 minutes avant d’arracher la prolongation puis de s’imposer aux tirs au but. En quarts, à dix contre onze, ils ont encore une fois égalisé au bout du suspense (90e), avant d’arracher leur qualification sur leur ultime attaque des prolongations (120e+2).

La Côte d’Ivoire célèbre sa qualification à la maison

De véritables « ressuscités », comme aime à le rappeler Emerse Faé. Après les « larmes » et les « insultes », le champ lexical a changé aussi drastiquement que l’état d’esprit. Le grand écart est frappant : la Côte d’Ivoire n’a désormais « plus peur de rien », comme l’a assuré Seko Fofana à l’AFP avant d’affronter le Congo, mercredi en demi-finale (21h).

« Ça part de la Guinée Équatoriale, a détaillé l’ancien milieu de terrain du RC Lens. On était au fond du trou. On a dû attendre des matches pour espérer une qualification, ce qui est arrivé. On s’est senti seul, mais on a réussi à ‘switcher’. Les champions arrivent à passer à autre chose ». Des champions comme Max-Alain Gradel et Serge Aurier, les seuls rescapés du dernier titre en 2015, réintégrés avec succès dans le onze de départ, tout comme Jean-Michaël Seri.

« Je pense que mentalement, quand tu es ressuscité comme on l’a été, il n’y a plus rien qui te fait peur, on fonce, on y va », a également lancé l’ancien latéral droit du PSG à l’AFP. En plus d’être de nouveau portés par leur public, les Eléphants le sont par une foi qui semble inébranlable, et une confiance retrouvée. A l’excès ?

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La Côte d’Ivoire est en demie de sa CAN

Crédit: Getty Images

Gare à l’excès de confiance

Il s’agira de savoir dans quelle mesure ce n’est pas précisément cette peur qui a servi de moteur à un groupe qui a constamment dû puiser au fond de ses ressources, quand il a concédé un but d’entrée contre le Sénégal, ou une exclusion précoce contre le Mali. De ne pas oublier, non plus, que la RD Congo a elle aussi connu un chemin cabossé jusqu’ici, avec trois nuls en poules, une qualification aux tirs au but en huitièmes puis, enfin, une première victoire dans la compétition en quarts, après avoir été menée contre la Guinée (3-1).

Les Ivoiriens ne sont pas les seuls en mission, et la force du parcours ne pourra pas qualifier tout le monde mercredi. L’Italie 82 avait Paolo Rossi et ses 6 buts, le Portugal 2016 avançait beaucoup plus dans l’ombre. Pour la Côte d’Ivoire, la vérité se situe certainement entre les deux. Elle n’a ni un tel buteur, ni le luxe d’avancer masquée. Mais elle a Franck Kessié, Seko Fofana, des cadres retrouvés et des héros improbables comme Simon Adingra. Et elle n’a plus peur.

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