Ces Belges du bout du monde (2/5) : Dominique Jonckheere a ouvert une académie à Conakry, “le football est une religion en Guinée”
Entraîneur bien connu dans le monde du football brabançon, il a repris le chemin de la Guinée il y a près d’un an pour y vivre de nouvelles expériences et lancer ces projets qui lui tenaient tant à cœur. La première raison de sa venue, c’est une mission pour la Fifa. “C’est un projet pour les enfants. Avec l’âge, je me suis rendu compte que j’avais envie de m’impliquer dans des projets à destination des enfants et plus vraiment de travailler avec des adultes comme je le faisais en Belgique. Avec le ministre des sports Béa Diallo, j’ai pu me lancer dans ce projet destiné aux enfants âgés de 6 à 12 ans. L’objectif est de se rendre dans les écoles, de former les enseignants afin qu’ils puissent encadrer les jeunes et leur apprendre des choses via le sport”, explique-t-il.
L’académie Bel-Gui
Parallèlement à cette mission pour la Fifa, Dominique Jonckheere a souhaité s’impliquer encore plus dans la vie sur place et notamment en y alliant sa passion pour le football. C’est ainsi qu’il s’est lancé dans la création d’une académie à destination des jeunes. “À la base, j’étais venu pour un projet Fifa pour la jeunesse. Mais au dernier moment, le projet a été mis en attente. En attendant que les choses bougent, j’ai activé certaines connexions que j’ai sur place puisque j’ai travaillé ici par le passé. Je me suis dit pourquoi pas se lancer dans un projet pour la jeunesse et c’est comme ça que le projet de créer une académie est né. Après une première tentative il y a quelques mois, nous avons lancé un projet d’académie plus structuré il y a un mois et demi en compagnie de mon ami Doudou Diallo, que j’avais eu comme joueur lorsque j’entraînais à Jette.”
« Je m’étais toujours dit que je reviendrais un jour pour commencer quelque chose en Afrique. »
Baptisée Bel-Gui (pour Belgique et Guinée), l’académie lancée à Conakry, la capitale du pays, propose une véritable philosophie au service de la jeunesse. “J’ai apporté mon aide à Dominique, que ce soit avec un apport financier ou pour l’aider à structurer l’académie, explique Doudou Diallo. Ensemble, nous souhaitons promouvoir le sport, former les jeunes et détecter les talents qui sont très nombreux en Guinée, comme partout en Afrique. Techniquement, ils sont très forts, tactiquement c’est autre chose et grâce à l’expérience d’entraîneur de Dominique en Belgique, nous pouvons les encadrer en mieux et les aider à grandir.”
Dominique, lui, est sous le charme de cette culture du football omniprésente en Guinée. “On joue au football partout ici, c’est juste incroyable. Le moindre espace est utilisé par des enfants qui jouent au football. C’est comme ça que m’est venue l’idée de lancer une académie, pour apporter une structure à ces jeunes. Beaucoup d’académies ont vu le jour en Guinée mais elles sont rarement destinées aux jeunes enfants. Et puis, quand les parents voient qu’elle est tenue par un Européen, ils se disent que c’est plus sérieux, qu’il y aura une vraie structure et que nous pourrons apprendre quelque chose à leur enfant.”

Les enfants, la priorité du projet de Dominique Jonckheere et de son académie Bel-Gui. Des jeunes dont il faut parfois canaliser l’enthousiasme et les rêves. “Quand les enfants voient un Européen, leurs yeux brillent car ils pensent tous qu’ils vont pouvoir partir en Europe. J’essaie d’être le plus correct possible avec eux et de leur faire comprendre que tous ne pourront pas réaliser ce rêve. Mais il y a de très bons clubs dans cette Ligue 1 en Guinée. Je sais que beaucoup leur font des promesses intenables, ce n’est pas du tout mon but. Mais ce n’est pas pour autant que nous ne nous donnons pas les moyens de tous les faire réussir. La preuve, il y a peu, nous sommes allés à Dakar avec 19 joueurs afin de leur faire passer des tests au sein d’une académie gérer par Demba Ba et Mélissa, la sœur d’Onana. Au final, ils ont gardé quatre de nos jeunes, preuve que notre travail est de qualité.”
Il est tombé amoureux de l’Afrique
S’il vit très loin de la Belgique et de sa famille, s’il fait énormément de sacrifices, Dominique Jonckheere veut mener à bien sa mission en Guinée. “J’avais deux options : soit je restais en Belgique pour entraîner au niveau provincial, soit je me lançais dans un projet qui a du sens. J’avais toujours dit que je souhaitais revenir en Afrique pour créer quelque chose car il y a tout à faire ici, surtout en Guinée. Grâce à mon ami Doudou, j’ai eu la chance de me lancer dans ce projet et de le faire d’une façon qui me correspond.”
« Partout dans les rues vous trouvez des enfants en train de jouer au football. »
Aujourd’hui, le Bruxellois ne regrette pas son choix. Au-delà du football, il a découvert une nouvelle façon de vivre. Une nouvelle culture aussi. “On dit toujours à celui qui vient en Afrique : soit tu aimes, soit tu n’aimes pas. Moi je l’adore. Les gens sont d’une gentillesse extraordinaire, impossible à décrire. Et puis le football est une religion en Guinée. Partout dans les rues vous trouvez des enfants en train de jouer au football. Je me sens très bien dans ce pays, les gens de mon quartier sont très gentils et je me suis fait à la culture africaine. Le seul point négatif, c’est la ponctualité à un rendez-vous. Moi qui suis très à cheval sur les horaires, ça a été plus compliqué à accepter mais aujourd’hui, on en rigole et je commence doucement à me mettre à l’heure africaine.”
Au quotidien, Dominique vit dans un quartier de Conakry, la capitale de la Guinée. “Petit à petit, je fais partie intégrante de la vie des gens en Guinée. On m’a même demandé d’être consultant pour la télévision lors de la prochaine Can. Je me suis totalement adapté à la culture africaine, je mange africain, jamais rien d’européen. J’évite seulement les piments (rires). Je mange d’ailleurs très souvent avec mon ami Doudou et son épouse. Des personnes très importantes pour moi là-bas, ce sont eux qui m’ont permis de rester debout quand j’ai connu des coups de mou en raison de l’éloignement avec mes proches.”
À près de 5 000 km des siens
À vol d’oiseau, près de 5 000 km séparent Conakry de Bruxelles. Après plusieurs mois passés en Guinée, le manque de sa famille se fait sentir, même s’il est revenu en Belgique pour quelques jours il y a peu. “Je suis resté onze mois sans retourner en Belgique. Madame a accepté mon choix, mes enfants sont grands, le comprennent et en sont même fiers. Mais tout ça ne m’empêche pas de me demander s’ils vont bien, si tout se passe bien pour eux. Je n’étais pas là quand mon fils s’est cassé la jambe, je n’étais pas là non plus quand ma fille a accouché. Ce sont des moments difficiles, l’éloignement avec la famille n’est pas simple à vivre tous les jours mais je sais pourquoi je suis là et puis je suis bien entouré ici.”
Il y a aussi ce sentiment de fierté que lui apporte son implication au quotidien pour les jeunes à Conakry. “Je n’ai pas beaucoup de mots pour dire ce que je ressens. C’est surtout une fierté, un sentiment d’apporter quelque chose à des jeunes qui ont envie de grandir. Des jeunes avec un énorme respect envers moi et que je tente de guider au mieux. Je ne sais pas encore quand je rentrerai en Belgique mais c’est certainement ce jour-là que je me rendrai compte de tout ce que j’ai pu apporter et surtout de tout ce que cette expérience a pu m’apporter.”
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