« C’est pour redonner de la vie »: Fight Aids Monaco rend hommage aux victimes du sida avec 10 courtepointes

Raconter l’histoire de vies perdues trop tôt. Rendre hommage à ceux qu’ils ont aimés et perdus. Encourager le soutien aux personnes vivant avec le VIH et leurs proches. Se souvenir, comprendre, éduquer et agir. Les courtepointes, déployées par les bénévoles de Fight Aids Monaco chaque année depuis 12 ans le 1er décembre, c’est un peu tout ça à la fois.

Un catalyseur pour rappeler que le virus circule toujours, et l’impact dévastateur de la maladie sur la vie des malades et celle de ceux qui les entourent. « La courtepointe nous permet de voir, non pas une maladie et un ensemble de statistiques, mais une mère, un père, un enfant, une sœur ou un frère, un conjoint, un ami. Elle permet d’enseigner la compassion, triompher des tabous, combattre la stigmatisation », appuie Teresa, bénévole chez Fight Aids Monaco.

Entre 2022 et 2023, « nous avons perdu cinq personnes à Fight Aids Monaco », dévoile le directeur de l’association, Hervé Aeschbach. Ces cinq personnes ont été honorées sur une courtepointe dévoilée cette année.

Parmi elles, Fadila, la compagne de Patrick Me et amie d’Agnès. Tous les deux vivent avec le VIH depuis près de 40 ans. Alors des noms sur ces courtepointes, ils en ont inscrits, peints, dessinés, honorés, racontés à travers leurs œuvres. « Mes premières courtepointes sont pour des amis qui sont décédés dans les années 90. À un moment où, moi-même, j’étais bien malade. Donc je n’ai rien pu faire, même pas aller à leur enterrement », raconte Agnès. Des années plus tard, à travers ses peintures, elle répare « un acte manqué ». « On fait du bien à la personne à qui l’on rend hommage et on se fait du bien à soi-même. »

Et d’ajouter : « On n’est pas du tout dans la tristesse quand on fait ces courtepointes. On est quatre ou cinq à se réunir dans l’atelier de Fight Aids et on parle entre nous, on rit, on écoute de la musique. On fait ça dans l’amour, la solidarité, la bienveillance. C’est évidemment l’occasion de se remémorer des souvenirs partagés avec les personnes qu’on a perdues ».

C’est d’ailleurs pour cela que les œuvres, qui nécessitent chaque année près de 200 heures de travail, sont un patchwork de couleurs. « On ne veut pas que ce soit un moment triste, un moment sombre. Au contraire, on veut mettre en lumière les personnes qui sont parties. »

Pour Fadila, les deux amis ont peint « avec leur cœur » une figure pour la représenter. « Fadila était d’origine algérienne donc j’ai fait un symbole algérien avec une inscription en arabe et en français », décrit Agnès. Pour Patrick, qui a partagé sa vie pendant 12 ans, c’est une vue du Moulin rouge éclatant qui évoque celle qu’il a aimée. « Fadila était de Paris, du quartier de Pigalle. Elle habitait juste derrière et revendiquait toujours le Moulin rouge, à chaque fois que l’on parlait de Paris. Elle disait : “C’est mon quartier, c’est chez moi”. »

Fadila est décédée il y a peu. Et son prénom est venu rejoindre ceux qui nourrissent la longue liste de noms énumérés sobrement chaque année au moment du déploiement des œuvres, au milieu des affiliés, bénévoles et permanents de Fight Aids Monaco. Toujours sous le regard bienveillant de celle qui a su fédérer cette communauté forte et soudée, la princesse Stéphanie, présidente de l’association.

Cyril Dodergny.

Angélique, Daniel, Denis, Donato, Élisabeth, Erwan, Cathy, Karim, Linda, Laurent, Fadila… Ils avaient 53 ans, 38 ans, 33 ans, 31 ans, 57 ans, 21 ans ou 25 ans. Ils ne sont plus là mais chaque année, le 1er décembre, ils reprennent vie. « Tous les ans, ça représente énormément pour nous, pour moi, de peindre. Ça me soulage, ça me donne beaucoup de chaleur. Ce n’est pas triste ce qu’on fait là. C’est justement pour redonner du soleil, de la vie, ne pas les laisser tomber et faire en sorte qu’ils soient toujours vivants dans notre esprit », leur rend hommage Patrick, avec toute sa résilience qui force l’admiration.

Cette année, les courtepointes ont été déployées sur la douce mélodie de la chanson Over the Rainbow, interprétée a cappella par le chanteur de jazz barcelonais Frank Barnes. Une minute de silence a été observée. Et, malgré l’amour et la bienveillance, quelques larmes ont coulé.

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