« C’est un plus énorme » : comment la haute technologie aide des patients à remarcher

Depuis 2019, une partie des recettes générées par les radars routiers servent à financer les centres de rééducation. De l’argent qui est notamment investi dans des technologies de pointe, pour améliorer la récupération des patients. Ces outils permettent aux équipes médicales d’analyser finement les traumatismes et d’adapter les soins avec une très grande précision. Exemple à Pionsat, dans le Puy-de-Dôme.

Ingénieur biomédical au Centre de médecine physique et de réadaptation de Pionsat, Jean-François Bel ne cache pas son plaisir : ce laboratoire d’analyse de la marche dont il ouvre la porte est « un matériel exceptionnel. » Pour preuve : il n’y en a que cinq en France. Outre celui de Pionsat, « trois sont implantés sur la Côte d’Azur et un est à Paris », précise Thierry Halluin, directeur adjoint.

« On est à la pointe »

L’environnement, ici, est bien différent des paysages méditerranéens ou du tumulte de la capitale. Dans cette commune de mille habitants, située entre Clermont-Ferrand et Montluçon, dans les Combrailles puydomoises, la ruralité s’étale à perte de vue. Mais de ce relatif isolement, l’Apajh (Association pour adultes et jeunes handicapés), qui gère la structure, a voulu faire une force. « La logique a été de se dire qu’ici, en pleine campagne, on ne sera pas perdu au niveau technologique. Aujourd’hui, on est à la pointe », insiste le directeur adjoint.

Cette technologie est mise au service des patients. Elle intervient en complément du travail plus conventionnel de rééducation. « C’est un plus énorme, j’en suis convaincu », s’enthousiasme Jean-François Bel. Les patients arrivent au centre de rééducation de Pionsat pour diverses raisons. Les uns ont été victimes d’un accident vasculaire cérébral. D’autres souffrent de problèmes neurologiques. D’autres encore, comme Estelle, qui habite dans la banlieue de Clermont-Ferrand, y arrivent après avoir subi un accident de la circulation sur l’autoroute. « J’ai eu le coup du lapin », résume cette mère de 31 ans.

Trois semaines en réanimation

Blessée au niveau des cervicales, avec une inflammation de la moelle épinière, elle est restée trois semaines en réanimation avant d’être orientée, tétraplégique « incomplète », sur le centre de rééducation de Pionsat.

Elle n’en est sortie qu’à la mi-décembre. « J’ai fait un peu de tout ce qu’il y a là-bas, sauf de l’exosquelette », raconte-t-elle. En un mois et demi, elle est parvenue à remarcher.

On ne pensait pas que j’allais récupérer si vite. Ces machines m’ont beaucoup aidé à me renforcer au niveau musculaire, à retrouver un équilibre.

Comme dans un jeu vidéo

Elle a notamment multiplié les passages dans le laboratoire d’analyse de la marche, le “Grail”, selon le nom que lui a donné son constructeur. Cet équipement fait pénétrer les patients dans un monde qui n’est pas sans parenté avec le cinéma ou les jeux vidéo. Faisant face à un très grand écran en demi-lune, les pieds sur un tapis roulant capable de s’adapter à la vitesse de marche de l’utilisateur, le patient est équipé de marqueurs. Une grande diversité de jeux permet à l’équipe médicale de lui faire réaliser les mouvements voulus. « C’est très ludique. On a l’impression d’être dans le jeu », continue Estelle.

Une batterie de capteurs enregistre en temps réel tous les paramètres des mouvements. Charge à l’ingénieur de traiter ces données et de les rendre accessibles au personnel médical, qui peut alors adapter avec précision les soins à apporter. « Cela a permis une analyse complète de ma marche, pour voir où j’en étais et où ça coinçait », résume Estelle.

Exosquelette, table robotisée…

Ce laboratoire est le fleuron de ce que le centre peut mettre à disposition de ses patients. Mais ce n’est pas le seul dispositif, tant s’en faut. Les patients ont également à leur service, entre autres, deux exosquelettes robotisés, une table de verticalisation robotisée elle aussi, qui permet de donner du mouvement aux jambes des patients ou une machine isocinétique (pour mesurer la force d’une articulation et des mouvements qui y sont associés).

Toutes ces machines constituent un parcours auquel les patients peuvent accéder à mesure qu’ils progressent. Dans l’attente d’un simulateur de conduite La plupart des robots et installations ont été achetés sur fonds propres par l’Apajh, gestionnaire de l’établissement. Mais certains ont bénéficié pour leur financement de l’enveloppe alimentée par les recettes des radars (52 millions distribués en France en 2023).

À quoi vont servir les 4,5 millions d’euros injectés au centre de rééducation de Noth (Creuse) ?

Tapis de marche connecté

C’est le cas notamment de Ema, fabriqué par EzyGain : c’est un tapis de marche connecté qui peut être jumelé avec une tablette ou un casque de réalité virtuelle.

Dans la salle sans fenêtre où cette machine est installée, ceci permet aux patients d’avoir l’impression de progresser dans une forêt enneigée ou de visiter le château de Versailles. Les malades peuvent ainsi marcher une heure quand, dans une situation classique, un effort d’une demi-heure les aurait épuisés.

L’équipement du centre est-il complet ? Pas encore tout à fait. Le centre de Pionsat espère bénéficier prochainement de l’enveloppe Sécurité routière pour s’équiper d’un simulateur de conduite avec suivi oculaire. « Ce qui nous manque, c’est cette étape d’entraînement entre la reprise de la conduite et le passage en auto-école », explique Thierry Halluin.

Une solution de rééducation par stimulation des sens made in Puy-de-Dôme

Jean-Baptiste Ledys

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