« C’était le chaos » : entre la France et l’Afrique du Sud, la bataille de Marseille a laissé des traces
Treize ans que l’équipe de France n’avait plus battu l’Afrique du Sud. Entre le 13 novembre 2009 à Toulouse (20-13) et le 12 novembre 2022 à Marseille (30-26), les Bleus s’étaient inclinés sept fois de suite face aux Springboks. Une série brisée sur la pelouse du Stade-Vélodrome au terme d’un choc mémorable, parfois violent, entre deux équipes mortes de faim. Avant les retrouvailles, ce dimanche 15 octobre, au Stade de France, en quarts de finale de la Coupe du monde, « la bataille de Marseille » reste dans tous les esprits.
« C’était féroce, se souvient le deuxième ligne Thibaud Flament, victime d’une commotion rapidement dans le match. J’étais sorti assez tôt, donc je n’ai pas beaucoup de souvenirs. On s’était préparés à un match rugueux, frontal, et ça a été le cas. » En effet, lors des trente premières minutes, les Français subissent trois sorties pour protocole commotion (Jonathan Danty, Uini Atonio et donc Thibaud Flament) puis une sur blessure (Cyril Baille). Seul Uini Atonio pourra retrouver sa place.
« Physiquement, c’est le match le plus dur de ma carrière, reconnaissait dès la sortie du terrain Cameron Woki, deuxième ligne des Bleus. En face, on avait des monstres. C’était compliqué de rivaliser. Il fallait ne pas respecter notre corps comme dit Fabien (Galthié). Des hommes y ont laissé leur corps. C’était un peu la guerre sur le terrain. »
« Vous n’étiez pas au petit-déj le dimanche matin »
C’est le souvenir de cette violence qui faisait redouter à l’encadrement des Bleus, en début de Coupe du monde, de croiser la route des Springboks en quarts de finale. Pas tant en raison de la difficulté à les battre – ils l’ont déjà fait – que par crainte de compter des blessés après ce match. « Vous n’étiez pas au petit-déj le dimanche matin », nous glissait récemment une source proche du staff, comme pour donner une idée de l’état des troupes au lendemain de la bataille.
Moins touchés par la violence des chocs, même s’ils avaient subi aussi deux protocoles commotion en deuxième période (Bongi Mbonambi et Cheslin Kolbe), les Sud-Africains avaient développé un jeu rugueux, à la limite. Dès la 12e minute, Pieter-Steph Du Toit avait écopé d’un carton rouge pour un coup de tête sur le visage de Danty, chez qui on craindra une fracture du plancher orbital mais qui jouera finalement une semaine plus tard. « C’était le chaos dans toutes les zones de contact, le chaos, lâche Charles Ollivon. Mais on a tenu le bras de fer. »
Avec un joueur de plus durant plus de trente minutes (de la 12e à la 48e minute), l’équipe de France mène logiquement 19-13 avant la deuxième exclusion de ce match, celle d’Antoine Dupont. Le capitaine tricolore se rend coupable d’un geste dangereux qui déséquilibre l’ailier Cheslin Kolbe dans les airs. Ce rouge remet les Springboks dans la course. Ils reprennent l’avantage dès la 51e minute (19-20) puis mènent 22-26 à l’abord des dix dernières minutes.
Dans une ambiance dingue au Vélodrome, les Bleus vont pousser, en mêlée comme dans les mauls, jusqu’à provoquer le carton jaune pour le talonneur adverse Deon Fourie et inscrire grâce à Sipili Falatea l’essai de la victoire (74e). Un an plus tard, les Bleus bénéficient donc de cette expérience. Pas encore sélectionné à ce moment, Louis Bielle-Biarrey sait à quoi s’attendre : « Mes partenaires m’ont dit que c’est une équipe très physique et que c’était un match avec beaucoup d’intensité. Cela va être un gros défi dans le combat. » « Ce sont des joueurs très physiques, ils sont connus pour ça. C’est un adversaire qui essaie de marquer son opposant, souffle le pilier Reda Wardi. On était souvent devant au score, mais ils ne lâchaient rien. »
Erasmus accuse les Français de « simuler »
Et du côté de l’Afrique du Sud ? « Cette expérience était fantastique, sourit l’ancien sélectionneur des Springboks, aujourd’hui directeur du rugby, Rassie Erasmus. C’était l’une des défaites dont j’ai été le plus fier, par rapport au respect du plan. On a senti à quel point le public trouvait ce match excitant. Ça donne un avant-goût de ce qu’il va se passer dimanche. »
Le même Rassie Erasmus était moins enjoué à l’époque et s’était lancé dans un décompte des actions qu’il estimait mal arbitrées. Remonté par la défaite des siens, il avait publié durant deux jours des vidéos sur ses réseaux sociaux afin de prouver une demi-douzaine d’erreurs en défaveur de l’Afrique du Sud. Une initiative qui a déplu à World Rugby, qui a fini par lui infliger deux matchs de suspension.
Ce mardi, Erasmus s’est senti obligé de balancer une pique aux Bleus qu’il soupçonne de « simuler » : « Ce que les Français font de bien, c’est que quand il y a une situation de plaquage haut, ils le montrent à l’arbitre. Je pense qu’ils simulent parfois, ce qui est intelligent. Dans certaines situations, l’arbitre va ainsi avoir recours à la vidéo, et c’est là où les Français sont malins. » Voilà, s’il en était besoin, qui devrait nourrir les discours de motivation d’avant-match des Bleus.
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