Cette technologie aussi prometteuse que dangereuse va réjouir les amis des animaux

JUAN GAERTNER/SCIENCE PHOTO LIBR / Getty Images/Science Photo Libra Cette technologie aussi prometteuse que dangereuse devrait réjouir les amis des animaux

JUAN GAERTNER/SCIENCE PHOTO LIBR / Getty Images/Science Photo Libra

Cette technologie aussi prometteuse que dangereuse devrait réjouir les amis des animaux

SCIENCE – Qu’il est difficile de ne pas laisser son imagination prendre le contrôle à l’énoncé de cette technologie : il existe aujourd’hui des ordinateurs mêlant stimulation artificielle (comme un courant électrique par exemple) et neurones humains. Et cela fonctionne même de mieux en mieux ; de quoi ouvrir des possibilités ébouriffantes à la recherche et au progrès humain, comme une étude publiée par plusieurs chercheurs d’universités américaines vient encore de le démontrer au début du mois de décembre.

Selon leurs travaux parus dans la revue Journal of nanobiotechnology, les scientifiques ont ainsi démontré qu’il était possible d’envoyer des signaux audio, ici des voyelles humaines, à ces neurones développés à partir de cellules souches humaines, puis d’en récupérer leur interprétation à l’aide d’une intelligence artificielle de langage.

Des fonctions humaines en miniature

Le résultat est éloquent : avec une efficacité de 78 %, les neurones ont « reconnu » et trié les différentes voyelles, en apprenant peu à peu leur signature audio. Un nouveau bond en avant dans une technologie qui à l’horizon de quelques années, pourrait être partout… à condition qu’un accompagnement éthique se mette en place.

Pour comprendre ce qu’est cette fameuse technologie, il faut se familiariser avec un terme un peu barbare : « organoïde ». Il s’agit d’amas de cellules cultivés en laboratoire, et dont le fonctionnement réplique celui de nos organes. Muscles, sang, os… mais aussi cerveau. On parle alors de « brainoïde » ; il s’agit alors de neurones, appuyés par d’autres cellules développées artificiellement pour aider à leur bon fonctionnement.

Tout ceci est bien sûr microscopique, et l’on est loin, tant au niveau de l’aspect que du fonctionnement, d’un véritable cerveau humain. « Le cerveau est un organe excessivement complexe avec vaisseaux sanguins, cellules immunitaires, liquide céphalo — rachidien… Ce n’est pas un mini-cerveau », tempère ainsi Bertrand Pain, chercheur à l’Institut cellules souches de l’Université Lyon-1. Mais plus l’on s’en rapproche, à la manière de l’expérience américaine, plus s’entrouvre la possibilité de puissances de calculs encore jamais vue.

« Un warning éthique majeur »

« Aucun ordinateur, même un supercalculateur, n’arrive à la cheville de la complexité du cerveau, explique ainsi au HuffPost François Berger, responsable de l’équipe Nanomédecine et cerveau à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale Inserm. Même avec une installation rudimentaire, on pourrait faire mieux [comme puissance de calcul] sans problème. ». Avec un avantage décisif : une consommation énergétique extrêmement faible par rapport à leur imitation en processeurs.

Il reste néanmoins des obstacles techniques à franchir, et pas des moindres. Les organoïdes sont des matières organiques, ce qu’il veut dire qu’il faut les faire croître (plusieurs jours à ce stade), les nourrir, puis les remplacer à mesure qu’elles meurent. Bref, tout un cycle de vie bien éloigné de nos machines de silicium et de cuivre. Et c’est bien là le problème : avec leur développement se profile un débat éthique de très grande ampleur.

« À partir du moment où on va upgrader le système, le vasculariser… Bien sûr qu’il y a un warning éthique majeur », nous confirme François Berger. Imaginez : nous sommes en 2030, et un ordinateur hybride, avec en son cœur un système complexe de neurones, interagit avec son utilisateur au moyen d’une IA crédible, à la manière de chatGPT. Ne serait-il pas alors légitime d’interroger la définition du vivant ? « La problématique de savoir s’il y a une personne à côté de moi devient alors compliquée », pointe le chercheur, qui évoque une « problématique éthique internationale », à la manière du clonage reproductif.

Un pas décisif pour abandonner les tests sur les animaux

En attendant ce débat épineux, l’utilité des organoïdes est en train d’être démontrée avec une telle force qu’il sera difficile, au nom des principes, de repousser leur utilisation. D’abord pour leur efficacité dans le domaine de la recherche médicale, « une opportunité fantastique ». Dès aujourd’hui, des laboratoires travaillent à créer des « avatars pathologiques », par exemple des cellules tumorales (appelées aussi tumoroïdes) capable de faire accélérer la recherche à toute vitesse.

Conséquence de cet enthousiasme autour des organoïdes, un effet vertueux sur la souffrance animale. En effet, des cellules souches cultivées en laboratoires, cela signifie que l’on peut se passer des tests en laboratoire sur les animaux. « Actuellement, les tumoroïdes et autres organoïdes prédisent mieux que les modèles animaux », appuie François Berger.

En clair, cela veut dire que la recherche médicale, plutôt que de passer par des souris, des primates ou autre cobayes pour expérimenter les effets d’un traitement en développement, pourrait transférer entièrement ces tentatives vers ces petits paquets de cellules. Et éviter dans le même temps une souffrance animale de plus en plus insoutenable pour l’opinion.

Cet usage se développe déjà autour du monde, même si beaucoup reste à faire pour systématiser cette révolution dans la manière de tester. Les revues, par exemple, ne valident souvent des études que si elles ont été testées sur des animaux : une pratique qui, comme l’expliquait à la revue Nature un pionnier du travail sur les organoïdes, devra changer.

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