Championnats du monde. « On s’est fait huer par 7000 personnes » : Dylan Rocher raconte son périple au Bénin

Le Drômois Dylan Rocher est revenu des championnats du monde au Bénin avec quatre médailles, dont deux titres acquis dans une ambiance électrique. Le meilleur tireur de la planète nous raconte ses aventures en Afrique.


Thimoté Garcin

Aujourd’hui à 06:05

| mis à jour aujourd’hui à 06:44

Dylan, quelques jours après votre retour du Bénin, quel bilan faites-vous de vos Mondiaux ?

« Individuellement, je suis très heureux. Les conditions étaient très compliquées au niveau du public, du climat. C’était très très chaud ! Quand on était en finale contre le Bénin, tout le monde était contre nous. Le public était très hostile… On s’est fait huer, ils criaient quand on tirait ou ils traversaient derrière les jeux. Il y avait 7 000 personnes contre nous ! Ce n’était pas facile du tout… Il a fallu aller chercher ces titres avec les tripes. »

Vous n’aviez jamais joué dans pareilles conditions ?

« J’ai déjà joué des parties où c’était chaud, comme à Marseille, mais comme ça, jamais ! C’était un peu la jungle là. En fait, le ministère des Sports du Bénin avait engagé des spectateurs pros qui mettent l’ambiance dans des stades de foot. Il y avait des dizaines de bus qui débarquaient tous les jours avec des trompettes et des tambours. Qu’ils encouragent leur équipe, ce n’est pas un souci. Au contraire. Mais crier lorsqu’on tire, c’est vraiment compliqué car on fait un sport de concentration. Mais bon, c’est une expérience et je suis content car on a réussi à passer au-dessus. »

On vous a même donné des ‘‘boules Quies’’ pour vous aider à rester concentré…

« En fait, lors du doublette mixte où on a perdu en finale, c’était Bagdad niveau ambiance ! Pour le doublette messieurs qui avait lieu deux heures après, ça allait être pareil car on rejouait le Bénin… Le coach m’a fait essayer les ‘‘boules Quies’’ à l’échauffement et j’entendais beaucoup moins la foule. Du coup, je les ai gardées pour la finale et ça m’a bien aidé ! »

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Malgré tout cela, vous avez gagné…

« Ce n’était pas évident car le Bénin avait une très belle équipe avec Marcel Bio, qui est une star là-bas. Je suis content car on a réussi à les battre chez eux. Après, si ça avait voulu rigoler, j’aurais pu ramener les quatre médailles d’or. Je suis déçu en doublette mixte pour ma partenaire Audrey Bandiera qui a fait un super jeu, comme mon ami Stéphane Robineau en triplettes. Ils méritaient de remporter leur premier maillot de champions du monde. Après, le bilan de 4 médailles en 4 épreuves me laisse forcément satisfait. »

Vous avez notamment remporté votre troisième titre consécutif en tir de précision… Comment expliquez que vous soyez aussi fort dans l’exercice ?

« C’est surtout une épreuve mentale. Se qualifier pour la phase finale, ce n’est pas facile, mais lorsque tu es qualifié, ce sont des duels en un contre un à partir des quarts. Ça se joue dans la tête, c’est ça qui me plait aussi. Depuis 2018, ça se passe bien mais il y a de la concurrence en face. Les titres n’ont pas été faciles à gagner. »

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« J’étais dans un nouveau rôle de leader et ça s’est super bien passé ! »

Vous avez disputé plus de 20 matches en quelques jours, comment avez-vous vécu cet enchaînement ?

« Sur 12 jours de compétition, j’en ai joués 11. Honnêtement, cela a été très dur. On partait à 7h30 du matin et on rentrait à minuit… le tout dans une chaleur étouffante et parfois avec de grosses pluies car c’est la saison là-bas. Ça va que je suis jeune : je me suis accroché comme j’ai pu ! J’avais des messages chaque jour de ma famille pour me booster mais c’était un marathon. Le planning, ce n’est pas humain. Au départ, ce n’était pas prévu comme ça mais Suchaud et Lacroix se sont désistés au dernier moment et j’ai ajouté les deux doublettes à mon programme. C’était un challenge et un risque mais ça a payé. »

Malgré l’incertitude autour de ces Mondiaux, vous n’avez pas déclaré forfait…

« C’est vrai qu’on a entendu un peu de tout sur la sécurité au Bénin, sur la guerre à la frontière du Niger… Honnêtement, cela faisait un peu peur. Moi le premier ! On n’était pas trop confiant d’y aller mais une fois sur place, personne ne s’est senti en insécurité. C’était bien organisé, il y avait des militaires et il n’y a pas eu de soucis. Je suis compétiteur et j’aurais bien aimé enchaîner avec les championnats d’Europe à Albertville mais cela faisait trop. Ils n’ont vraiment pas été bons sur le planning au niveau des fédérations internationales. C’était trop rapproché… Après, c’est bien pour nous en France : ils ont pu mettre des nouveaux sur les ‘‘Europe’’. Ça leur fera de l’expérience pour le futur. »

Le sélectionneur David Le Dantec a déclaré « qu’il souhaitait bâtir l’équipe de France encore plus autour de vous » à l’avenir…

« C’est sûr que là, au Bénin, j’étais dans un nouveau rôle de leader. Je le savais et ça s’est super bien passé ! Je suis satisfait de ces quinze jours et de l’ambiance avec les autres joueurs, de notre entente. J’ai mené un peu plus le jeu, c’était à moi de motiver le groupe, de montrer un peu le chemin. Auparavant, quand je jouais avec des mecs comme Lacroix ou Quintais, tu te laisses porter par leur tactique de jeu. Ils ont leur expérience : ça fait 30 ans qu’ils sont au top. J’ai eu la chance de jouer avec eux depuis une quinzaine d’années et j’ai beaucoup appris. Après, dans le comportement, il faut montrer que tu as envie et ne rien lâcher. »

Vous voilà à 7 titres mondiaux chez les seniors à 31 ans. À mi-chemin du record des Philippe Quintais et Suchaud (14)…

« C’est vrai qu’on y pense dans un coin de la tête mais ça ne va pas être facile de les rejoindre non plus. Une nouvelle vague est en train d’arriver en équipe de France à la place des Quintais, Suchaud et Lacroix. Il y a une bonne génération avec les Sarrio, Robineau, Doerr, Feltain… Les Mondiaux, c’est encore quelque chose de différent mais il y a du talent ! Il y a aussi d’autres pays qui poussent : en Asie notamment, avec la Thaïlande. Ce ne sera pas simple. »

Zoom – Les quatre médailles de Rocher au Bénin

➤ Tir de précision (or) : champion du monde face à Ratchata (THA) 46-28.

➤ Doublette (or avec Christophe Sarrio) : champions du monde face au Bénin (13-8).

➤ Doublette mixte (argent avec Audrey Bandiera) : battu en finale par le Bénin (13-8).

➤ Triplette (bronze avec Stéphane Robineau, Christophe Sarrio, Mickaël Bonetto) : battu par la Thaïlande en demi-finales (13-10).

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