Chiens errants, de l’Outre-mer à Orly

Le spectacle est pour le moins étonnant. Quasiment tous les quinze jours, des hommes et des femmes fébriles attendent, parfois des heures, dans les locaux bien peu avenants d’Air Cargo situés à l’aéroport d’Orly. Ils guettent le va-et-vient des engins de manutention qui vont, après les formalités de douane, leur présenter les nombreuses cages enfermant les chiens et chats dont ils seront dans quelques minutes les nouveaux (et heureux) propriétaires. Tous ces adoptants tiennent dans leurs mains, ici une laisse et des croquettes, là une couverture pour emmitoufler la bête après ce très long trajet aérien passé dans une soute glaciale, notamment entre l’aéroport Guadeloupe-Pôle Caraïbes et celui d’Orly.

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« Chaque année, nous sauvons environ 2 000 chiens et chats grâce à une douzaine de vols dont nous sommes les organisateurs. Des voyages qui nous sont facturés 100 000 euros par an », précise Cécile Vaïsse, la présidente du Collectif outre-mer de protection animale Guadeloupe et dépendance (CopaG). Comme en Martinique, à La Réunion et dans les autres territoires d’outre-mer, les chiens errants sont légion en Guadeloupe : chaque jour naissent 500 chiots uniquement sur cette île des Caraïbes. « La plupart n’ont pas réellement de maître. On les retrouve donc sur les routes, dans les rues des villes, à la campagne, dans les cultures », continue Cécile Vaïsse. Les risques de contamination sanitaire – la rage n’est heureusement pas encore identifiée – sont importants mais aussi les attaques par ces chiens qui forment des meutes quasi-sauvages.

Près d’une vingtaine d’animaux sont récupérés chaque jour, principalement par les associations comme CopaG. Elle se charge de trouver localement des familles guadeloupéennes d’accueil provisoire avant de les transférer en Métropole pour une adoption si possible définitive. Présidente de l’association Liberté sans Frontière, Régine Gayet contacte par exemple la CopaG tous les deux ou trois mois, depuis 12 ans, « pour transporter jusqu’à l’aéroport d’Orly des dizaines de chiens ». Le 30 octobre dernier, 33 chiens et un chat faisaient partie de son convoi. « Le chien créole est apprécié en Métropole car il est de contact agréable, parfait pour les familles », insiste Régine Gayet qui n’éprouve aucune difficulté pour trouver des adoptants prêts à débourser jusqu’à 600 euros pour le voyage, les vaccins, la stérilisation…Cette passionnée de la cause animale n’est pas sans se désoler de la situation guadeloupéenne où « bien peu de personnes respectent la loi ». Les chiens ne sont que très rarement répertoriés par puce ou tatouage, alors que cette mesure est obligatoire partout en France pour les chiots âgés de plus de 4 mois. La principale raison : les 70 euros de passage devant le vétérinaire ! La stérilisation, elle aussi, est rare…

Ces animaux se rassemblent

en meutes quasi sauvages

« C’est l’un de nos très importants combats », indique de son côté Christophe Marie, le porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot. Il estime que ces adoptions en Métropole, si elles partent d’un très bon sentiment, sont un « puits sans fond », car le nombre des animaux divagants ne cesse d’augmenter. « Seules des campagnes de stérilisation systématique permettront de réduire le nombre des chiens et chats errants et de limiter les risques de maltraitance ». C’est l’une des principales préconisations de l’audit sur « l’errance animale en outre-mer » que la Fondation Brigitte Bardot est en train de rédiger pour le compte du ministère de l’Agriculture.

Ses rédacteurs réclament une opération de comptage précis du nombre de ces animaux sans maître ni collier, avant l’organisation de vastes opérations de stérilisation. La Fondation assure même qu’elle pourrait être assurée « par des étudiants vétérinaires. C’est ce que nous avons préconisé, avec succès, par exemple en Inde. »

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L’association CopaG n’y est pas du tout hostile, mais manque de moyens pour réaliser ces stérilisations dont le coût oscille entre 300 et 600 euros par bête, sans aide publique. Elle vient de lancer en ligne une campagne de financement participatif afin de rassembler des dons de particuliers : elle a réuni 5 000 euros auprès d’une centaine de contributeurs. Une goutte d’eau !

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