On commence par un tour du propriétaire. Claire Bretton déambule dans un atelier débordant de machines à laver, de sèche-linge et autres lave-vaisselle… Des produits de seconde main qui attendent d’être testés, reconditionnés, emballés puis vendus en ligne, « comme neuf et garantis », soutient posément la dirigeante. Telle est la vocation d’Underdog, une start-up industrielle créée l’année dernière à Nantes par cette entrepreneuse de 35 ans, et deux associées. L’entreprise, qui a levé 3,8 millions d’euros en avril, s’attend à une très forte croissance. Et projette, rien de moins, de reconditionner 50.000 produits en 2025.
Enfance à la ferme
D’aucuns pourraient s’étonner de retrouver cette ex-Parisienne, pur produit de la tech, au coeur d’un vieux quartier industriel de Nantes. Claire Bretton, qui a parfois enfilé des gants de boxe, jargonne sur les « KO techniques » qui désignent les produits que l’on ne pourra hélas pas réparer. Elle s’insurge, d’une voix pourtant si calme, du fait qu’en France, 25 millions de tonnes d’électroménager partent à la poubelle chaque année. Claire Bretton se l’était promis : son prochain projet serait « forcément à impact ». « J’ai réalisé, dit-elle, que c’était plus exaltant, plus nourrissant qu’un projet normal. »
La néonantaise évoque une enfance à la ferme dans un petit village, près de Roanne, « où il y a plus de vaches que d’habitants ». Elle rend hommage à son père, agriculteur « lui aussi passionné de rénovation. » Bonne élève, elle suit, sans l’avoir prémédité, une prépa à Lyon avant d’intégrer l’ESCP Business School, ce qui lui ouvre la voie classique du conseil en stratégie chez Advenci.
Claire Bretton se souvient du « grand saut » que fut son départ de ce « cabinet très entrepreneurial » pour fonder, en 2016, avec deux ingénieurs, une première start-up, Daco.io. « C’était le début de l’intelligence artificielle appliquée à un business », relate-t-elle. La technologie développée permet de collecter des données et de les traiter grâce à l’intelligence artificielle pour mieux définir les prix. La start-up retient l’attention de Jacques-Antoine Granjon, l’emblématique fondateur de Veepee, qui l’intègre dans son accélérateur avant de la racheter en 2018. Claire Bretton se retrouve alors à la tête de l’activité « pricing » de Veepee. Mais, déjà titillée par l’économie circulaire, elle s’inscrit en 2020, à un executive programme sur ce thème à Cambridge avant de lancer l’activité de seconde main de Veepee, « Re-Cycle ».
« Sauvons nos commerces »
L’initiative fait mouche mais très vite, elle ressent l’envie de « réentreprendre » par elle-même. Entre-temps, Claire Bretton et son compagnon, également dans l’aventure Underdog ont donné naissance à deux enfants. Pendant le confinement, à Noirmoutier, ils ont cofondé « Sauvons nos commerces », une plateforme solidaire vendant des coupons à faire valoir après la crise. « En deux mois, on a collecté 300.000 euros », se souvient Claire Bretton, encore touchée par les retours des commerçants soutenus.
Dans le même temps, la startupeuse entreprend « un peu par hasard » l’écriture d’un premier livre, « La Valise », qui raconte trois générations de femmes et des thèmes qui lui sont chers comme « la distance avec les personnes âgées, le rapport aux malades » et, avant que n’éclate l’affaire Orpea, la maltraitance dans les Ehpad. Claire Bretton ne revendique pas de figures tutélaires. « Je suis de plus en plus inspirée par les activistes, admet-elle néanmoins. Ceux qui mettent leur vie, et parfois leur santé au service des autres. »
Dans cet esprit, l’hyperactive mène en parallèle une vie de business angel investissant dans une dizaine de projets portés par des femmes, « car on se met souvent des barrières », constate la dirigeante. Avec Underdog, pas le choix. « On porte une responsabilité assez forte, soutient-elle avec gravité. Notre échec signifierait au monde qu’il n’est pas possible d’aller vers une industrie plus responsable. »
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