Comment développer Haïti à partir de ses ressources naturelles ?


Le développement de toutes sociétés s’inscrit dans une dynamique de changement. Et, le changement suppose une combinaison de pensées et d’actes. D’où la durabilité du développement dépend généralement du changement mental et social. L’espace physique d’Haïti fournit aux bassins caribéens les premiers éléments de patrimoine. Plus insulaire que la République dominicaine qui partage avec lui l’île Quisqueya, Haïti possède une configuration géographique déterminante, un patrimoine naturel pourvu d’incontestables particularités parmi les pays des Caraïbes. Sa position géographique, son climat, ses vestiges historiques, ses patrimoines naturels, la fertilité de son sol, sa géomorphologie et toutes ses ressources non exploitées font d’Haïti un endroit idéal pour accélérer le développement. Malheureusement il est figuré dans la liste des pays les plus pauvres de la planète malgré tous ses potentiels et les opportunités naturelles qui lui sont offertes.

Quelles sont les solutions les plus innovantes que l’on pourrait adopter pour relever les défis sociopolitiques et économiques tout en tenant compte des ressources naturelles d’Haïti, reste la question la plus pertinente dans le cadre d’une réflexion solide sur son développement.

Quelles sont, en réalité les ressources naturelles d’Haïti ? Comment peut-on les classer ? Et, après les avoir classées, comment les adapter au développement réel d’Haïti ?

L’analyse qui va suivre apportera des explications claires correspondant aux diverses questions posées ci-dessus.  Ce travail se veut une contribution constructive et opérationnelle répondant aux exigences complémentaires de cette vague d’émotion qui s’étend sur le développement d’Haïti quant à la volonté populaire manifestée depuis quelque temps.

  1. Haïti et ses ressources naturelles : entre méconnaissance et ignorance des acteurs

Le développement réel d’Haïti suppose une réflexion large qui doit tenir compte de toutes les tendances, de tous les champs d’action ou de diverses disciplines scientifiques.

« Haïti est un pays riche », c’est une phrase que beaucoup d’Haïtiens se contentent de répéter. Mais comment expliquer cette richesse ?

En fait, la position géographique d’Haïti lui donne une double chance, celle de son climat (un climat tropical, où il fait chaud tout le temps, mais avec de petites variations) et celle de sa géomorphologie. Tenant compte de cette double chance, Haïti est autosuffisant pour le développement.  Son climat lui procure une opportunité naturelle pour l’épanouissement de ses fils et filles tant sur le plan intellectuel, culturel et social. Sa morphologie, adaptée à son climat lui donne une garantie pour l’élevage, le tourisme, l’artisanat, la pêche et d’autres activités économiques.  Sans tenir compte des détails, grâce à la variété de son climat, de  ses milieux, de son écosystème Haïti peut se faire tailler une place importante dans l’échiquier socioéconomique de la planète. En dépit des aspérités, Haïti contient jusqu’à présent des ressources visibles non exploitées, si bien que « Pic Macaya » (une forêt qui, selon plus d’un reste intacte, presque depuis la période coloniale), forêt de Pins  et d’autres milieux naturels qui sont à la fois denses et très  anciens où l’on pourrait facilement penser qu’ils n’ont jamais été visités depuis l’arrivée de Christoph Colomb (Theodate, 2022). Il faut ajouter aussi que le pays contient des savanes importantes qui pourraient accélérer le développement, parmi lesquelles il faut citer : savane désolée, savane Diane, plaine du cul-de-sac qui sont pratiquement considérées comme des plaines où la température atteint un niveau supérieur par rapport aux autres plaines du pays, ce qui provoque une sécheresse qui, de son tour empêche une végétation sous forme d’arbres.

 

Les moins haïtiens ou les plus haïtiens, qui sont-ils ?

Haïti hérite de toute une pelade de civilisations. Ce qui explique une divergence continue entre les Haïtiens vis-à-vis du développement.  Au lendemain de  l’indépendance, les nouveaux libres étaient, eux aussi divisés en deux catégories : les Affranchis (surtout les mulâtres) qui revendiquaient l’hégémonie de la culture européenne (la culture coloniale) et les noirs (descendants d’Afrique) qui revendiquaient plutôt une rénovation, sinon une combinaison à l’Haïtienne des Héritages de l’Afrique et ceux de l’Europe. Cette combinaison devrait être l’objet d’une conviction commune, sans complexe ni contrainte, mais ce ne fut pas le cas.

Cette approche historique nous montre bien que le problème d’Haïti est d’abord au niveau de la mentalité haïtienne. Il faut rendre égal le coefficient d’Haïtiannité avant d’entamer toute démarche technique visant la viabilité. Haïti doit être pour les Haïtiens, pas seulement dans le discours, mais dans la conscience.

Ressources d’Haïti et opérationnalisation

Les ressources naturelles d’Haïti peuvent être classées suivant une échelle de développement adaptée à tous les secteurs d’activités du pays. C’est pourquoi il faut moderniser l’économie en se tablant sur les atouts naturels (la pêche, l’agriculture, l’élevage, les eaux, le soleil, etc.). Ce qui implique une politique axée sur la protection de l’environnement et la promotion du développement durable. Dans une telle perspective, l’Etat, à travers la législation doit adopter une refonte de quelques codes et leur mise à jour.  Tel que : code de l’Éducation, code de l’eau, code du tourisme, code de l’énergie, code de la pêche, etc.

Prenons quelques éléments sur lesquels nous pourrions tabler :

  • La pêche : jusqu’à présent, nos mers et rivières ne sont presque pas exploitées. La pêche pourrait contribuer grandement à la réduction de la pauvreté, mais aussi au développement socioéconomique du pays.  Pour cela, l’État pourrait créer un centre National de Pêche ou une cellule de réflexion permanente pour gérer cette tâche. Ses  rôles seraient (Joachim, 2017) :

  • La mise en place d’une base de données (registre des pêcheurs et embarcation)
  • Promouvoir, professionnaliser et améliorer l’activité de pêche
  • Encourager l’ouverture des  écoles à vocation de former des cadres dans ce domaine d’intérêt stratégiques
  • Réglementer la limitation des captures par type d’espèces afin de garantir la pérennité et l’intégrité des pêcheries
  • Implanter des boutiques communautaires de pêches

 

  • Le tourisme : presque tous les pays de la Caraïbe font du tourisme leur pilier de développements économiques. Dans les années 50, Haïti faisait partie des grandes destinations touristiques de la Caraïbe. Grâce à une politique basée sur l’infrastructure appliquée par les gouvernements de cette époque. L’histoire d’Haïti est un élément crucial pour son développement touristique : ses vestiges historiques, ces grottes, ces plages et ses spécialités dans la gastronomie, etc. sont carrément des éléments primordiaux dans le cadre d’un développement touristique.

L’énergie solaire, éolienne et hydraulique, comment les rendre opérationnels ?

L’un des plus grands problèmes d’Haïti est celui de l’électricité, beaucoup de villes en Haïti n’ont pas d’électricité. Cependant, l’une des conditions fondamentales à la croissance économique dépend de ce facteur et le pays ne pourra pas prendre le stade du développement sans repenser  l’énergie. Au cours des trois décennies, l’électricité en Haïti est très coûteuse, l’État n’arrive pas à tout répondre, ce qui conduit à une perte presque chaque année.

 Avant la présidence de Jovenel Moise, plus de 15% du budget national étaient disposés  pour la subvention de l’électricité. Pendant que le service n’a toujours pas été bien distribué et un nombre considérable des ménages n’en avaient et n’en ont pas accès.

En effet, le soleil est l’une des ressources naturelles que le pays peut utiliser pour produire de l’énergie  et envoyer des signaux de développements.  Grâce à sa position géographique, Haïti jouit d’un climat qui lui garantit le réchauffement du soleil pendant toute l’année. Et, Haïti ne sera pas le premier pays qui utilise le soleil comme pilier de son électricité.  L’Allemagne, la Suède et plusieurs autres pays, utilisent beaucoup l’énergie solaire, ils ne sont pas les plus ensoleillés du monde ni les plus ensoleillés qu’Haïti.  

En outre, pendant 12 mois le pays est touché par des vents réguliers qui varient selon les saisons. Haïti est un pays montagneux, ce qui lui donne encore une possibilité d’installer des centrales éoliennes à travers les zones stratégiques afin de bénéficier de cette ressource naturelle. Dans le Grand Nord, on a « Bonet à l’évêque » qui peut être utilisé pour produire de l’énergie pour plusieurs arrondissements. Les chaînes de Vallières, la montagne de la grande rivière du Nord et d’autres espaces constituent des véritables possibilités de richesse en termes de production électrique. Quant au département de l’ouest  il détient des véritables potentiels avec la montagne « la Selle » et la chaîne des matheux qui sont des zones très venteuses d’Haïti puis  l’île de La tortue avec le canal du vent beaucoup de vent soufflent le pays. Ce qui signifie qu’à travers tous les départements, le pays possède des véritables Zones dans lesquelles on peut construire des centrales électriques.

Haïti détient également diverses rivières ou étang qui peuvent être utilisés pour fabriquer de l’énergie. Bien que ces identifications peuvent faire objets de grands débats. Il n’y a pas de travaux spécialisés  réalisés sur ces ressources, mais nous pensons que la partie saumâtre du département de l’ouest peut offrir une possibilité, non seulement pour le courant électrique, mais aussi pour l’arrosage des milliers d’hectares de terres. Des inventaires peuvent être réalisés afin de les mieux classer. Nous avons  besoin d’experts pour ces réalisations, donc les  écoles, les universités et même des formations de court et long terme dans d’autres pays seront très importantes.  

La richesse d’un pays ne se dit pas, cela se voit et s’explique. Il est temps  de ne pas croire qu’Haïti est riche, il faut plutôt connaitre qu’il est riche et qu’il faut une politique inclusive axée sur la compétence, l’honnêteté et le patriotisme pour le rendre viable et plus vivable que jamais.

 

Altès D. MICHEL, Spécialiste en Gestion et Marketing Touristique, étudiant en Droit, activiste politique et culturel, enseignant.

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