Des blagues, il en existe pour tous les goûts, pour toutes les occasions, pour toutes les races et les cultures, les religions et les professions. Il n’existe pas une seule activité humaine dans laquelle on ne va pas retrouver une blague. Même dans la nouvelle dynamique de l’intelligence artificielle les robots ne seront pas épargnés par l’imagination de certains spécialistes en la matière.
Derrière la fonction principale d’une blague, qui consiste à faire rire le plus grand nombre tout en faisant passer un message, dans le respect de certaines valeurs, les deux sagesses populaires haïtiennes: “Tout jwèt se jwèt….”, et “Se an jèt yo batize juif”, nous obligent à attirer l’attention de certains esprits autour d’une certaine forme de dévalorisation des cultures et de l’identité des pays d’origine africaine et de leur diaspora, comme Haïti, à travers des blagues ironiques et surtout racistes véhiculées naïvement par les mêmes personnes ciblées et stigmatisées par ces blagues !
Dommage. Ces hommes et ces femmes, ces enfants et leurs familles, ces talentueux blagueurs et personnages qui occupent les plus grandes scènes parfois, s’amusent et s’abusent dans une forme d’autodestruction, d’auto-dévalorisation, d’auto dénigrement, comme si elles et ils se critiquent devant un miroir. Amuser la foule, les spectateurs, les amis et les enfants, et les citoyens qui composent des familles et toute une nation exige un minimum de bon sens, de raisonnement pour pouvoir évaluer les impacts directs et indirects de certaines blagues, qui crachent sur l’honneur, l’intelligence et la fierté de la collectivité.
Dans certains cas, ce sont les personnages historiques, les pères fondateurs de certaines nations qui sont mis sur scènes de façon ironique. Triste ! Les symboles de la nation, les valeurs et les repères identitaires sont souvent pris pour cibles dans ces animations les plus ridicules. À quand un état des lieux autour des blagues racistes et sexistes à bannir ?
De la nécessité pour les élites politiques, culturelles et éducatives conscientes, de l’ensemble des pays d’Afrique, et pourquoi pas celles d’Haïti de prendre le temps non pas de sanctionner, mais d’éviter, et de décourager les promoteurs de ces blagues valorisantes. Il est venu le temps d’inventorier, d’analyser et de sensibiliser les jeunes, les parents et les familles sur les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Des discussions intelligentes sur l’impact négatif et autodestructeur de certaines blagues sur la pensée collective, l’identité nationale, la crédibilité des institutions, les traditions et certaines valeurs sont plus que nécessaires, parmi les autres chantiers culturels, éducatifs et des loisirs à prioriser.
Des journalistes avisés et des professeurs devraient aborder un tel sujet. À l’école, il faudrait commencer par organiser une séance d’animation, de valorisation, et de promotion des blagues qui font rire, tout en participant dans la construction et la valorisation de l’identité et l’harmonie au sein des familles, institutions et communautés.
Derrière chaque blague qui peut bien faire rire ou non, il pourrait souvent y avoir plusieurs objectifs à atteindre, et des finalités pas toujours dévoilées à court, moyen et long termes, en dehors d’une simple histoire racontée, rapportée, interprétée ou adaptée.
Dans la culture populaire des communautés et des populations d’origines africaines, et certainement des Haïtiennes, elles sont nombreuses les mauvaises blagues à répertorier parmi tant d’autres anecdotes ou des histoires inventées, et des récits rapportés qui participent dans une forme constante de la dévalorisation de la personnalité, de l’identité et de l’intelligence collective de ces populations depuis plusieurs générations.
Déjà victimes de la colonisation, de l’esclavage et de toutes les autres formes de dominations et de discriminations, sans oublier les politiques de déshumanisation de la race noire, dans pratiquement un grand nombre de domaines, les créateurs, les animateurs et les acteurs des secteurs culturels et du système éducatif de ces pays devraient se mettre au pas face à ces messages plaisants, qui tuent systématiquement le sens de l’honneur, le respect et l’estime de soi chez les jeunes et les moins jeunes. Trop de blagues véhiculent le culte de la fatalité absolue et l’institutionnalisation du sous-développement en Haïti et dans grand nombre de pays africains.
Des blagues à la fois sexistes et racistes sont formulées pour marginaliser les droits et le prestige de la femme d’origine africaine. Quand ce n’est pas le dosage de la violence, du doute, de la division, du rejet de la culture ancestrale et d’autres vecteurs identitaires qui augmentent dans la formation et les compétitions de blagues. Avec la répétition persistante de ces messages et l’appropriation des discours et des sujets dévalorisants, des femmes aux teints foncés finissent par investir dans l’éclaircissement de la peau et d’autres pratiques dénaturées et déshumanisantes.
Des blagues les plus ridicules et les plus auto-dévalorisantes et autodestructrices, elles sont nombreuses et se partagent dans pratiquement tous les cercles récréatifs, formels et informels. Ces blagues qui ciblent souvent les Africains et/ou les Haïtiens dans leur nature authentique et historique, symbolique et mystique, sont parfois utilisées dans des discours de dignitaires, et lors des cérémonies officielles, pendant les ateliers et les séances de formation ou dans la formulation de certaines questions et des publications. Pourquoi et comment ?
De telles blagues vont souvent mettre en face des personnes d’origine africaine et/ou haïtienne d’autres nations ou des institutions, ou des comportements spécifiques aux Chinois, Français, Américaines, entre autres. Si seulement les Haïtiens ou les Africains pouvaient lire entre les lignes, comprendre les non-dits et d’autres formes de langages abusant de l’intelligence collective de ces communautés d’origine africaine.
Des récits sur les pratiques des métiers par les Haïtiens ou les Africains, et la maîtrise des techniques et des sciences, comme la blague de l’avion construit par des étudiants africains, qui effraie tous les passagers, à l’exception du doyen de la faculté qui fait confiance à ses élèves, sur la base que par l’incapacité de ces derniers, l’avion ne va même pas décoller. Une telle blague ne fait que dévaloriser systématiquement les institutions éducatives de ces pays, en construisant dans la pensée sociale et l’imaginaire collectif de ces communautés et un doute constant sur la capacité de ses institutions à produire des compétences confirmées et crédibles !
Dommage que de tels débats ne soient pas toujours abordés dans les médias et les universités en Haïti, et peut-être pas assez dans les pays africains, face à la diffusion en boucle sur les réseaux sociaux de ces mauvaises blagues racistes, anti-sociales, valorisantes, même si elles font rire certes, mais leurs impacts négatifs sur l’éducation des jeunes et la construction sociale et institutionnelle sont insoupçonnables et irréparables.
De telles blagues au mauvais goût, parmi d’autres, participent certainement dans une autre forme de guerre psychologique et mentale très efficace et même suicidaire, qui ne dit pas son nom. Parallèlement, il est pratiquement difficile d’entendre des blagues aussi valorisantes dans des activités religieuses et récréatives dans les pays colonialistes dans le temps, et occidentaux, encore moins dans les pays émergents, en particulier les pays asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud, ou la Chine.
Défendre la formulation et la promotion des blagues qui véhiculent des valeurs citoyennes et civique, et non pas la corruption, l’ignorance, la bêtise, les la tricherie, pourraient bien s’inscrire dans un chapitre de l’un de nos cours à l’école, ou dans une journée de débats sur la place des animations et des loisirs dans la construction de l’identité, de la personnalité et de l’intelligence collective. Et des pays situés sur le continent africain et pourquoi pas la République d’Haïti, commençaient par aborder ces questions ?
Dominique Domerçant
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