Comment la France et la frégate toulonnaise multimissions Languedoc sécurisent le trafic maritime en mer Rouge?

« Le mieux est l’ennemi du bien », entend-on dire régulièrement. Commandant la zone maritime de l’océan Indien, dont dépend la mer Rouge où les Houthis multiplient, depuis octobre dernier, les attaques contre le trafic maritime, le vice-amiral Emmanuel Slaars* ne serait quand même pas contre plus de moyens.

Pas nécessairement français d’ailleurs. « C’est toujours mieux », lâche-t-il depuis les Émirats arabes unis. Même s’il est bien conscient qu’il est « impossible de mettre un bâtiment militaire derrière chaque navire de commerce » qui transite dans cette zone par laquelle transitent annuellement 25% des porte-conteneurs.

Ceci étant dit, « le dispositif français est bien adapté à la menace actuelle », affirme l’officier général. Et de détailler: « La France est présente à Djibouti, à La Réunion et aux Émirats arabes unis où je dispose d’un régiment interarmes de l’armée de Terre, d’avions de chasse, de transport et de ravitaillement, et de la frégate multimissions Languedoc, en mer Rouge depuis le 8 décembre ».

Que des dégâts mineurs

Cette dernière n’avait d’ailleurs pas mis longtemps à s’illustrer. À peine arrivée en mer Rouge, la Languedoc avait en effet abattu coup sur coup, les 9 et 11 décembre, deux drones houthis qui la menaçaient directement. « De la légitime défense », insiste l’amiral Slaars. Bien sûr, la Fremm française n’est pas la seule à assurer la sécurité du trafic maritime en mer Rouge.

Dans le cadre de l’opération Prosperity Guardian lancée le 18 décembre, une coalition multinationale menée, principalement par les États-Unis, contre les attaques menées par les Houthis. Avec succès. « Aucun des 21 drones et autres missiles lancés par les Houthis dans la nuit du 9 au 10 janvier n’a atteint sa cible. Ils ont tous été détruits par les bâtiments américains et britanniques participant à l’opération Prosperity Guardian », confirme l’amiral Slaars. Et ce dernier de préciser: « En 26 attaques houthis, les navires marchands touchés par des missiles n’ont subi que des dégâts mineurs. Aucun blessé ou mort n’est à déplorer ». Mais il convient de rester humble.

Des rebelles « assez imaginatifs »

D’abord, parce qu’en raison de la menace que font peser les Houthis, le trafic maritime transitant par la mer Rouge a baissé de 22% depuis octobre. Ensuite, parce que les rebelles yéménites, soutenus par l’Iran, sont « assez imaginatifs », de l’aveu même de l’amiral Slaars.

« Les Houthis utilisent des drones d’observation assez sophistiqués pour localiser les navires ciblés. À l’aide de missiles antinavires, ils essayent alors de les stopper, pour pouvoir utiliser ensuite des missiles balistiques ou des drones de surface remplis d’explosifs ».

En attendant de ramener les Houthis à la raison, et de rétablir la confiance des armateurs qui, pour une partie d’entre eux, préfèrent faire passer leurs navires par le cap de Bonne Espérance, il va falloir penser à relever la Fremm Languedoc partie de Toulon l’été dernier. Par quel bâtiment? Armé par quels missiles? Des Aster 15 et 30 pour détruire les missiles et drones Houthis? Ou des missiles de croisière navals capables de frapper dans la profondeur? Toutes les options seraient sur la table. Les Américains et les Britanniques, eux, ont choisi. Vendredi, leurs avions et navires de guerre ont bombardé des cibles houthies à terre.

*Outre son poste d’Alindien, le vice-amiral Slaars est également le commandant des forces françaises stationnées aux Émirats arabes unis, le commandant du contingent national France de l’opération Chammal et le commandant de l’opération Agénor, qui vise à garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.

Le vice-amiral d’escadre Christophe Cluzel (au centre) fait reconnaître le capitaine de frégate (CF) Anne Favède comme commandant de la frégate La Fayette. Photo DR/Marine nationale.

La Fayette la voilà !

Si la féminisation de la Marine nationale n’est plus un sujet, le nombre de femmes qui commandent des bateaux gris reste malgré tout assez restreint. Un peu moins, depuis ce mardi 9 janvier, date à laquelle le vice-amiral d’escadre Christophe Cluzel, patron de la Force d’action navale, a fait reconnaître le capitaine de frégate (CF) Anne Favède comme commandant de la frégate La Fayette. Elle succède au CF Ghislain Deleplanque.

 

Entrée à l’École navale en 2006, le CF Anne Favède n’en est pas à son premier commandement. Elle a en effet été le « pacha » du bâtiment-école Chacal, et a également dirigé l’instruction des officiers à l’École des systèmes de combat et armes navales. Outre des affectations à bord des deux frégates de défense aérienne Forbin et Chevalier Paul, le CF Anne Favède a également été en poste dernièrement au sein du commandement des opérations en Méditerranée, puis au sein du commandement des opérations cyber à Paris. 

 

Le Luna-S lors de son arrivée à Toulon le 12 septembre 2013. Pour tenter de détruire les preuves du trafic de drogue auquel il se livrait, l’équipage avait mis le feu au navire. Photo d’archives Franz Chavaroche.

Le Luna-S sur le départ ?

Pour le commandant de la base navale, et même pour le préfet maritime de la Méditerranée, c’est un peu comme si le Père Noël était passé en cette fin d’année 2023. Si l’on en croit une information du journal Le Marin, le chantier de déconstruction du Luna-S a en effet été attribué fin décembre à la société Cardem, filiale de Vinci.

 

Celle-là même qui a déjà obtenu le contrat de démolition de huit vieilles coques de la Marine nationale, dont l’ex-Suffren et l’ex-Meuse déjà arrivés à leur dernière destination, dans l’estuaire de la Gironde (lire nos éditions précédentes).

 

La vieille carcasse à moitié calcinée du cargo tanzanien, arraisonné en septembre 2013 alors qu’il transportait plus de vingt tonnes de cannabis, encombrait depuis plus de dix ans un quai de la darse Castigneau, dans le port militaire. Mais ce « bateau ventouse » vit sans doute ses dernières semaines à Toulon. Toujours selon Le Marin, le Luna-S pourrait quitter Toulon pour Bassens en ce début d’année.

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