comment la junte a gagné son épreuve de force avec la France

Vu de Niamey, le départ précipité et contraint des troupes françaises stationnées au Niger, ainsi que le retour à Paris, tout aussi prématuré, de l’ambassadeur de France en poste dans ce pays sahélien sonnent incontestablement comme une victoire. Après deux mois d’épreuve de force, la junte a fait plier le principal allié du président Mohamed Bazoum, démis le 26 juillet et séquestré depuis dans sa résidence. Emmanuel Macron a certes redit, dimanche 24 septembre, que M. Bazoum est la « seule autorité légitime ». Mais l’annonce du repli français confirme que le pouvoir a, de facto, changé de mains à Niamey.

La junte militaire conduite par Abdourahamane Tiani s’est immédiatement réjouie de « ce moment historique [marquant] la nouvelle étape vers la souveraineté du Niger ». Lundi matin, Aujourd’hui au Faso, quotidien du Burkina Faso (Etat voisin lui aussi dirigé par des militaires), résumait une opinion largement partagée. Selon ce média, le refus de la France de rappeler son ambassadeur et les quelque 1 500 soldats présents dans le pays, et de les maintenir au Niger « contre la volonté des autorités, fussent-elles putschistes et non reconnues par la France (…), était intenable et inopérant ».

Depuis le putsch, la pression nigérienne était allée crescendo en fonction du renforcement du pouvoir du général Tiani, soutenu par les commandants en chef de tous les corps d’armée. Cette unité éloignait la perspective d’une restauration rapide du président Bazoum, chef suprême d’une armée qui ne lui répond plus. C’était l’objectif intangible fixé par la France. Mais il n’était pas partagé par tout le monde au Niger, particulièrement à Niamey.

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La capitale est majoritairement acquise à l’opposition au président Mahamadou Issoufou (2011 à 2021), puis à son successeur, Mohamed Bazoum. Il ne fut pas très compliqué d’y mobiliser quelques bataillons de militants pour dénoncer le « néocolonialisme » français et son ingérence dans les affaires nigériennes. Quatre jours seulement après le putsch, des manifestants se rassemblaient déjà devant l’ambassade de France pour demander le départ des soldats stationnés au Niger. Ponctuellement, des groupes de Nigériens se sont retrouvés ces dernières semaines aux abords de la chancellerie. Ce fut de nouveau le cas lors de l’expiration de l’ultimatum de quarante-huit heures lancé, le 25 août, par les militaires à l’ambassadeur de France pour son départ du pays.

La France, tenante d’une ligne dure, s’est retrouvée isolée

La pression populaire, dont il est difficile de mesurer le degré de spontanéité, s’exerçait également aux portes de la base française installée à l’aéroport international de Niamey.

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