INTERNATIONAL – Haïti est au bord de la guerre civile. C’est en tout cas la menace très directe du chef de gang Jimmy Chérizier – alias « Barbecue » – qui, lors d’une conférence de presse mardi 5 mars, a explicitement mis en garde le Premier ministre. « Si Ariel Henry ne démissionne pas, si la communauté internationale continue de le soutenir, nous allons tout droit vers une guerre civile qui conduira à un génocide », déclare-t-il, arme à la main, comme vous pouvez le voir sur la vidéo en tête de l’article.
La situation en Haïti ne fait qu’empirer depuis une semaine, avec un regain de violence de la part des bandes armées. Celles-ci se sont liguées contre le gouvernement et mènent des attaques contre des infrastructures et des sites stratégiques. L’état d’urgence et un couvre-feu ont été décrétés dimanche dernier, après l’attaque du pénitencier national de Port-au-Prince par des gangs. Cette opération a permis de l’évasion de plus de 3 500 détenus et fait une dizaine de morts. Pendant ce temps-là, le Premier ministre est en voyage à l’étranger.
La montée en puissance des bandes armées
Mais comment un tel chaos a-t-il pu s’installer dans le pays ? Les gangs armés en Haïti tirent leur origine des « tontons macoutes », une milice paramilitaire créée en 1957 par le dictateur François Duvalier et qui perdurera jusqu’à la chute de son fils, Jean-Claude Duvalier, en 1986. Si les gangs ont longtemps eu des liens avec la classe politique et économique, leur montée en puissance remonte à seulement quelques années.
« En 2018, il y a eu un grand soulèvement populaire en Haïti contre la corruption, les inégalités, l’impunité, qui va donner lieu à un premier massacre dans le quartier populaire de La Saline, dans lequel sont tuées 71 personnes », explique au HuffPost Frédéric Thomas, docteur en science politique spécialisé sur Haïti au CETRI, un think tank belge.
Comme le détaille un rapport de l’ONU, le massacre du 13 au 14 novembre 2018 va durer plus de quatorze heures sans que la police n’intervienne. Pire encore, un haut fonctionnaire et Jimmy Chérizier, ancien policier devenu aujourd’hui chef de gang, sont impliqués. « Ce premier massacre en annonce d’autres, avec toujours le même mode opératoire : la terreur, l’inaction de la police, l’implication d’hommes du pouvoir et l’impunité qui nourrit la puissance de ces gangs », souligne Frédéric Thomas.
Un président assassiné
Mais le véritable tournant survient le 7 juillet 2021, lorsque le président Jovenel Moïse est assassiné chez lui. Depuis, le Premier ministre Ariel Henry, nommé moins de 48 heures avant le meurtre, assure l’intérim, mais reste très contesté par une population qui le juge illégitime. « Le bilan politique, social, économique et sécuritaire de ce gouvernement est catastrophique. Les gangs n’ont cessé de gagner en puissance. Ils jouissent d’une impunité totale. Aujourd’hui, plus de 40 % de la population connaît une crise alimentaire, il y a plus de 315 000 déplacés internes par la violence », précise Frédéric Thomas.
À cela s’ajoutent les tremblements de terre récurrents auxquels est confronté le pays, qui ne s’est toujours pas remis du séisme de 2010 qui avait fait plus de 280 000 morts, 300 000 blessés et 1,3 million de sans-abris.
Aujourd’hui, les bandes armées contrôlent des pans entiers du pays, dont la capitale Port-au-Prince. Ariel Henry est plus que jamais contesté sur le territoire. « C’est un gouvernement qui est plus préoccupé par les demandes de la communauté internationale et de Washington que par sa population », estime le docteur en science politique. Le Premier ministre avait promis de quitter ses fonctions début février, mais est toujours au pouvoir actuellement. À la place, il a accepté d’organiser des élections en août 2025.
Vers une aide internationale ?
Si l’ONU est déjà intervenue plusieurs fois, la population haïtienne n’en garde pas un bon souvenir. Entre 2004 et 2017, des milliers de casques bleus dans le pays ont été déployés dans le cadre de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).
Mais des casques bleus népalais y ont importé une épidémie de choléra qui a fait près de 10 000 morts et rendu environ 820 000 personnes malades entre 2010 et 2019, d’après les chiffres de l’OMS. Les forces de l’ONU ont également perpétré des violations des droits humains, des agressions sexuelles et des viols sur des femmes et jeunes filles mineures, d’après un rapport universitaire.
Face à la nouvelle escalade de violence en Haïti, le Conseil de Sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence mercredi 6 mars. Avant ce rendez-vous, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé une nouvelle fois au déploiement urgent de la Mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti, afin de soutenir la police nationale haïtienne.
Approuvée en octobre 2023, cette mission multinationale menée par le Kenya prévoit l’envoi de 1 000 policiers. Mais son déploiement se fait toujours attendre. Ariel Henry et le président du Kenya, William Ruto, ont signé vendredi un accord bilatéral afin d’accélérer le processus, mais aucune date n’est encore avancée pour l’arrivée de la mission.
À voir également sur Le HuffPost :
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.