Anne-Laure (1) a emménagé en janvier avec sa famille dans un bâtiment du quartier Belcier, complètement réaménagé dans le cadre du programme de modernisation de Bordeaux. Avec son grand salon entièrement vitré et sa terrasse plein sud, l’appartement est particulièrement agréable. Mais le logement révèle ses défauts dès les premières belles journées ensoleillées. « La température monte vite à 30 degrés et il n’y a aucun moyen pour garder un peu de fraîcheur. Il n’y a pas de volets dans le salon, uniquement des petits stores, même pas thermiques. Et l’immeuble est recouvert d…
Anne-Laure (1) a emménagé en janvier avec sa famille dans un bâtiment du quartier Belcier, complètement réaménagé dans le cadre du programme de modernisation de Bordeaux. Avec son grand salon entièrement vitré et sa terrasse plein sud, l’appartement est particulièrement agréable. Mais le logement révèle ses défauts dès les premières belles journées ensoleillées. « La température monte vite à 30 degrés et il n’y a aucun moyen pour garder un peu de fraîcheur. Il n’y a pas de volets dans le salon, uniquement des petits stores, même pas thermiques. Et l’immeuble est recouvert d’une tôle grise qui accumule encore plus la chaleur. C’est l’enfer », s’exclame la quadragénaire.
Cet immeuble est l’un des premiers construits dans le cadre du réaménagement du quartier. Il est bien isolé pour l’hiver avec un système de chauffage par géothermie efficient, mais à l’époque de sa construction, le confort estival n’était pas vraiment pris en compte.
Place d’Armagnac, à Bordeaux. À droite, l’immeuble où vit Anne-Laure.
Archives Jean-Maurice Chacun/»Sud Ouest »
Confort d’été
« Il y a de gros changements entre les bâtiments que nous livrons aujourd’hui et les plus anciens, réagit Jean-Emeric Monseau, directeur innovation de l’opération Euratlantique, qui pilote la rénovation au sud de l’agglomération entre Bordeaux, Bègles et Floirac. Le confort d’été est beaucoup mieux pris en compte ; la réglementation environnementale, qui a évolué, impose d’en tenir compte. On détermine le nombre d’heures où le seuil de température confortable, autour de 26 degrés, risque d’être dépassé. Ce curseur est poussé par le label bâtiment frugal bordelais qui impose d’aller un peu plus loin que la norme. »
Une grille de recommandations préconise notamment de favoriser la ventilation naturelle avec des appartements traversants ou au moins bi-orientés
En termes de construction, cette considération se caractérise par une végétalisation de tous les bâtiments, que ce soit en pleine terre, en façade ou sur les toits. Même si elle se heurte à des difficultés inattendues. « On aimerait planter des arbres le long de toutes les façades sud, mais cela pose problème aux services de secours par rapport à l’accès aux bâtiments », souligne Jean-Emeric Monseau. Les promoteurs du projet sont également soumis à une grille de recommandations qui préconise notamment de favoriser la ventilation naturelle avec des appartements traversants ou au moins bi-orientés. Le but étant bien de « ne pas climatiser les immeubles d’habitation », insiste le responsable d’Euratlantique, contrairement aux bureaux qu’il est quasiment impossible de commercialiser sans système de climatisation.
Solutions low-tech
« Lorsqu’on veut faire évoluer les choses, on se heurte à une grande frilosité de la part des maîtres d’ouvrage », abonde Morgan Guillot, architecte associé au sein de l’agence HanUMAN à Bordeaux, qui estime que « les freins sont réglementaires et industriels. Dans notre modèle de société, il y a une grande confiance dans la technologie. Pour rafraîchir, on préfère des solutions comme la climatisation ou les centrales de traitement de l’air parce que c’est normalisé. Alors qu’il existe des solutions déjà éprouvées depuis des milliers d’années issues des cultures locales et des constructions traditionnelles. Les Romains, par exemple, avaient plein de systèmes ingénieux et low-tech pour répondre à cette problématique. »
« Au Portugal, on met des azulejos sur les murs pour avoir une sensation de fraîcheur. Il existe plein de solutions, il faut écouter notre passé et se réinstruire. »
L’architecte cite notamment les cheminées solaires qui permettent d’évacuer l’air chaud et de capter l’air frais par un système de pression/dépression ou encore les bâdgirs (lire plus bas). Les matériaux utilisés pour la construction permettent aussi de favoriser le confort thermique, rappelle l’architecte. « La terre apporte du rafraîchissement. Au Portugal, on met des azulejos sur les murs pour avoir une sensation de fraîcheur. Il existe plein de solutions, il faut écouter notre passé et se réinstruire. »
L’exemple venu d’Iran
En Iran, où les températures peuvent grimper très haut en été, un système naturel de climatisation permet de garder la fraîcheur dans les constructions traditionnelles. Les bâdgirs ou tours à vent offrent une ventilation naturelle et constante. L’architecte et informaticien franco-iranien Roland Dehghan Kamaragi modélise depuis plusieurs années le fonctionnement de ces grandes cheminées à quatre côtés qui laissent entrer le moindre souffle d’air dans les logements. Selon lui, cette technique pourrait être employée dans des régions comme le Sud-Ouest. « Il faut l’adapter d’un point de vue esthétique et physique, car les conditions ne sont pas les mêmes que dans le désert, mais c’est tout à fait possible. » On pourrait même, d’après lui, installer un bâdgir près d’une cage d’ascenseur dans un immeuble d’habitat collectif. Mais pour l’heure, ses travaux ne semblent intéresser ni les constructeurs, ni les décideurs.
(1) Le prénom a été modifié
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