« Une partie de nos déchets vient de la terre et… peut y retourner. » Alors que beaucoup de Français s’emmêlent encore les pinceaux au moment de trier leur poubelle, l’observatoire régional des déchets d’Île-de-France (Ordif) a trouvé une formule toute simple pour résumer le principe du compostage. Tout ce qui a poussé dans le sol, comme les pommes qui finissent en trognons, les carottes et leurs épluchures ou les feuilles mortes échouées sur votre pelouse a vocation à se transformer en engrais… et donc à enrichir le sol.
Basique. Ce devrait donc être un jeu d’enfant pour les collectivités locales de proposer aux habitants dès le 1er janvier prochain, comme les y obligera la loi, un système de tri à la source des restes alimentaires et déchets verts. Et pourtant : « Seulement un tiers de la population sera en mesure d’effectuer ce tri d’ici fin 2023 » estime Jean-Jacques Fasquel.
La balle dans le camp des villes
Pionnier du compost en pied d’immeuble dans la capitale, ce Parisien coordonne le réseau Compost in Situ qui regroupe quatorze entreprises de collecte et de transformation des biodéchets dans l’Hexagone : « La filière professionnelle existe et il y a aujourd’hui 500 maîtres composteurs (spécialistes du traitement des déchets compostables) en France, mais il manque désormais l’impulsion des villes. »
« Elles ne sont pas du tout prêtes, confirme le directeur de l’Ordif Helder de Oliveira. En Île-de-France, par exemple, moins de dix collectivités locales ont confirmé qu’elles allaient généraliser ce système. » De quel système parle-t-on exactement ? Si vous habitez en pavillon, votre mairie peut déjà vous fournir un bac de 300 à 600 litres où vous déposerez vos résidus de tonte et les restes de vos repas.
En immeuble, c’est la solution du compostage partagé qui s’impose. À condition d’avoir de la place dans le local à poubelles pour installer un bac dédié aux restes alimentaires. « On nous rétorque qu’en zone urbaine dense, on ne peut pas pousser les murs pour installer une poubelle supplémentaire, explique la présidente de l’association Zero Waste, Juliette Franquet. Mettre en place un composteur ne se fait certes pas du jour au lendemain et le processus peut prendre douze à trente-six mois avant d’être opérationnel. Mais si les collectivités locales s’étaient mises en ordre de marche il y a neuf ans quand la loi est passée, on n’en serait pas là aujourd’hui. »
82 kg de biodéchets par an et par habitant échappent au compostage
En région parisienne, plus de 2 000 sites de compostage en pied d’immeuble sont aujourd’hui en fonctionnement, auxquels s’ajoutent 242 sites de compostage à l’échelle d’un quartier et près de 1 500 sites dans des établissements (écoles, restaurants d’entreprises, marchés…). Certaines villes ont mis en place un système de collecte au porte-à-porte, des camions faisant la tournée des poubelles « vertes » une à deux fois par semaine.
Mais une grande majorité de collectivités s’orientent désormais vers un système de bornes d’apport volontaire, comme il en existe depuis des lustres pour la collecte du verre, du carton ou des plastiques. En matière d’environnement, d’économie circulaire et de lutte contre le gaspillage, les Français auraient tout à gagner à adopter ce geste simple.
Aujourd’hui, 82 kg de biodéchets par an et par habitant, potentiellement transformables en engrais ou en biogaz, sont jetés dans le bac à ordures ménagères et sont la plupart du temps brûlés dans des incinérateurs. « Quand ils ne le sont pas, ces biodéchets finissent en décharge où ils polluent les sols et émettent du méthane », souligne Juliette Franquet.
« À l’échelle de l’Île-de-France, 900 000 tonnes de biodéchets sont envoyées à l’incinération alors qu’ils pourraient être compostés, se désole Helder de Oliveira. Il n’y a pourtant aucun blocage technique qui nous empêche de recycler les déchets verts ni d’envoyer nos restes alimentaires vers des usines de fabrication d’engrais ou des sites de méthanisation qui transformeront ces biodéchets en gaz. »
Responsable du volet compostage au sein de l’entreprise Suez, Julien Aubouin est persuadé que cette pratique finira par « rentrer dans les mœurs ». Sur une cinquantaine d’usines appartenant au groupe et dédiées au recyclage de matières spécifiques comme les boues d’épuration ou les déchets organiques, la moitié sont d’ores et déjà capables de recevoir des résidus alimentaires.
Les citoyens joueront-ils le jeu ?
Après avoir été triés pour qu’en soient extraits les résidus de plastique, broyés puis mélangés avec des déchets verts, les restes de nos assiettes subissent un processus de fermentation. En bout de chaîne, plusieurs milliers de tonnes d’engrais sont produites chaque année et revendues à des agriculteurs.
« Nous nous attendons à un pic de collecte de biodéchets en 2024 car il y a eu depuis quelques mois une vraie prise de conscience des élus locaux, affirme Julien Aubouin. L’une des grandes villes avec qui nous travaillons vient par exemple de multiplier par dix le nombre de points d’apport volontaire où les habitants pourront venir déposer leur compost. »
« Installer ces bacs à une distance de moins de 100 m de chaque habitat serait un gage de succès, estime Jean-Jacques Fasquel. Mais encore faut-il compter avec le civisme de nos concitoyens qui devront se déplacer jusqu’à ces bornes pour y apporter leurs biodéchets ». C’est peut-être malheureusement là que le bât blesse.
« Depuis que le préfet Poubelle a instauré le principe d’un récipient unique dans lequel tous les déchets étaient mélangés, on a du mal à diversifier les outils de tri en France, soupire Helder de Oliveira. Seulement 40 % des papiers, cartons et plastiques sont aujourd’hui recyclés alors que la collecte et le recyclage de ces matières ont été mis en place il y a trente ans. Autant dire que demander aux gens de trier désormais leurs déchets alimentaires s’apparente à une révolution culturelle. »
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