La confusion autour de la date de l’élection présidentielle au Sénégal ne s’éteint pas. Le Conseil constitutionnel a fixé, mercredi 6 mars, au 31 mars le premier tour de l’élection présidentielle après des semaines d’une crise profonde. Quelques minutes plus tôt, le porte-parole du gouvernement avait, lui, annoncé la date du 24 mars, avant d’être désavoué par la plus haute institution du pays.
Le pays est dans une profonde incertitude sur le scrutin présidentiel depuis le vote d’une loi, au début de février, repoussant l’élection présidentielle – initialement prévue pour le 25 février – en décembre, soit au-delà de la fin officielle du mandat du président Macky Sall – le 2 avril.
Un peu plus tôt dans la soirée de mercredi, le Conseil constitutionnel avait jugé que la présidentielle devait avoir lieu avant le 2 avril, rejetant la nouvelle date proposée du 2 juin. « La fixation de la date du scrutin au-delà de la durée du mandat du président de la République en exercice est contraire à la Constitution », dit une décision des sages datée de mardi et authentifiée par l’Agence France-Presse (AFP). Le Conseil constitutionnel a par ailleurs rejeté une autre recommandation faite au président Sall et déclaré que la liste des dix-neuf candidats déjà validée par l’institution ne devait pas être révisée.
La présidence sénégalaise a acté cette accélération brutale du calendrier en annonçant dans la soirée que le premier ministre, Amadou Ba, était « libéré » de son poste pour mener campagne. Il est remplacé par le ministre de l’intérieur, Sidiki Kaba, a dit un porte-parole.
Vote d’une loi d’amnistie
Le Conseil constitutionnel était saisi depuis lundi pour avis par le président Macky Sall lui-même. Le chef de l’Etat lui soumettait des préconisations issues d’un « dialogue national » qu’il avait convoqué la semaine dernière pour tenter de sortir de la crise provoquée par le report de la présidentielle, l’une des plus graves traversées depuis des décennies.
Le président a causé un choc, dans ce pays présenté comme l’un des plus stables d’une Afrique de l’Ouest secouée par les coups de force, en décrétant le report de l’élection prévue le 25 février. Le « dialogue national » était un des éléments de réponse du président Macky Sall à la crise.
L’autre était un projet de loi d’amnistie des actes liés aux violences politiques des dernières années, texte très critiqué alors qu’il est censé dissiper les tensions. Les parlementaires ont finalement approuvé par 94 voix pour et 49 contre ce texte décrié par ses détracteurs comme mettant à l’abri les auteurs de faits graves, y compris des homicides. Le texte amnistie tous les délits ou crimes, jugés ou non, commis entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024 et « se rapportant à des manifestations ou ayant des motivations politiques ».
Le Sénégal a connu, entre 2021 et 2023, différents épisodes d’émeutes, affrontements, saccages et pillages déclenchés notamment par le bras de fer entre l’opposant Ousmane Sonko et le pouvoir. M. Sonko, troisième de la présidentielle en 2019 et candidat déclaré en 2024, est détenu depuis juillet 2023 et a été disqualifié de la présidentielle, dont il était l’un des favoris. En février, le Sénégal a été la proie de nouveaux troubles après l’annonce du report de l’élection. Des dizaines de personnes ont été tuées depuis 2021, des centaines blessées, et des centaines d’autres interpellées.
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