Crise alimentaire: «Nous sommes dans la pire crise que connaît Haïti depuis le tremblement de terre»

Des membres de la communauté haïtienne de Montréal tentent de faire parvenir de la nourriture à leur famille au pays, qui vit l’une de ses pires crises humanitaires, mais leurs dons n’arrivent presque jamais aux destinataires.

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«On veut aider, mais on ne peut pas! À longueur d’année, on achète [des produits] pour les envoyer à Haïti, mais nos familles ne les reçoivent pas», désespère Marie, une membre de la communauté haïtienne de Montréal de 74 ans. Par peur de représailles, elle a demandé à taire son nom de famille.

Comme de nombreux Haïtiens, Marie tente d’envoyer des vivres à ses deux sœurs, qui ont 13 enfants à charge.

«On a découvert que ce qu’on envoyait [via un intermédiaire], ça n’arrivait jamais en entier à la famille. La personne se sert et distribue à ses proches plutôt qu’aux nôtres, alors qu’on a payé», enrage-t-elle.

Frantz André, porte-parole de Solidarité Québec-Haïti, abonde dans le même sens.

«C’est chaotique, et quand les gens réussissent à avoir les denrées envoyées par leur famille, ils risquent ensuite de se faire harceler par les gangs de rue [qui veulent les voler]», explique-t-il.



Frantz André, porte-parole de Solidarité Québec-Haïti.


Joël Lemay / Agence QMI

44%

Actuellement, 44% de la population ne mange pas à sa faim, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l’ONU. 

«Nous ne sommes pas dans une petite crise, nous sommes dans la pire crise que connaît Haïti depuis le tremblement de terre en 2010 et il faut se mobiliser. Nous avons l’angoisse de l’avenir de nos opérations face au manque de ressources», affirme Jean-Martin Bauer, directeur du PAM pour Haïti.

Avec un manque de financement et la violence extrême, les défis sont de taille.

«C’est de l’insécurité alimentaire aiguë, on a des taux de malnutrition élevés chez les enfants. Il ne faut pas oublier Haïti», martèle M. Bauer.

Appauvrissement

Mais pour Frantz André, la réalité est en fait bien pire.

«Beaucoup de gens ne mangent qu’une fois par jour. Des gens de la classe moyenne quémandent et ne peuvent pas manger pendant deux ou trois jours, parce qu’ils n’ont plus les moyens de se payer des aliments de base», dénonce-t-il.

Et si les gens préfèrent passer par un intermédiaire plutôt que par une ONG, c’est parce que les organismes sont loin de remplir leur mission, soutient M. André.

«Il y a un manque total de confiance parce qu’on ne voit pas où va l’argent», dénonce-t-il.

Jean-Martin Bauer du PAM assure pour sa part que les choses ont changé depuis 2010.

«La réponse à la crise aujourd’hui n’est pas la même», assure-t-il.


Programme alimentaire Mondial Haiti


Jean-Martin Bauer, directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) pour Haïti, une agence de l’ONU.


Photo fournie par le Programme Alimentaire Mondial

Plus de 60% des distributions sont faites par des organisations haïtiennes et que le PAM achète près d’un million de dollars d’aliments aux producteurs haïtiens, indique-t-il.

Mais la situation en Haïti est de plus en plus compliquée et douloureuse pour la diaspora haïtienne de Montréal qui observe de loin ce qui s’y passe.

«On vit ici, mais notre tête est toujours là-bas. On a peur pour nos proches qui ne peuvent pas se nourrir ou s’hydrater», confie Marie.


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