critique du faux clone fun de Get Out sur Netflix

Feed, Fun and Foxx

Un an après son délire vampirique à la mords-moi-le-mou Day Shift, Jamie Foxx amorce manifestement une tradition de divertissement estival sur Netflix. Il prend cette fois la voie d’un thriller comique mâtiné de science-fiction qui envoie trois enquêteurs de fortune remonter la piste d’étranges phénomènes surnaturels au cœur de leur quartier.

Juel Taylor, après avoir notamment scénarisé un Creed II pas spécialement transcendant, collabore à l’écriture avec Tony Rettenmeier. Sachant qu’ils ont déjà co-signé le discutable Space Jam : Nouvelle ère, la confiance n’était pas forcément absolue. Mais puisque le scénario de Ils ont cloné Tyrone a fait un petit détour par la Black List, qui recense les plus prometteurs, la curiosité restait de mise.

 

Ghettout

 

La bonne nouvelle, c’est que les têtes d’affiche ne se contentent pas de cachetonner et apportent au projet leur talent en plus de leur nom. Chaque membre du trio principal est suffisamment bien caractérisé et campé pour que l’humour fonctionne, à l’exception d’une tendance au name-dropping référentiel un peu lourdingue.

Armé d’un capital fun indéniable, le film se construit une tonalité décontractée, une coolitude distanciée qui ne paraît jamais forcée, donc jamais crispante. Et lorsque les mystères affleurent, ils impliquent du spectateur une contribution plus proche de la détente de bon aloi que de l’étirement préalable à un quelconque effort cérébral. Bien qu’elle pâtisse d’un ventre mou dommageable passée sa première heure impeccable, l’intrigue dégage une énergie qui peut rappeler l’alliage Simon Pegg-Edgar Wright du Dernier pub avant la fin du monde.

 

Ils ont cloné Tyrone : photo, John BoyegaJohn de la Fontaine

 

Stay here

Ils ont cloné Tyrone constitue un hommage assumé à la blackploitation, et tire de la décennie 70 son esthétique et ses ambiances, entre quartiers interlopes, intérieurs enfumés et un somptueux assortiment de coupes afros. De l’église et son prêcheur exalté au fast-food en passant par le salon de coiffure, les ramifications de l’enquête épousent une géographie urbaine pensée comme un petit précis de ségrégation spatiale.

Mais si son sujet et ses développements axés sur le contrôle des esprits et des corps racisés renvoient inévitablement au chef-d’œuvre séminal de Jordan Peele, si l’épatante Teyonah Parris a aussi figuré dans le remake de Candyman, si habile pour fondre des problématiques raciales dans une trame fantastico horrifique, il ne faut pas forcément attendre ici la même acuité sociologique. Le postulat sert davantage à justifier les pérégrinations du valeureux trio qu’à mettre en relief un nouvel angle mort des inégalités.

 

Ils ont cloné Tyrone : Photo Jamie Foxx, John Boyega, Teyonah ParrisMake United States united again

 

Cependant, lorsque les méchants exposent leurs plans délirants, il n’est pas interdit de se demander dans quelle mesure leur absurdité ne découle pas directement des biais sociologiques qu’ils prétendent compenser. À ce titre, que le trio central soit composé d’un dealer, d’un mac et d’une prostituée pourrait passer pour un carrousel d’archétypes faciles, mais se révèle en réalité pleinement cohérent avec les enjeux de l’intrigue. Par ailleurs, la mention d’un jeune garçon arbitrairement abattu par un policier en guise de liant dramaturgique éveillera probablement quelques douloureux échos en France.

Ils ont cloné Tyrone est disponible sur Netflix depuis le 21 juillet 2023

 

Ils ont cloné Tyrone : Affiche


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