Un objet culturel passé au crible d’une critique libre et assumée. Aujourd’hui, l’exposition « Fela Anikulapo Kuti – Rébellion Afrobeat« ,
à découvrir jusqu’au 11 juin à la Philharmonie de Paris :
Un titre qui articule un mouvement politique à un mouvement musical en les incarnant dans une personnalité flamboyante, Fela Anikulapo Kuti, né en 1938 et mort en 1997, qui a marqué profondément la vie de son pays, le Nigéria, et bien au-delà.
L’exposition est vraiment très bien faite. On la parcourt dans un espace ouvert, pas très vaste mais hyper foisonnant, à l’image du personnage Fela Kuti et notamment de ses costumes de scène chatoyants et multicolores, avec des éclats de musique, de discours, de bruits et d’ambiance de rue un peu dans tous les sens. Je crains toujours un peu les installations musicales dans les musées et la manière dont elles entrent en collusion les unes avec les autres, mais pour une fois, ça ne m’a pas dérangée. Il faut dire que tout ça est lié, dans la vie et l’œuvre de Kuti : la musique, les musiques faudrait-il dire, la vie communautaire, Lagos, la politique. Dès l’introduction, l’exposition situe le propos à ce carrefour, et tente tout du long de tenir quelque chose qui n’est pas évident : l’engagement progressiste de Kuti et sa pratique artistique, dont tout vient nous montrer qu’ils sont, dans le fond, la même chose. On y apprend comment il a grandi dans une famille intellectuelle et déjà politiquement très engagée, avec une mère notamment investie dans les mouvements décoloniaux et féministes, comment il a commencé la musique dans ce contexte privilégié et bourgeois, puis a découvert le jazz en même temps que les mouvements pour les droits civiques en Angleterre puis aux Etats-Unis dans les années soixante, comment il a ensuite fondé, en même temps, des communautés de vie, des associations politiques, des clubs et des groupes de musique, toutes ces entités étant, on le comprend en constatant les ressemblances par exemple graphiques entre les tracts, les pochettes de vinyles, des badges et les costumes de scènes, la même chose : des lieux, des groupes, pour l’émancipation.
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Bon, l’exposition ne fait pas l’impasse pour autant sur les zones d’ombre, notamment le rapport parfois problématique de Kuti aux très nombreuses femmes qui l’entouraient. Elle prend Kuti pour ce qu’il est, une espèce de mythologie, un objet culturel derrière la personne, et pas seulement une égérie. J’ai un peu regretté qu’au fil de la visite on perde un peu ce que le début de l’exposition parvenait bien à faire, à savoir l’analyse musicale de l’
afrobeat, creuset important accueillant à la fois la musique traditionnelle yoruba, le jazz, le funk, le highlife, or c’est ça qui est le plus intéressant, et d’ailleurs maintes fois théorisé et brandi par Kuti : comment une musique populaire fait rythme, communauté, et révolution.
Transcription de la chronique radio de Lucile Commeaux
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