Dans « Cerveaux augmentés », Thierry Murat et Miguel Benasayag s’interrogent sur notre rapport à la technologie

Chaque jour penché sur sa table à dessin ou complétant son travail à l’ordinateur, Thierry Murat s’est enraciné à Sore. Le destin de ce Périgourdin d’origine a toujours été le dessin. Le graphisme publicitaire le nourrit d’abord, puis il s’oriente vite vers l’album jeunesse et surtout la bande dessinée.

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Chaque jour penché sur sa table à dessin ou complétant son travail à l’ordinateur, Thierry Murat s’est enraciné à Sore. Le destin de ce Périgourdin d’origine a toujours été le dessin. Le graphisme publicitaire le nourrit d’abord, puis il s’oriente vite vers l’album jeunesse et surtout la bande dessinée.

Après collaboration avec de prolifiques scénaristes (Corbeyran, Rascal), il travaille beaucoup en solo, publiant chez Futuropolis ou Delcourt. Il est à ses débuts influencé par les comics de Milton Caniff, par Hugo Pratt (Corto Maltese) ou le monde fantastique du Belge Didier Comès.

Tous les deux ans, Thierry Murat sort un album, sans compter des dizaines d’illustrations d’articles dans la presse : un bel ensemble raflant de justes reconnaissances, comme ce prix 2016 de la BD historique aux Rencontres de Blois pour « ÉtuŋwAŋ : Celui-Qui-Regarde » (Futuropolis), où il est question de photographie et de Sioux Dakotas au XIXe siècle. Loin des « petits Mickeys », de Spirou ou de héros de Tintin, l’artiste s’attaque aussi à l’illustration de romans tel « Le Vieil homme et la mer ».

Album novateur

Sorti en mai, après seize mois d’intense labeur et d’échanges quasiment philosophiques, Thierry Murat cosigne avec Miguel Benasayag un solide album au sous-titre apparemment paradoxal, « Cerveaux augmentés (humanité diminuée ?) ». Un travail novateur : un « essai graphique », à partir d’une des nombreuses publications du philosophe et psychanalyste franco-argentin qui, libertaire, a toujours lutté contre les dictatures. À commencer par celle de Videla, qu’il endura dans sa vingtaine à Buenos Aires.

À l’été 2021, s’engage le dialogue avec Benasayag. Murat l’image : focus sur les mystères des connexions informatiques, sur les méandres de nos méninges, clins d’œil aux paysages de la Grande Lande, au tango des rendez-vous manqués ou explications à partir de « l’âne idiot » de Buridan, ou bien décorticage de la perception à l’aide de la célèbre vague de Kanagawa…

Point de rupture

Où l’artiste veut-il en venir ? Au cœur de la mutation qui affecte aujourd’hui l’humanité, « la révolution numérique, rupture anthropologique ». Avancée suprême après l’écriture, puis l’imprimerie ? Oui, sauf que… Tout nous incite à déléguer nos vies à la technologie digitale, à nous laisser docilement submerger et coloniser par la « modernité algorithmique ». Paf, chute finale.

« Notre civilisation s’en remet entièrement à la technoscience », écrit Benasayag. Cela nous libère-t-il du mal ? Et le dessinateur de représenter un classique Picsou exhibant son atout digital gagnant. Bingo ! De la belle ouvrage, cet album qui évoque même, clin d’œil peu anodin, les brasiers de l’été 2022 et – comble de l’homme prétendument libéré par le numérique – l’irruption de l’intelligence artificielle dans la BD…

« Cerveaux augmentés (humanité diminuée ?) » par Thierry Murat et Miguel Benasayag, La Découverte et Delcourt 24,95 € ou 16,99 € en numérique.

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