Devant le pavillon de la famille Bordas à Montauroux, la poubelle verte est quasiment vide. Pas parce que les éboueurs viennent de passer, ce samedi matin. Mais bien parce que leurs habitudes ont totalement changé: ils ne gâchent presque rien, cinq mois après leur participation au défi « Famille zéro déchet », initié par la Communauté de communes du Pays de Fayence. « On avait pris l’habitude de jeter un sac de 20 litres tous les dix jours, maintenant c’est toutes les trois semaines, voire tous les mois. Et sans que ça nous demande d’efforts », se réjouit Marilyne, 43 ans.
Pourtant, ce couple avec deux jeunes enfants (Eden 6 ans, et Candyce 12 ans) partait de très loin, avant leur propre transformation. Il y a un an, ils ne faisaient aucun tri. Ni des cartons, ni des emballages plastiques et encore moins du verre. De vrais cancres du recyclage. « On jetait tout en même temps », raconte Elie, fonctionnaire de police de 37 ans. Pour des tas de raisons, plus ou moins valables. Dont « le manque de temps » et « la flemme ».
Le choc des images
Avant chaque douche, Eden remplie les premiers litres d’eau froide dans un sceau qui servira à arroser les plantes.
(Photo Camille Dodet)Camille Dodet / Nice Matin.
« On a eu un électrochoc en découvrant le site d’enfouissement des déchets de Bagnols-en-Forêt, poursuit la mère famille, responsable administrative des ventes en laboratoire pharmaceutique. Les enfants ont soupiré au début mais ont très vite compris l’intérêt. On s’est tous pris au jeu. » Depuis, ils établissent une liste détaillée des courses, en fonction de menus préalablement définis. « Ça limite le gâchis », souligne Elie, également entraîneur de foot à l’OGC Nice. Tout en évitant « les produits industriels suremballés » et en optant dorénavant pour du café à broyer à la place des capsules.
Dans la matinée, ils ont préparé une pierrade accompagnée de crêpes vonnassiennes, une spécialité de l’Ain à base de pommes de terre et de blancs d’œufs pour le repas du soir. « Il nous restait les jaunes d’œufs, alors on a fait des cannelés pour le dessert », ajoute Marilyne, qui nous montre Sucette et Coquette, ses deux poules rousses installées dans un coin du jardin. Éparpillé au sol dans leur espace clos, le reste du couscous de la veille. On y trouve également un composteur, où se dégradent peaux de bananes et d’oignons.
Autre fierté de la famille Bordas, un récupérateur d’eau de 200 litres sur lequel poussent des plantes grasses, collé à la gouttière de la maison. Quand il ne pleut pas, c’est-à-dire très souvent, il est rempli avec de l’eau froide des douches des uns et des autres récupérée dans un seau. « On arrive à économiser 40 litres tous les deux jours, estime Elie, confronté aux arrêtés sécheresse. Ça sert pour arroser les plantes ». Ou pour laver sa terrasse, comme ce matin ensoleillé. Au point d’envisager un deuxième récupérateur d’eau. « Si on peut le faire, tout le monde peut le faire », ajoute-t-il.
Des exemples, mais pas des héros
De là à devenir des exemples? Aujourd’hui, ces quatre Montaurousiens servent d’« ambassadeurs » pour quinze nouveaux foyers volontaires, amenés à suivre différents ateliers. Des amis se sont aussi inspirés de leurs pratiques écolos. Ça n’en fait pas pour autant des héros de l’environnement. « On ne s’est pas encore mis au vrac, reconnaissent-ils. Ça demande une autre organisation, alors qu’on court après le temps au quotidien. »
Sur le plan de travail de la cuisine, on repère également une grande bouteille d’eau… en plastique. Elie a une excuse. Bonne, cette fois-ci: l’eau du robinet trop calcaire, incompatible avec ses coliques néphrétiques. Et dans la poubelle à verre, les bouchons et couvercles n’ont pas été enlevés. Chacun ses limites.
Pour d’autres, elles seront financières. Dans les prochains mois, les habitants de Montauroux devront payer l’enlèvement des poubelles « à la levée ». « Pour nous, ça ne changera pas la facture, précise ce policier, qui prévoit tout de même d’acheter une machine à compacter les déchets. Mais pour beaucoup, l’addition va grimper. » Ultime argument.
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