Le 4 septembre, jour de la rentrée des classes, un ancien retraité de l’éducation nationale est venu ouvrir la porte de l’école de Valennes (Sarthe). Les 18 élèves de la classe unique à quatre niveaux (CE1, CE2, CM1, CM2) de ce village de 300 habitants ont découvert ce jour-là leur nouveau maître, Bernard Trouillot. Agé de 64 ans, l’enseignant a décidé de reprendre du service, un an après avoir fait valoir ses droits à la retraite. La raison : « Je tournais en rond. J’ai voulu redonner du sens à ma vie », confie-t-il au milieu de sa classe. Craignant de se morfondre, Bernard Trouillot n’a pas trouvé mieux que de renouer avec son métier. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé d’en exercer un autre.
Une chape de plomb existentielle s’est comme abattue sur lui en juin 2022 en rangeant ses craies pour la dernière fois. « La perspective de la réforme des retraites avait poussé mon épouse à me convaincre d’arrêter de travailler », raconte-t-il. Cheville ouvrière du club de triathlon de La Ferté-Bernard (Sarthe), l’homme a beau ne pas manquer de loisirs, l’ennui va vite le rattraper. « Je faisais tout pour étirer le temps, poursuit-il. Un peu de guitare, un peu de jardinage, un tour à la médiathèque, un autre à vélo pour faire les courses… Cela ne me convenait pas, je ne voyais personne. On est coupé du monde quand on est à la retraite. »
Tout sexagénaire soit-il, son rêve est de se reconvertir – dans l’automobile, une vieille passion. Il crée un profil sur LinkedIn, fait part de son projet à L’Echo sarthois et envoie 90 CV à des concessionnaires dans l’espoir de trouver un job de commercial, en précisant que le montant du salaire lui importe peu. Un seul, à Orléans, lui répondra : « Vous êtes trop vieux. Je ne vais pas vous former pour vous voir partir dans deux ans. » Bernard Trouillot se rabat sur du bénévolat, à l’office de tourisme de La Ferté-Bernard, et finit par décrocher un temps partiel dans une poissonnerie. Il tiendra deux mois. « Dans les métiers physiques, on ne vous fait pas remarquer que vous êtes trop vieux. Pour le coup, ça l’était un peu trop, physique. »
Des enfants d’une « grande gentillesse »
L’idée de revenir à ses premières amours va surgir à l’endroit même où il enseigna pendant vingt ans, l’école Victor-Hugo de La Ferté-Bernard. Le non-remplacement d’un professeur l’incite d’abord à proposer ses services gracieusement. « Cela ne marche pas comme ça. Il faut envoyer un CV et une lettre de motivation », m’a répondu l’inspection académique. Qu’à cela ne tienne. « Ma femme m’a dit de mettre ma fierté de côté et de rabattre mon caquet. J’ai donc envoyé une lettre de motivation et un CV. Et même des photocopies de mon bac, obtenu en 1978, et de mon DUT de gestion. » Suivra en août un rendez-vous à la direction départementale de l’éducation nationale. « On m’a proposé une classe à la campagne à plusieurs niveaux, un poste que les jeunes enseignants ont du mal à accepter. »
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