Dans la ville de Puertollano, en Espagne, l’hydrogène se met au vert – rts.ch

De plus en plus d’Etats cherchent à décarboner leur économie et à adopter toutes les mesures permettant de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et parmi les technologies développées, celle de l’hydrogène vert suscite de grands espoirs, notamment en Espagne.

Très en avance, l’Espagne s’est inscrite dans ce mouvement à grande échelle en abandonnant le charbon de manière progressive et en misant sur les énergies renouvelables. Ce pays se lance maintenant dans une nouvelle étape: la fabrication industrielle d’hydrogène vert.

Fertiberia, un fabricant d’engrais, a lancé une des premières expériences industrielles d’hydrogène vert non loin de Madrid.

Usine du groupe Fertiberia. [Valérie Demon – RTS]

Puertollano, ancienne cité de l’industrie fossile

A Puertollano, une ancienne ville minière la région de Castille-la-Manche qui a longtemps vécu du charbon puis de la pétrochimie, on consomme beaucoup d’hydrogène, et surtout de l’hydrogène gris (c’est-à-dire de l’hydrogène produit à partir d’hydrocarbures, notamment du gaz naturel, aussi appelé gaz fossile).

La ville de Puertollano est donc un endroit de choix pour le projet pilote de Fertiberia dans le domaine de l’hydrogène vert, un hydrogène produit à partir d’un processus d’électrolyse de l’eau. Le processus ne nécessite pas, en principe, d’hydrocarbures, mais il nécessite un courant électrique et l’électricité fournie n’est pas toujours verte.

L’entreprise Fertiberia s’est donc alliée avec le géant espagnol des énergies renouvelables, Iberdrola, pour produire ce gaz léger de la façon la plus écologique possible. L’électricité est conçue avec une énergie renouvelable: 250’000 panneaux photovoltaïques, installés entre les chênes et les oliviers. C’est de là que viendra l’électricité nécessaire pour la production d’hydrogène vert.

Le champ de panneaux solaires, avec des oliviers en arrière-plan. [Valérie Demon - RTS]Le champ de panneaux solaires, avec des oliviers en arrière-plan. [Valérie Demon – RTS]

Une expérience amenée à grandir

Interrogé cette semaine dans La Matinale, Eduardo Gonzalez Ferran, du département communication de Iberdrola, assure que cette première expérience industrielle est amenée à grandir: « Normalement, d’ici 2030, nous devrions fournir tout notre hydrogène de manière verte. Cela dépendra de plusieurs facteurs: si nous avons un bon apport d’eau et plus de panneaux photovoltaïques pour arriver aux 200 mégawatts dont nous avons besoin ».

Et d’ajouter: « Nous pensons que cet apprentissage de la technologie est un risque que nous pouvons parfaitement assumer pour Iberdrola. Cela va nous permettre d’avoir un avantage compétitif face aux concurrents pour développer plus rapidement cette technologie ».

Pour l’instant, l’objectif à très court terme est de fournir 10% d’hydrogène vert à l’entreprise d’engrais. Un projet qui serait impensable et surtout non rentable sans des fonds européens.

Du gris au vert

L’hydrogène en soi n’est pas un gaz nouveau. Javier Plaza, responsable des usines d’hydrogène vert chez Iberdrola, explique l’évolution: « Pour l’instant, ils consomment de l’hydrogène gris pour produire leurs engrais et c’est une technologie ancienne, des années 60, mais c’est très contaminant. Ils utilisent le gaz naturel et en retirent l’hydrogène, mais ils produisent aussi du dioxyde de carbone (CO2) et c’est un processus polluant ».

Mais dans la nouvelle usine, aucun de ces problèmes ne devraient se poser, laissant la place à la transition verte.

D’autres avantages

« Que fait notre client Fertiberia? D’une part, il veut être en avance sur les tendances. Leurs engrais sont les premiers maillons de la chaîne alimentaire et le consommateur demandera des produits verts, tandis que les normes de l’Union européenne contre la contamination vont être de plus en plus restrictives », explique Javier Plaza.

Autre avantage de l’hydrogène vert, selon l’expert de chez Iberdrola: économiser de l’eau. « Une question très importante, c’est la quantité d’eau nécessaire, car nous sommes en période de sécheresse. Si l’on compare avec l’hydrogène gris, ici nous consommons deux fois moins d’eau. Ce qui veut dire que lorsque Fertiberia cessera d’utiliser de l’hydrogène gris, nous utiliserons la moitié de l’eau qui reste pour faire de l’hydrogène vert ».

Les onze cuves blanches pour stocker l'hydrogène vert.  [Valérie Demon - RTS]Les onze cuves blanches pour stocker l’hydrogène vert. [Valérie Demon – RTS]

L’hydrogène vert est ensuite stocké dans onze cuves verticales puis il est acheminé par des tuyaux à l’entreprise d’engrais à une centaine de mètres.

Et même si l’hydrogène vert coûte plus cher que l’hydrogène gris, les entreprises espagnoles investissent dans de grands projets pour dépendre de moins en moins du gaz naturel. Un mouvement qui s’est accéléré depuis la guerre en Ukraine.

Sujet radio: Valérie Demon

Adaptation web: Julien Furrer

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