Dépression dans le foot: pour l’ancien joueur de l’AS Monaco Sylvain Monsoreau, « il ne faut pas attendre qu’il y ait un drame »

Les dépressions dans le foot, cela vous étonne?

Non. Il y a à l’intérieur du milieu beaucoup de pression. Il faut toujours donner plus, il y a beaucoup de concurrence. On est jugés en permanence. Beaucoup de facteurs peuvent amener à être en fusion mentale. On peut vite déborder. Les joueurs n’ont pas toujours les clés pour prévenir ce genre de situations et surtout les guérir.

Aviez-vous le sentiment d’être bien accompagné à l’époque?

C’était assez tabou, très différent d’aujourd’hui. Il ne fallait surtout pas montrer ses problèmes, mais prouver qu’on était prêts à être performants. Il était très difficile de trouver des oreilles attentives. On savait qu’en dire trop pourrait être mal perçu. Beaucoup de joueurs ont intériorisé, quitte à ce que leur mal-être dure plus longtemps. En 2012, à Saint-Etienne, vers la fin de ma carrière, la question d’un suivi psychologique commençait tout juste à être posée.

Avez-vous été personnellement sujet ou confronté à des joueurs en proie à des problèmes de santé mentale?

Quand j’étais entraîneur au centre de formation. Un jeune de 15 ans est tombé en dépression. Il avait perdu beaucoup de poids. On s’en est rendu compte sur le tard en raison de son changement athlétique. Il n’avait pas osé nous en parler. Vous savez, pour un joueur, chaque fin de semaine peut être une petite dépression quand il n’est pas sélectionné. Il peut y avoir un sentiment de rejet, d’inutilité. Ca peut ouvrir des portes à des choses un peu plus graves.

Quel a été le moment le plus dur de votre carrière?

J’ai connu deux périodes un peu plus sombres. J’ai eu des soucis personnels quand j’étais à Saint-Etienne (il a perdu un être cher) qui ont eu des conséquences sur mon quotidien de joueur. Je les ai traînés pendant un an et demi. J’ai eu des difficultés à faire mon métier normalement. J’étais quelqu’un d’autre. Deux ans après, alors que j’avais réussi à rejouer, j’ai été mis à l’écart, au loft. Je l’ai vécu comme une injustice. Je demandais juste à m’entraîner et à vivre de ma passion.

Vous êtes désormais coach. Que dites-vous à vos jeunes joueurs?

Qu’ils ne se rendent pas forcément compte de la chance qu’ils ont de bénéficier de plus d’ouverture. Le sujet a été posé sur la table. Il est pris au sérieux car il y a eu plusieurs exemples malheureux. Le regard a changé et les joueurs ont tout à gagner à s’y intéresser et à se rendre compte que ça n’arrive pas qu’aux autres. Des éléments peuvent leur permettre de prévenir, de mieux se connaître aussi. C’est ce qu’on leur répète avec nos moyens, même si à Sochaux, on n’a pas encore de psychologue. À terme, ça devrait être essentiel. Les joueurs ont aussi les moyens de trouver des accompagnements en dehors de la sphère des clubs. Je sais qu’il y a des structures d’agents qui proposent ces services-là. C’est une bonne chose.

Les clubs poussent parfois les joueurs dans leur retranchement.

C’est dommageable. La première des choses serait qu’ils respectent les contrats des joueurs jusqu’au bout. Qu’il y ait une parité sur les chances pour chaque joueur de pouvoir explorer son potentiel. Évidemment, il y a des choix à faire mais il faudrait davantage d’explications. Ça a pu faire le jeu de certains clubs qui ont pensé qu’en faisant craquer le joueur, ils pourraient s’en libérer plus facilement. C’est une mauvaise pédagogie.

Comment l’expliquer?

On voit l’homme avant le joueur quand ça marche bien pour lui et quand le joueur va moins bien, on oublie souvent l’homme. Il y a évidemment des gens respectables dans les clubs mais aussi un facteur business qui entre en jeu. On reste dans un système où ne compte que l’immédiateté des résultats avec des entraîneurs très vite sur la sellette, et le profit rapide. Les clubs préparent avant tout les joueurs pour être performants. Mais il faut aussi s’assurer du bien être de l’homme qui est derrière. On omet souvent les conséquences à court et à long terme. Il suffit pourtant souvent d’avoir les bons mots, la bonne explication. Il n’y a pas besoin d’atteindre des dérives.

On demande toujours plus aux joueurs.

Il y a eu la frayeur du petit jeune de Nice (Beka Beka), d’autres joueurs ont sans doute été proches de l’irréversible. Il faut être prudent, ne pas attendre qu’il y ait de drame pour réagir. De très bons joueurs peuvent avoir des fragilités parce qu’ils vivent des choses personnelles compliquées. Il n’y a pas que le foot dans la vie. Ce n’est pas la loi du plus fort. Il faut être attentif à chaque tempérament, chaque individu. On doit réussir à concilier excellence et bien-être.

Thierry Henry a évoqué ses épisodes de dépression.

Je l’ai côtoyé un peu quand il jouait à Versailles car il évoluait au côté de mon frère. Ce qu’il raconte, j’ai pu le voir même si j’étais petit. Il a eu une enfance difficile. C’est très important qu’il parle. Il a l’aura pour faire évoluer les comportements. S’il avait pu bénéficier des outils qui commencent à être mis à disposition des joueurs, cela aurait pu l’aider. C’est par le partage d’expérience qu’on peut améliorer les choses. Les jeunes grandissent vite, ont accès à plus de choses que nous. Leur curiosité doit leur éviter de vivre les mêmes choses que nous.

L’après-carrière, un défi

Si les pressions liées au football sont difficiles à gérer pour un joueur en activité, réussir son après-carrière est aussi un défi selon nos interlocuteurs. « Je l’ai vécue difficilement, je ne pensais pas que ce serait aussi brutal », confie Sylvain Monsoreau.

« C’est important de bien se connaître, ce qui nous anime. Le foot c’est un métier passion, fait de haut et de bas. Ce n’est pas facile de retrouver dans une seconde vie la même adrénaline. » En Angleterre, 40% des joueurs seraient ruinés cinq ans après la fin de leur retraite sportive, estime le syndicat Xpro, un tiers divorcerait la première année, et 38% seraient touchés par la dépression. « On constate souvent un problème d’identité, analyse le médecin de la Fifpro Vincent Gouttebarge. « Quand on est jeune, on se concentre avant tout sur le football et on développe une identité liée à notre performance dans le sport, laquelle peut être néfaste au long terme puisque tôt ou tard il faut passer à un autre chapitre. »

« Ce qu’il y a de plus difficile à digérer »

« Il faut trouver un équilibre de vie et de sport, abonde Thomas Sammut. Vous pouvez performer sans, mais il y aura forcément des conséquences sur l’après. Une fois que la carrière est terminée, ça peut être un trou noir. Quand on est actif, on est dans l’actualité, on a l’impression d’être vivant. Du jour au lendemain, on est mis de côté. On n’est plus dans le train qui passe. Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus difficile à digérer », explique le préparateur mental de Brest, troisième de L1.

À la Fifpro, qui a lancé une étude d’envergure et sur 10 ans à propos de la santé mentale et physique des footballeurs, on milite pour un soutien et un accompagnement au long terme des joueurs retraités.

Thomas Sammut aimerait lui voir « plus d’ouverture et d’éveils » dans les centres de formation, où les jeunes footballeurs arrivent « bien trop tôt ». « J’ai déjà entendu des gamins dire: « Je suis plus important que toi car j’ai une cote plus haute que la tienne ». Comment voulez-vous qu’ils se construisent? »

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