En cinquante ans, la Guinée-Bissau a connu quatre coups d’État et dix-sept tentatives de putsch. La dernière d’entre elle a visé l’actuel président Umaro Sissoco Embalo en 2022.
Vincent Foucher, chercheur au CNRS, revient sur les causes de cette instabilité politique, interrogé par Guilhem Fabry : « Un des premiers facteurs, c’est certainement la faiblesse du développement économique qui a des causes structurelles. C’est un petit pays, peu peuplé, où il y a eu peu d’investissements, y à l’époque coloniale. Et donc, on a un secteur privé qui est très faible, ce qui veut dire qu’il n’y a pas vraiment de salut hors de l’État et donc au sein de l’élite, on lutte de manière très vive pour acquérir le contrôle de l’État. Et puis ça, c’est aggravé par un autre facteur qui est l’expérience de la guerre de libération, puisque c’est le seul pays d’Afrique de l’Ouest qui a obtenu son indépendance en l’occurrence du Portugal au terme d’une lutte de libération armée, qui a duré une bonne dizaine d’années. Et donc, de cette expérience militaire découle une question persistante en fait quant au poids des militaires dans la société et au fond, à une sorte de supplément de légitimité à intervenir dans la trajectoire politique du pays. »
Le pays est aujourd’hui une plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. Il est d’ailleurs considéré comme un narco-État par l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime. Vincent Foucher explique le lien entre le narcotrafic et la forte instabilité politique que connaît le pays : « On parle beaucoup de narcotrafics à propos de la Guinée-Bissau. Mais il me semble qu’il y a peut-être une illusion d’optique, il y a des luttes factionnelles incessantes. Mais les luttes, elles se font aussi en utilisant les accusations de trafic de drogue et en utilisant par exemple la police et la justice pour poursuivre certaines affaires au détriment de certaines factions qui sont impliquées. Donc, d’une certaine manière, si on arrive à avoir beaucoup d’affaires qui sortent, c’est parce qu’il y a des compétitions politiques, c’est un système très fragile au fond, assez instable. Dans certains pays plus stables, par exemple la Guinée Conakry, il y a peu d’affaires qui sortent parce qu’au fond, les acteurs d’État qui sont impliqués dans le trafic arrivent beaucoup mieux à garder la discrétion sur le trafic. Et donc, on a beaucoup mis en avant la Guinée-Bissau comme point central du trafic. Il y a clairement un peu partout en Afrique de l’Ouest du trafic de cocaïne avec des implications de certains segments des élites d’État, notamment dans le secteur de la sécurité, renseignement, police, armée, gendarmerie. Il y a des petits bouts de l’État comme ça qui sont impliqués dans ce trafic-là un peu partout. En Guinée-Bissau, on en parle parce que cela suscite justement beaucoup d’instabilité et beaucoup de compétition. »
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