Une équipe de chercheurs allemands vient de faire une incroyable découverte à propos des fameux « bronzes du Bénin » : ces superbes sculptures en laiton confectionnées par le peuple Edo entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Elles représentent des scènes de la vie quotidienne ou rituelle de l’ancien royaume du Bénin.
En 1897, les Britanniques en ont pillé plusieurs centaines lors de la conquête puis de la destruction des Cours royales de ce royaume africain de l’Ouest qui est aujourd’hui entièrement inclus dans le Nigéria moderne. Il restait un mystère à élucider : D’où provenait le laiton utilisé pour ces œuvres si raffinées ? C’est la tâche que se sont donnée ces scientifiques allemands : ils ont comparé le laiton des sculptures avec des dizaines d’échantillons provenant d’Afrique mais aussi d’Europe.
Leur conclusion est assez incroyable : le métal utilisé par les artistes Edo est en grande partie européen et plus précisément, allemand ! Il a été extrait de mines situées aux alentours de Cologne.
Comment du métal allemand a-t-il pu être utilisé pour des sculptures africaines ?
Effectivement, ça demande un peu d’explications. Au XVIe siècle, commence entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest un intense commerce qui va très vite se concentrer sur les esclaves. Mais pour échanger, encore faut-il avoir une monnaie commune.
Il y a bien les cauris, ces petits coquillages, mais c’est de la menue-monnaie. Pour les esclaves, il faut autre chose. Ce seront les « manilles » : des bracelets de laiton qui pèsent entre un et cinq kilos. Un esclave pouvait valoir 5 manilles par exemple.
Des bracelets de ce type, on en a découvert des centaines, voire des milliers dans les épaves des marchands européens qui se dirigeaient vers l’Afrique. Certains bronzes du Bénin montrent d’ailleurs des personnages ayant à la main ces bracelets-monnaie.
Géopolitique
Ces bracelets étaient fabriqués en Europe ?
Par centaines de milliers ! On possède encore un contrat datant de 1548 dans lequel le roi du Portugal demandait au financier et marchand allemand Fugger de lui fournir sur trois ans près d’un million et demi de ces manilles de laiton.
Ces bracelets ont donc été acceptés en échange d’esclaves par le royaume du Bénin, puis une partie d’entre eux a été confiée aux artistes-sculpteurs béninois pour être fondue et transformée en sculptures selon l’antique technique de la « cire perdue ».
Autrement dit, voilà du métal allemand qui a servi pendant trois siècles à acheter des esclaves africains et que des artistes Edo ont fondu et « purifié » pour en faire parmi les plus extraordinaires objets d’art au monde. C’est vertigineux si l’on y songe !
Des sculptures qui, en plus, retrouvent leur pays d’origine
Il est vrai que de la France à la Belgique en passant par la Grande-Bretagne – plus réticente – et l’Allemagne, le mouvement de restitution de ces œuvres pillées à l’Afrique à l’époque coloniale semble irrépressible. Mais c’est Berlin qui s’est engagé le plus loin.
En juillet, l’Allemagne a signé un protocole d’accord avec le Nigéria lui restituant la propriété de plus d’un millier d’œuvres exposées dans les musées allemands. En décembre, 20 bronzes ont déjà été transférés. Des centaines d’autres devraient suivre cette année.
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