Organisée par l’Université de Toulon et la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), une conférence sur la relation franco-algérienne sera animée par Ali Bensaad, professeur à l’Institut Français de Géopolitique de l’Université Paris 8, et spécialiste du monde arabe, ce jeudi 19 octobre à 18h30à l’université de Toulon (entrée gratuite sur inscription sur https://fmes-france.org).
Après des mois de yoyo, où en est la relation bilatérale entre la France et l’Algérie?
Il en a toujours été ainsi, la relation algéro-française a toujours fait du yoyo comme vous dites. Elle est plus de l’ordre d’une question de politique intérieure dans chacun des deux pays que d’une question de politique internationale régissant les relations entre deux pays.
Dans chacun d’eux, les représentations construites sur l’autre pays sont un des éléments importants structurants le jeu politique interne. En Algérie ou en France, quand les acteurs politiques évoquent l’image de l’autre pays, c’est souvent pour en faire le marqueur des clivages politiques qu’ils veulent activer voire hystériser dans leur propre société. Cette dépendance des aléas du jeu politique interne explique les contrecoups, les discontinuités et les difficultés de la relation.
Qu’est-ce qui pourrait permettre une amélioration de la relation entre les deux pays? I
l faut investir de façon plus importante dans les sociétés civiles et particulièrement dans la diaspora et les binationaux. Ceux-là expérimentent, vivent dans leur quotidien la richesse et la complémentarité qu’on retrouve dans chacun des deux pays. La langue française garde encore un immense potentiel en Algérie. Lors de sa dernière tournée en Algérie, l’écrivain algérien francophone Yasmina Khadra a drainé des foules de milliers de lecteurs dans les villes de l’intérieur profond de l’Algérie qui le lisent en français. Celui qui fut le plus grand écrivain algérien, Kateb Yacine, décrivait la langue française comme « un butin de guerre » pour les Algériens. Elle les rattache à certaines valeurs, celles-là mêmes qu’ont utilisées ceux qui se sont battus pour l’indépendance et qui demeurent aujourd’hui une fenêtre d’ouverture à la modernité.
Si les relations diplomatiques sont en dents de scie, en parallèle, sur le plan militaire, les deux pays semblent avoir une bonne entente. Dernièrement, la frégate El Moudamir était présente à Toulon dans le dans le cadre de l’activité de coopération opérationnelle (ACO) franco-algérienne. Comment expliquez-vous ce paradoxe?
Il y a des deux côtés les discours officiels servis aux clientèles politiques mais derrière, la coopération sur les choses vitales, comme la sécurité, elle, ne s’est jamais arrêtée. On continue à conjecturer sur la probable visite du président algérien, Abdelmadjid Tebboune, à Paris. Mais Saïd Chengriha, le chef d’état-major de l’armée algérienne, patron de l’armée et de fait, en dernière instance, du pays, est venu lui à la fin du mois de janvier. Il y a de gros enjeux de sécurité qui réunissent les deux pays, notamment au Sahel et sur la question du terrorisme.
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