Des Haïtiens se disent floués par une agence de recrutement

Le frère et la sœur de Mme Benjamin sont toujours en Haïti.

Photo : Radio-Canada

Une amie de sa communauté l’informe que le pasteur Joanesse Saint-Fort de l’Église évangélique haïtienne de l’Alliance chrétienne et missionnaire, située à Montréal, promet d’être l’intermédiaire entre les immigrants et une agence de recrutement international SOS Global.

Pour 100 $ d’inscription et 2400 $ pour couvrir toutes les démarches, on affirme que des emplois dans le secteur agroalimentaire les attendent.

Joint par téléphone, le pasteur dit avoir inscrit ses neveux et nièces ainsi qu’une centaine de personnes. J’ai donné tout l’argent à Roberta Sévère. J’ai appelé pour demander des remboursements pour les gens, elle ne répond pas, explique le pasteur Joanesse Saint-Fort.

Façade de l'Église évangélique haïtienne de l'Alliance chrétienne et missionnaire.

Le pasteur Joanesse Saint-Fort dit avoir inscrit plus d’une centaine de personnes auprès de SOS Global.

Photo : Radio-Canada

Roberta Sévère est la présidente de SOS Global. Cette dernière aurait dit au pasteur que l’entreprise Olymel promettait près de 400 emplois aux clients de SOS Global. Une fausseté, selon Olymel, qui affirme n’avoir jamais travaillé avec cette agence. Par ailleurs, entre 2019 et 2022, une autre entreprise, Volaille Giannone, a embauché 17 travailleurs étrangers via SOS Global.

Michelet Bas, un résident d’Haïti, dit avoir rencontré les gens de SOS Global dans leurs bureaux à Pétionville. Pour venir au Canada, il dit avoir emprunté les 2400 $ à un taux d’intérêt de 25 %. Médecin dans son pays, il était prêt à venir travailler dans un poulailler afin d’économiser de l’argent pour ouvrir une clinique chez lui.

Monsieur Michelet Bas en entrevue à Haïti.

Les dettes s’accumulent pour M. Bas, qui dit avoir contracté un prêt il y a trois ans pour payer son inscription.

Photo : Radio-Canada / Etienne-Côté Paluck

Michelet Bas souhaite obtenir un remboursement, mais Roberta Sévère a fermé ses bureaux de Montréal et de Pétionville. L’avocate de Mme Sévère, Me Nathalie Aubé, a refusé qu’elle réponde à nos questions à la caméra. Par contre, elle encourage les plaignants à écrire à l’entreprise, sosglobal@gmail.com.

En 2020, Jacques André Saintil était à Montréal et dit avoir servi d’intermédiaire à plus de six Haïtiens. Les gens lui envoyaient les 2400 $ afin qu’il paye SOS Global. Aujourd’hui en Haïti, il dit que les gens le harcèlent et veulent ravoir leur argent.

« Je ne suis pas confortable. J’ai simplement voulu leur rendre service. C’est une vraie arnaque. »

— Une citation de  Jacques André Saintil

Avant de servir d’intermédiaire, M. Saintil avait fait ses recherches. Aux bureaux de SOS Global à Montréal, il avait vu le permis d’agence de recrutement émis par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Mais aujourd’hui, ce permis est suspendu. Le porte-parole de la CNESST, Nicolas Bégin, dit qu’une enquête est en cours actuellement.

L’avocate en droit de l’immigration Laurence Trempe est formelle : une agence de recrutement ne peut exiger des frais aux travailleurs étrangers. C’est illégal. Les seuls frais que doit payer le travailleur étranger sont les frais consulaires qui coûtent moins de 500 $. Elle ajoute qu’une agence de recrutement ne peut promettre un emploi.

« Il n’y a jamais d’emplois garantis. Il faut vraiment que le travailleur étranger accepte avec l’employeur le contrat de travail et ses conditions. »

— Une citation de  Laurence Trempe

Aujourd’hui, les victimes de SOS Global espèrent un remboursement.

Le reportage de Nancy Desjardins, de la recherchiste Andrée-Anne Perreault et de Carole Pelka est diffusé à La facture le mardi à 19 h 30 et le samedi à 12 h 30 à ICI Télé

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