Entamé en Centrafrique en 2021, poursuivi au Mali en 2022 puis au Burkina Faso en 2023, le repli français semble désormais inexorable dans cette région de l’Afrique. La décision du président Macron, annoncée dimanche soir 24 septembre 2023, de retirer les soldats français déployés au Niger est venue confirmer cet effet domino. Il y a dix ans, Paris intervenait au Mali et renforçait son dispositif dans toute la région pour contenir la menace terroriste. Dix ans plus tard, elle en est chassée par l’arrivée au pouvoir de militaires putschistes, soutenus par d’autres puissances.
Pour ce départ ?
Que s’est-il passé pour que le plus beau jour
de la carrière de François Hollande (dixit l’ancien président à Bamako en février 2013) se solde ainsi en un départ accéléré, sous la pression ? Des erreurs, bien sûr, que les Américains avaient expérimentées en Irak et en Afghanistan. Des inerties aussi, intenables dans un monde en plein bouleversement.
Car les sociétés africaines sont en pleine révolution démographique. La concurrence entre puissances nouvelles venues redouble sur le sol africain, réduisant l’influence occidentale. L’absence de ce que les spécialistes appellent une stratégie de sortie, lorsque l’on s’engage dans une opération militaire, pour éviter l’enlisement. La France n’y a pas échappé.
Un choc
Pour les militaires, notamment de l’armée de terre, ce sentiment d’échec représente un choc. Non seulement en mémoire des près de soixante soldats tombés lors de ces opérations pour défendre le territoire national de menaces bien réelles. Mais aussi parce que l’Afrique, dans la culture militaire française, est un domaine ancré de longue date. Le poids de cette tradition a-t-il, d’ailleurs, été excessif lorsque les décisions politiques devaient être prises sur les modalités des interventions ? Certains le pensent, mais l’éventuelle faiblesse n’est jamais une excuse recevable pour un responsable politique.
La permanence de la menace djihadiste
La violence des attaques djihadistes subies par la France au cours de la décennie écoulée, et la permanence de la menace, ne peuvent être sous-estimées. C’est d’ailleurs l’un des enjeux de l’après-repli français. Le risque évoqué dès 2013 d’une sanctuarisation par les djihadistes de pans entiers du territoire sahélien demeure. Et ce n’est pas la compagnie russe Wagner, maîtresse dans l’art de la prédation, qui va s’y opposer.
Depuis cinq ans, Paris essayait, avec un relatif succès, de remodeler sa présence et d’amener à bord de cette lutte ses partenaires européens. Ce schéma ne tient plus non plus. La France s’est retrouvée à la fois surexposée par son passé colonial habilement instrumentalisé (les Américains n’ont pas fermé leur base de drones au Niger malgré le putsch), et sur déployée au Sahel par rapport à ses capacités et alors que d’autres menaces montent.
Fermer les bases permanentes ?
Avec le départ du Niger, c’est l’ensemble du dispositif militaire français en Afrique qui est, en réalité, questionné. Avec de nombreuses incertitudes qui pèsent désormais sur les bases françaises toujours présentes au Tchad, au Gabon, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Faut-il en finir avec les bases permanentes et moduler la coopération militaire de façon moins lourde ? Les Britanniques l’ont fait.
Le réveil sur la perte d’influence française est d’autant plus douloureux que ce reflux coïncide avec une montée en puissance des appétits coloniaux d’autres puissances. Le départ du Niger n’est pas un épisode, c’est un tournant. Une stratégie nouvelle est nécessaire pour ne pas subir la chute annoncée des prochaines pièces du domino.
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