En ce 22 juillet 1959, une foule de photographes s’impatiente devant le yacht « Christina » d’Aristote Onassis, dans le port de Monaco. Deux personnages célèbres s’apprêtent à y embarquer: Winston Churchill et Maria Callas.
Churchill, vieux lion de 78 ans, apparaît accompagné de son épouse, de sa fille, de son médecin et de Toby. Qui est Toby? Une perruche qui voyage avec lui dans une cage. L’ex-premier ministre anglais a ses habitudes à Monaco. À l’Hôtel de Paris et autour des tapis verts du casino.
Bousculade parmi les photographes
Soudain, la voilà! Bousculade parmi les photographes. C’est elle, belle et haute silhouette de femme brune, tout de beige vêtue: la Callas! À 36 ans, elle est une diva de l’opéra. On prétend qu’elle est la dernière conquête d’Onassis.
Tout le monde veut l’approcher, la voir. Sa carrière de chanteuse a explosé en dix ans. La Scala de Milan, le Metropolitan Opera de New York, les opéras de Paris, de Londres, de Vienne se l’arrachent. Onassis a fait sa connaissance à l’opéra de Dallas au mois de novembre précédent. Il est allé l’entendre à nouveau le 19 décembre à l’Opéra de Paris. Le tout-Paris était là: Chaplin, Bardot, Cocteau, Sagan. Il fit livrer dans sa loge une brassée de roses rouges. Puis les choses se sont précipitées. Le 18 juin, à l’opéra de Londres, il a fait fleurir tous les balcons en son honneur.
C’est au cours de cette soirée qu’il a invité Maria Callas sur le « Christina ».
Elle n’a pas lésiné sur son trousseau de croisière, elle a emporté pas moins de vingt robes. Des serviteurs portent ses bagages. Derrière elle, son mari et imprésario, Battista Meneghini, vingt-huit ans plus âgé qu’elle, épousé trois ans plus tôt, marche petitement. Il a le mal de mer.
Un conte de fées
À bord du « Christina », marins, secrétaires, serviteurs, femmes de chambre, cuisiniers, masseurs s’affairent autour des invités. Les couloirs sont ornés de statues de héros mythologiques, les cabines de toiles de maître, les salles de bains sont en marbre et or, la piscine se transforme le soir en piste de danse.
Maria Callas a le vertige – elle, l’enfant de modestes commerçants grecs émigrés en Amérique. Elle a connu la pauvreté. Elle est née à New York, le 2 décembre 1923. Il y a cent ans…
À bord du « Christina », la voilà dans un conte de fées. Au fil des escales, la séduction d’Onassis opère. Meneghini, son mari, observe, impuissant, croître l’idylle. « Un feu intérieur les dévorait », écrira-t-il plus tard.
Quant à Tina, l’épouse d’Onassis, elle laisse faire. Son amant est à bord! Quand le « Christina » revient à Monaco, le nouveau couple d’Onassis et Maria est formé.
Amie de la princesse Grace
Sept années heureuses vont s’ouvrir à eux.
Ils deviendront intimes du couple princier Rainier et Grace. La diva et la princesse entretiendront une correspondance suivie. Le 13 décembre 1961, Maria chante à la Scala de Milan « Médée » de Cherubini. La princesse Grace n’a pas pu venir. Maria répond à un message qu’elle lui a envoyé: « Chère Grace, Merci de ton télégramme et vraiment désolée que tu n’aies pas été là. Je suis sûre que tu aurais aimé. J’espère que tu vas mieux. Embrasse Albert et Caroline. » (Cité dans « Lettres et mémoires de la Callas », par Tom Volf).
En mai 1965, à l’occasion d’une « Norma » chantée à l’Opéra de Paris: « Chère Grace, j’ai été très occupée à rassembler mes nerfs et mes forces. Il y a toujours un ennemi prêt pour épier un moment de faiblesse! Je meurs d’envie de prendre un moment de repos. J’espère tellement te revoir ainsi que Rainier… »
Le rêve est terminé
En 1963, Maria découvre dans la presse des photos compromettantes entre Onassis et Jackie Kennedy, la jeune veuve du président des États-Unis. Le monde s’effondre sous ses pieds. Pour elle, le rêve est terminé.
En 1965, elle décide de ne plus chanter d’opéra. Le prince Rainier III décide, pour sa part, de se débarrasser d’Onassis en le rendant minoritaire au capital de la Société des Bains de Mer.
Maria continue à fréquenter la Côte. On la voit en 1970 au Festival de Menton avec la princesse Grace. Pas comme chanteuse mais comme spectatrice.
Si elle ne chante plus d’opéra, mais continue à donner des concerts. Ainsi, en 1973, en Allemagne d’où elle écrit: « Chère Grace, les choses se sont très bien passées. Les Allemands m’adorent et comprennent les petites faiblesses que j’ai montrées. Ils savent bien sûr que je ne peux pas être ce que j’étais il y a dix ou quinze ans, mais j’ai pu arriver à stabiliser ma voix ces dix dernières années. Durant cette longue tournée, je vais évidemment acquérir davantage de confiance et m’améliorer… Toute mon affection à vous tous et sois bénie pour être si merveilleuse. Bien à toi. Affectueusement. Maria. »
Maria a, alors, 50 ans. Elle mourra trois ans plus tard, le 16 septembre 1977, seule, chez elle, à Paris. La cantatrice n’est plus là. Sa légende vit toujours…
Une carrière extraordinaire
Maria Callas, surnommée par beaucoup la « chanteuse du siècle », fascinait par sa voix mais aussi par sa présence scénique de tragédienne. Elle pouvait aborder des rôles allant du mezzo dramatique au soprano lyrique, de « Carmen » à la « Norma ».
Ses enregistrements demeurent d’inestimables trésors
Elle est née à New York le 2 décembre 1923 au sein d’une famille grecque émigrée. Lorsque ses parents divorcent, elle retourne à Athènes, le pays de ses origines, avec son père. Elle a 14 ans. Elle étudie le chant, puis entreprend sa carrière au début des années quarante.
Pendant les années de guerre, elle essaie de chanter aux États-Unis mais refuse un contrat à l’opéra de New York où on lui demandait de chanter « Madame Butterfly »… en anglais. Pour revenir en Europe, elle emprunte 1 000 dollars.
Le grand départ de sa carrière se fait en 1947 aux Arènes de Vérone dans la « Gioconda » de Ponchielli. Pendant vingt ans, les succès ne vont cesser.
Après avoir mené une carrière glorieuse, elle se retira dans son appartement parisien de l’avenue Georges-Mandel. À sa mort, le 16 septembre 1977, on trouva près d’elle un tube de somnifères qu’elle avait absorbés en trop forte dose.
Les commentaires sont fermés.