Elle se fait discrète. Dans l’ombre reculée des hauteurs de Saint-Laurent d’Èze, à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de la Principauté. Mais contribue pourtant au rayonnement de cette dernière grâce à sa verdure, ses fleurs et ses couleurs.
La pépinière de Monaco, perchée au-dessus d’Èze depuis 1977, est un véritable trésor vert. Sous la houlette de la Direction de l’aménagement urbain (DAU), les végétaux sont recueillis, stockés, choyés, très souvent cultivés dès le départ. « Le rôle de cette pépinière est d’alimenter la Principauté en plantes qui sont produites en interne, rappelle Frank Champion, contremaître de la section Jardins de la DAU. Pour les trois-quarts des plantes, on part du semis jusqu’au stade de plantation, de A à Z. On fournit également la SBM, le Palais princier et un peu la mairie. »
Ici, vous verrez un nombre presque infini de variétés de végétaux. « On a des plantes annuelles ou bi-annuelles, des plantes vivaces. On a pratiquement tout sauf les arbustes qu’on achète parce que c’est trop long [à faire pousser N.D.L.R.], on n’aurait pas la place de les produire. »
Trois approvisionnements appelés « rotations » sont nécessaires chaque année pour fournir Monaco et certaines marques privées.Photo Jean-François Ottonello.
Une cartographie de La Principauté
Pour fournir Monaco et certaines marques privées, la pépinière suit un fonctionnement bien précis avec une cartographie des zones vertes. « La Principauté est divisée en secteurs avec un chef d’équipe pour chacun d’eux et des massifs numérotés [une petite zone végétalisée, N.D.L.R.]. De notre côté, on se réunit et on va faire un choix de végétaux à proposer à la ville en fonction de la saison. On va enlever certains végétaux qui posent problème ou qui ne plaisent pas assez, on va aussi en intégrer des nouveaux dont certains qui sont économes en eau. Dans le cahier qu’on lui propose, le chef va faire sa commande mais il n’a pas besoin de préciser le nombre. Il va simplement demander: « Pour tel massif précis, je veux tel choix de végétal’’. Un ordinateur va calculer la surface qui va nous être transmise pour chacun des secteurs. » Trois approvisionnements appelés « rotations » sont nécessaires chaque année à des dates précises qui durent 2 à 3 semaines pour la livraison.
« En ce moment on choisit ce qu’on met pour l’année prochaine. », explique Frank ChampionPhoto Jean-François Ottonello.
Un travail d’anticipation
En plus de suivre une démarche bien précise, la pépinière se doit d’être dans l’anticipation. « Tout cela se fait un an à l’avance. En ce moment on choisit ce qu’on met pour l’année prochaine. On travaille en amont. » Car bien évidemment, les végétaux ne poussent pas en une semaine, la quantité à fournir est conséquente et il faut aussi, dans un premier temps, se fournir chez des grainetiers.
Sans oublier le volet événementiel auquel doit participer la pépinière comme les décorations florales pour la Journée internationale des droits des femmes, le Festival du cirque. Ou, par exemple, la venue du Tour de France en Principauté qui va donner du travail aux équipes de Frank Champion. Même si pour l’instant le projet floral est « à l’étude ».
« On essaie d’utiliser des végétaux qui sont moins demandeurs en eau. »Photo Jean-François Ottonello.
S’adapter à la sécheresse
Dans un contexte de réchauffement climatique qui n’est plus à prouver, la pépinière de Monaco doit s’adapter. « Surtout l’été, poursuit Frank Champion. On essaie d’utiliser des végétaux qui sont moins demandeurs en eau. Ces dernières années, on a dû enlever les pétunias pourtant très jolis. On les a supprimés petit à petit et on essaie de les remplacer par autre chose. On s’adapte mais c’est difficile parce qu’encore faut-il que les grainetiers s’adaptent eux aussi. »
Plus récemment, l’autre adaptation a été de changer le rythme des approvisionnements annuels en végétaux. « Depuis peu, on essaie de faire durer la plantation du printemps. On a décalé cette plantation un peu plus tardivement pour ne plus avoir à planter l’été [ce qui explique les trois rotations au lieu de quatre, N.D.L.R.]. »Ainsi, le végétal planté au printemps sera mieux enraciné, plus résistant et moins demandeur en eau l’été.
En somme, l’évolution liée à la sécheresse se situe plutôt autour de la manière de planter et de son calendrier. Bien que certaines espèces soient déjà en train de disparaître du paysage monégasque dans le plus grand anonymat. Remplacés par des végétaux moins demandeurs en eau mais aussi « moins spectaculaires en termes de floraison ». « Les habitants devront s’habituer à voir des zones vertes différentes de ce qu’ils avaient l’habitude de voir », prévient Frank Champion.
Il faut lever les yeux au ciel pour observer les différentes méthodes utilisées pour réguler la température des serres. Photo Jean-François Ottonello.
Une gestion climatique de pointe, la consommation d’eau surveillée
Ce n’est peut-être pas la première chose à laquelle on pense lorsqu’on voit tous les manteaux de fleurs et de végétaux habiller les rues de Monaco. Mais prendre soin de toutes ces plantes est un sacré travail d’orfèvre. Et pour cela, le personnel de la pépinière peut compter sur l’aide de l’informatique. Ainsi, un ordinateur central relié à toutes les serres permet de surveiller et surtout de contrôler les conditions intérieures. « Chaque serre a des paramètres différents en termes de température d’air, d’hygrométrie [le taux d’humidité N.D.L.R.], de température de sol avec des sondes », explique en préambule Frank Champion.
Ensuite, plusieurs outils vont permettre de réguler la température. Une pompe à chaleur va alimenter des tuyaux à basse température qui permettent de réchauffer modérément les plantes. Le soir, une fois que la température est descendue de manière significative, un chauffage aérotherme alimenté par un fuel bio prend le relais pour souffler de l’air chaud.
Des toiles en métal au blanchissement des verres
Des écrans thermiques, sorte de bâches en métal qui se déplient, repoussent la chaleur vers le haut et préservent les plantes fragiles. À l’inverse, lorsqu’il s’agit de réchauffer les végétaux, ces toiles jouent un rôle d’isolant et permettent de garder une température ambiante dans la serre.
Une autre solution consiste à blanchir les verres des serres avec un pulvérisateur pour rendre les plantes moins exposées à la chaleur. Sur le dessus, c’est le travail de drones pour « repeindre » la totalité de la serre.
Enfin, des ouvrants permettent d’ouvrir les fenêtres de la serre et ainsi faire baisser la température générale. Tout cela toujours selon les données récoltées et analysées non-stop, minute par minute, par l’ordinateur central. Des solutions économiques et écologiques qui sont utilisées depuis plusieurs années.
L’eau, une ressource gérée avec le plus grand soin
L’eau parvient à la pépinière de trois manières:
– la compagnie générale des eaux qui fournit une grande part de l’apport en eau en été;
– la récupération d’eau pluviale avec des grosses cuves qui représentent entre 120 et 150 m3;
– un forage qui livre 3 m3 par jour grâce à un puits.
Et des efforts sont faits pour limiter les pertes lors des diverses manières d’arroser. En subirrigation – le pot trempe dans l’eau sur des plateaux. En goutte à goutte grâce à un goutteur à raison de 2 litres par heure. « L’eau perdue sera uniquement celle qui est bue par la plante. Tout le reste retourne dans un bassin où elle va être analysée pour son ton taux de pH et sa teneur en engrais. »
La vaporisation est aussi utilisée mais moins fréquemment. Des mesures complémentaires sont mises en place pour limiter les arrosages. « On essaie d’ombrer un maximum les plantes. On réfléchit à blanchir les toiles au sol qui empêchent l’herbe de pousser. »
Quant aux restrictions d’eau liées aux périodes de sécheresse qui s’allongent un peu plus chaque année, la pépinière n’est pour l’instant pas menacée. « On a la chance d’être en zone agricole donc on n’a pas la même législation qu’un particulier en France », conclut Frank Champion.
Pour l’arrosage des plantes, la vaporisation est utilisée mais moins fréquemment.Photo Jean-François Ottonello.
Un échange de graines à l’internationale
L’index seminum est un échange de graines qui se fait entre les différents jardins botaniques de France et à l’étranger. Et plus particulièrement les espèces dites « rares ».
« On va les stocker et les archiver dans un local dédié, explique Frank Champion. Un jardin peut nous écrire, c’est gratuit. Un livret est publié avec des photos et des numéros et les végétaux classés par famille. Ils vont choisir ce qu’on a et on leur envoie. Et vice-versa. Dernièrement, on l’a fait avec des jardins en France, en Allemagne, en Suisse ou en Italie. »
« On a décalé la plantation un peu plus tardivement pour ne plus avoir à planter l’été »Photo Jean-François Ottonello.
En chiffres
18.000
C’est, en m2, la surface totale de la pépinière de Monaco en comptant l’espace potager.
15
C’est le nombre d’employés que compte la pépinière.
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