Imperturbable aux bruits de la souffleuse, au bourdonnement de la machine de rembourrage et aux coups de brosse, Mélanie Desmots s’applique à raccorder, avec sa machine à coudre, les différents tissus de la « Phryge », la peluche emblème des Jeux olympiques (JO) et paralympiques de Paris 2024. La couturière de 40 ans a rejoint il y a moins de deux ans la manufacture de Doudou et Compagnie implantée en Bretagne. L’entreprise française a été sélectionnée pour élaborer les mascottes des prochains Jeux, sous licence officielle. Si 75 % de sa production des Phryges est réalisée dans son usine chinoise, les 25 % restants le sont dans l’usine de Guerche-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) inaugurée en 2022.
« Les JO, c’est emblématique. Il y a une fierté de participer et d’y mettre notre petite touche. On a l’impression de faire partie du gros engrenage », se réjouit Mélanie Desmots, rencontrée le 8 novembre. Découpage du tissu, broderie, couture, rembourrage, fermeture, contrôle, mise en conditionnement ; au total seize paires de mains sont nécessaires à la confection d’une seule mascotte « made in Guerche ».
En novembre 2022, la fabrication des peluches olympiques en Chine avait suscité la controverse. Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, avait justifié la situation comme « un problème structurel », et que la France n’était pas en mesure « d’avoir suffisamment de matières premières et d’usines textiles pour fabriquer deux millions de peluches en quelques mois ».
Une partie de la production relocalisée en France
« On va essayer d’avoir plus d’ambition sur la relocalisation de la production en France. On va essayer de remonter cette proportion » de mascottes fabriquées en France, avait alors promis la ministre des sports et des JO, Amélie Oudéa-Castéra. Notamment dans l’usine bretonne de Doudou et Compagnie, au sud-est de Rennes.
Dans les années 1990, l’entreprise a suivi la vague de délocalisation des manufactures vers les pays asiatiques. « Avec nos prix et la rentabilité, on ne pouvait pas lutter contre ce mouvement », justifie Alain Joly, à la tête du groupe de jouets depuis 1975. Les peluches comptent parmi les produits manufacturés aux coûts les plus élevés en raison de la main d’œuvre nécessaire à leur élaboration.
Trente ans plus tard, le dirigeant a misé sur la Bretagne, choisie pour son savoir-faire historique, pour relocaliser une partie de sa production. « Il y a quarante ans, la plus grosse usine de peluches en France était ici, relate-t-il. Les premières ouvrières de Doudou et Compagnie en venaient, ce qui a permis d’assurer les compétences. »
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