C’est une courte vidéo humoristique d’à peine dix secondes, comme il en abonde sur TikTok. Une jeune femme se filme, l’air faussement accablé, sous la légende « Donc mariage là, tu n’es plus maître de ton corps, chaque 4 heures on doit te réveiller ! » En d’autres termes : le devoir conjugal s’impose aux femmes, et si leur époux entend avoir des relations sexuelles, elles sont à disposition. La séquence, postée mi-janvier par l’influenceuse ivoirienne Anne Obou, est devenue virale ces dernières semaines sur les réseaux sociaux, suscitant des commentaires hilares.
« Quand tu dis que tu es fatiguée, on te dit : “Est-ce que c’est toi qui vas faire effort ? Faut juste te placer !” », écrit une internaute à grand renfort d’émojis. Une autre témoigne : « Des fois, il introduit sans ton consentement, et quand tu veux feinter, bim ! C’est déjà dedans. » Le ton général est à la franche rigolade. Les internautes se disant « choquées » sont rares, et plus encore celles qui qualifient ces récits de « viols conjugaux ». Ce qu’ils sont pourtant si l’épouse n’est pas consentante.
« Quand on essaie d’en parler, on nous répond qu’on exagère, soupire la militante féministe Marie-Paule Okri. On nous inculque depuis l’adolescence que le corps de la femme est fait pour donner du plaisir à l’homme. » Les relations sexuelles entre époux, explique-t-elle, sont pour les femmes « à la fois un devoir et un honneur. Pour elles, un mari qui les force à avoir des rapports sexuels, c’est un mari fidèle, donc le mari idéal. Elles pensent que si elles refusent de céder à ses exigences, leur mari ira inévitablement les tromper ».
En Côte d’Ivoire, l’expression « viol conjugal » sonne encore comme un oxymore. L’article 403 du code pénal définit comme un viol « tout acte de pénétration à but sexuel imposé par violence, menace, contrainte ou surprise » – ce qui inclut les relations sexuelles initiées pendant le sommeil –, « quelle que soit la nature des relations existant entre l’auteur et la victime ». Mais il introduit aussi une nuance : « S’ils sont mariés, la présomption de consentement des époux à l’acte sexuel vaut jusqu’à preuve du contraire. » Comme une confirmation implicite que la « communauté de vie » qui fonde le mariage comporte aussi l’obligation d’avoir des relations sexuelles.
« On ne demande pas son consentement à sa propriété »
Pour l’ONG Akwaba Mousso, qui accueille et suit des victimes d’abus sexuels, notamment des sévices domestiques, le viol fait pourtant partie intégrante de l’arsenal des violences conjugales. Près de 40 % des personnes prises en charge par l’association confient en avoir été victimes. Comme cette femme, dont le mari initiait la nuit des rapports sexuels : « Il commençait par une approche “douce”, explique Abi Yeo, assistante sociale de l’ONG. Et si elle lui disait non, il la forçait. » « Je me souviens d’une autre qui venait de perdre son bébé et avait dû satisfaire les demandes de son mari dès le lendemain, sans égard pour son état de santé », ajoute Abi Yeo.
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