Ce soir de juin 2021, Alex Miezan, 35 ans aujourd’hui, est en boîte de nuit quand il reçoit, vers 1 heure du matin, un texto de sa compagne, Elodie, restée seule à la maison : « Je suis partie à l’hôpital car j’ai des fortes contractions depuis quelques heures, les sages-femmes disent que c’est imminent. » Ivre et ému à la lecture du message, Alex Miezan montre son téléphone aux fêtards autour de lui avant de le ranger dans sa poche, de reprendre ses pas de danse et de recommander un verre, tout sourire.
Sous la pression de certains de ses amis – dont l’auteur de ces lignes – ou peut-être parce que la soirée bat de l’aile, il finit par monter dans un taxi en direction de la maternité située dans un quartier central d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire.
« Qu’est-ce que je vais faire là-bas ? se demande-t-il. A chacun son rôle. Moi, la seule chose que j’ai à faire, c’est de trouver l’argent pour payer le séjour médical. » Une fois sur place, le jeune homme reste sur le parvis de l’établissement sans assister à la naissance de sa fille. Deux ans plus tard, pour la naissance de son deuxième enfant, Alex Miezan a envoyé sa sœur pour épauler la mère de ses enfants. Il n’éprouve aucun regret d’être resté en retrait à deux reprises. « C’est la coutume qui veut ça », glisse-t-il en riant.
En Côte d’Ivoire, l’accouchement est une affaire de femmes dont les hommes s’excluent eux-mêmes. A l’instar d’Alex Miezan, nombreux sont ceux qui ne se sentent pas concernés par cet événement et qui ne tiennent pas à le vivre de près. Le futur père envoie traditionnellement sa mère, une sœur ou une tante pour le « représenter ».
« Je pourrais donner cent bonnes raisons pour expliquer mon absence, mais la plus importante à retenir est que ce n’est pas ma place et que je n’avais aucune envie d’y aller », assume Roland Tokpa, 44 ans. Pour ce père de trois filles qui a appris les heureuses nouvelles « au travail, à la maison et au maquis [bar-restaurant populaire de rue] », l’accouchement est « réservé aux femmes ». « Ça a toujours été comme ça », lâche-t-il. Une référence au fait que jusqu’à une époque pas si lointaine, en Côte d’Ivoire, les matrones, puis les sages-femmes, étaient les seules à accoucher les femmes, avant que les gynécologues – encore en majorité des hommes – participent à leur tour au processus de délivrance.
« Pas de place pour moi »
Pour se défendre et expliquer leur absence, d’autres mettent en avant des raisons pratiques, et notamment le fait qu’à l’hôpital public l’accès aux salles de naissance est filtré et rendu difficile pour les hommes, à cause du nombre important de femmes qui s’y trouvent au même moment. Les mêmes ajoutent, à raison souvent, que la vétusté des infrastructures sanitaires publiques ne permet pas aux visiteurs de séjourner plusieurs heures, voire plusieurs jours, dans ces établissements.
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