En Guinée, le système D, comme Doumbouya

« L’axe » renoue avec les violences. Sous la junte du colonel Mamadi Doumbouya au pouvoir depuis le 5 septembre 2021 ou sous les précédents régimes, la route Le Prince, qui troue comme une saignée de misère les faubourgs les plus populeux de Conakry, est toujours au bord de l’explosion. Son goudron est piqué de stigmates noirs laissés au fil des mois par les pneus enflammés.

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Jeudi 10 mai, la colère des jeunes a de nouveau jailli sur l’artère. Ceux-ci répondaient à l’appel du Forum des forces vives de Guinée, un large front de contestation coalisant les principaux partis politiques, les syndicats et la société civile. Les Forces vives dénoncent l’impasse du dialogue politique destiné à redonner le pouvoir aux civils. Elles s’impatientent devant l’incapacité de la junte et de son gouvernement à établir un calendrier crédible de la transition.

Au soir de cette journée, le Forum avançait un bilan déjà lourd, non confirmé par le pouvoir, de 7 morts. Ils s’ajoutent aux 17 victimes mortellement touchées pas les tirs des forces de sécurité depuis que les militaires ont éjecté Alpha Condé du fauteuil présidentiel qu’il occupait depuis 2010.

« Liberté confisquée »

A l’époque du coup d’Etat, ils furent pourtant nombreux à applaudir Mamadi Doumbouya. Cet ancien de la légion étrangère française avait poussé Alpha Condé hors de la scène politique. L’ex-opposant radical au dictateur nationaliste Ahmed Sékou Touré (1958-1984) puis au putschiste Lansana Conté (1984-2008) n’était plus qu’un autocrate vieillissant. Il avait étouffé par la force, au cours des mois précédant sa chute, le mouvement de protestation qui avait vainement tenté de l’empêcher de tordre le cou à la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat. Plus d’une centaine de manifestants étaient tombés sous les balles des forces de l’ordre. Les geôles se remplissaient d’opposants.

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« Les putschistes devaient nous rendre la liberté confisquée pendant Alpha [Condé]. On y a cru pendant trois mois. Depuis, la situation des libertés va de mal en pis », dénonce maintenant Abdoul Sakho, coordinateur du Forum des forces sociales de Guinée, la composante société civile des Forces vives. Ce militant a lui-même été violemment interpellé le 11 mars par la gendarmerie, « en dehors de toute procédure ni autre motivation que l’intimidation ».

La liste des entorses aux droits fondamentaux s’allonge. Oumar Sylla, alias Foniké Mangué, Ibrahima Diallo et Mamadou Billo Bah, trois personnalités de l’ancien Front national pour la défense de la constitution (FNDC) – coalition à la pointe de la lutte contre Alpha Condé, dissoute par la junte – ont été emprisonnés arbitrairement pendant dix mois. Ils avaient violé l’interdiction formelle, bien qu’anticonstitutionnelle, de manifester. « Une transition militaire ne justifie pas de mettre les droits humains entre parenthèses », dénonce Me Amadou Diallo, avocat d’opposition engagé.

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