En Guinée, un commando armé fait sortir de prison l’ancien dictateur Dadis Camara – Libération

Le militaire était actuellement jugé pour plus d’une centaine de meurtres et viols orchestrés en 2009 lors d’un rassemblement de l’opposition. Son avocat pense que l’ancien dictateur ne s’est pas évadé mais qu’il a été enlevé.

Une sortie de prison spectaculaire et pour l’instant aucune explication solide. L’ancien dictateur guinéen Moussa Dadis Camara a été sorti de prison ce samedi 4 novembre au matin par un commando lourdement armé après des échanges de tirs nourris dans le centre de Conakry, selon des avocats et une source judiciaire. Au moins deux autres anciens responsables actuellement jugés comme le capitaine Camara pour un massacre perpétré en 2009 sous sa présidence ont également été extraits de la prison, selon ces sources, sans qu’apparaisse clairement si Moussa Dadis Camara s’était échappé de son plein gré.

L’assaut du commando a réveillé avant l’aube le centre de la capitale au son des armes automatiques. Un groupe de militaires masqués et lourdement armés est arrivé vers 4 heures du matin devant la prison dont ils ont forcé les accès, raconte une source judiciaire sous le couvert de l’anonymat compte tenu de la sensibilité du sujet. Ils ont déclaré «être venus libérer le capitaine Dadis Camara». À l’intérieur, les assaillants, qui semblaient connaître les lieux, se sont dirigés vers la cellule du capitaine et l’en ont extrait ainsi que d’autres détenus pour les emmener vers une destination inconnue.

Soupçons d’enlèvement

«Le procureur général m’a confirmé que mon client avait été sorti de prison par des hommes lourdement armés», a confirmé l’avocat de Dadis Camara, Jocamey Haba, évoquant la possibilité que son client ait été emmené contre son gré. «Je continue de penser qu’il a été enlevé. Il a confiance en la justice de son pays, c’est pourquoi il ne va jamais tenter de s’évader», a-t-il ajouté en faisant référence au procès en cours. Selon lui, la «vie (de son client) est en danger».

L’opération a secoué Kaloum, quartier de la présidence, des institutions, des affaires et d’un certain nombre d’ambassades, mais aussi de la prison centrale. «Il y a des tirs d’armes automatiques et de guerre» à Kaloum, disait aux premières heures du jour un habitant du secteur. «Le centre-ville est bloqué depuis l’aube, pas d’entrée ni de sortie, a confirmé un commerçant. On voulait aller au port où je travaille, mais nous avons été empêchés (de passer) à l’entrée de la presqu’île de Kaloum, où des blindés ont été déployés.»

La Guinée, pays à l’histoire politique tourmentée depuis l’indépendance vis-à-vis de la France, vient d’entrer dans la deuxième année de ce procès, pour lequel Moussa Dadis Camara était détenu depuis le début des audiences en septembre 2022. Les accusés répondent d’une litanie de meurtres, actes de torture, viols et autres enlèvements commis le 28 septembre 2009 par les forces de sécurité au stade du 28-Septembre et aux alentours, dans la banlieue de Conakry, où s’étaient réunis des dizaines de milliers de sympathisants de l’opposition.

Au moins 156 personnes y ont été tuées et des centaines blessées, et au moins 109 femmes violées, selon le rapport d’une commission d’enquête mandatée par l’ONU. Ce procès s’est ouvert alors que le nouvel homme fort du pays, le colonel Doumbouya, a promis après son coup de force de refonder l’Etat guinéen et de faire de la justice sa «boussole».

Après le putsch de 2021, le colonel Doumbouya s’est fait investir président et s’est engagé sous la pression internationale à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de deux ans à partir de janvier 2023. Les Forces vives de Guinée, collectif de partis et d’organisations d’opposition ont dénoncé des engagements non tenus et une dérive autoritaire, évoquant une «dictature naissante».

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