Dangelo Néard, directeur de la Bibliothèque nationale d’Haïti, a indiqué que le bâtiment avait été pris d’assaut ce mercredi 3 avril par des gangs armés. « On m’a rapporté que les malfrats sont en train d’emporter les meubles de l’institution. Ils ont également saccagé le générateur du bâtiment. J’ai alerté la police pour une intervention rapide », a-t-il précisé.
Une attaque survenue quelques jours après l’anniversaire de l’institution patrimoniale, qui fêtait ses 84 ans en tant que « gardienne d’État de tous les savoirs en circulation en Haïti ». « Nous avons des documents rares, vieux de plus de 200 ans, ayant une importance patrimoniale qui risquent d’être incendiés ou dégradés par les bandits », s’est encore inquiété le directeur.
D’autres structures éducatives et culturelles ont été attaquées par des gangs armés, notamment l’École Nationale des Arts (ENARTS) et l’École Normale Supérieure (ENS), elles aussi situées dans la capitale Port-au-Prince.
Le lundi 1er avril, le Petit Séminaire Collège Saint Martial, à Port-au-Prince également, a été ciblé par des « bandits armés », mais la Bibliothèque Haïtienne des Spiritains, un des plus anciens établissements patrimoniaux de Haïti, n’a pas été touchée par l’attaque.
Fin mars, plusieurs groupes armés ont aussi ciblé une école, incendiant plusieurs salles de classe. « Les attaques contre les écoles violent les droits des enfants et le droit international humanitaire. Les écoles devraient être des espaces sûrs et protégés en permanence. Il est difficile de croire que des enfants doivent vivre dans la peur permanente de telles attaques. Cela ne doit pas être leur réalité. Les attaques contre les enfants et les familles doivent cesser, une fois pour toutes », avait déclaré le représentant de l’UNICEF en Haïti, Bruno Maes.
Depuis le début de l’année, près de 900 écoles ont été fermées temporairement en Haïti, privant environ 200.000 enfants de leur droit à l’éducation.
Crise au long cours
La situation politique s’est considérablement aggravée depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, président d’Haïti de 2017 à 2021, qui a laissé voir à la communauté internationale la menace de gangs armés de plus en plus audacieux. Depuis la mort du chef d’État, l’instabilité est de mise, avec un intérim assuré par le Premier ministre Ariel Henry.
Les gangs cherchent depuis à déstabiliser le pouvoir, dont l’autorité a été considérablement affaiblie par plusieurs affaires de corruption, mais aussi une crise économique de grande ampleur, qui laisse les Haïtiens dans la misère.
Ariel Henry a promis qu’il démissionnerait pour laisser sa place à un conseil de transition, lequel devra ensuite nommer un nouveau Premier ministre. Selon Leslie Voltaire, un des membres du conseil, « il y avait une tête qui n’avait pas de volonté politique pour combattre l’insécurité, pour combattre la misère du peuple, pour permettre que fonctionnent les aéroports, les ports, etc. et qui a laissé la situation se pourrir », comme il l’explique à l’AFP.
Au moins 1500 personnes ont été tuées depuis le début de l’année, et plus de 50.000 ont quitté Port-au-Prince, pour fuir la violence, dans des conditions sanitaires déplorables.
Photographie : la Bibliothèque nationale, Port-au-Prince, en 2018 (Lëa-Kim Châteauneuf, CC BY-SA 2.0)
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