Qui peut sauver Haïti ? Les informations en provenance de ce pays des Caraïbes sont absolument tragiques : des gangs qui contrôlent 80% de la capitale Port-au-Prince, qui attaquent deux prisons et libèrent 3800 prisonniers, une criminalité affolante au rythme de 13 morts par jour l’an dernier, et, pour compléter le tableau, un premier ministre et président par interim qui ne peut même plus rentrer dans son pays.
Le chef du principal gang, Jimmy Chérizier, un ancien policier surnommé « Barbecue », a lancé cette mise en garde surprenante : « soit Haïti devient un paradis, soit il devient un enfer pour tout le monde ». L’enfer, on le voit bien, le paradis imaginé par « Barbecue » parait plus difficile.
La brusque montée des périls a une explication : en octobre dernier, alors que la police haïtienne était dépassée par les gangs, le gouvernement s’est tourné vers les Nations Unies. Le Conseil de sécurité a voté l’envoi d’une force multinationale de sécurité de 5000 hommes, pilotée par le Kenya qui doit envoyer 1000 policiers.
Le problème est que cinq mois plus tard, cette force n’est toujours pas sur place ; et les gangs rivaux se sont unis pour renforcer leurs positions avant son arrivée.
Cette force suffira-t-elle à rétablir l’ordre ? On peut en douter, car la longue histoire des interventions étrangères dans l’île ne prête guère à l’optimisme. Sans remonter à la colonisation française dont Haïti s’est libéré il y a plus de deux siècles, ni à l’occupation américaine pendant près de vingt ans, au début du XX° siècle, les dernières expériences ont été désastreuses.
En 1994, les États-Unis, alors dirigés par Bill Clinton, ont envoyé 20 000 hommes dans le cadre d’une opération joliment baptisée « rétablir la démocratie ». Elles étaient de retour dans les années 2000, avec des forces françaises, canadiennes et chilienne, suivies de casques bleus des Nations Unies, présents jusqu’en 2019. Le bilan de ces interventions est, pour être poli, mitigé.
La communauté internationale a également beaucoup promis lors du séisme catastrophique de 2010, mais le bilan est résumé dans le titre du documentaire accablant du cinéaste haïtien Raoul Peck : « Assistance mortelle ».
En fait, depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse il y a bientôt trois ans, le pays a perdu pied : il a été impossible d’organiser la moindre élection pour le remplacer, et les gangs ont pris le dessus sur un État défaillant.
La Communauté internationale est bien démunie pour aider Haïti. Les États-Unis refusent d’envoyer des troupes comme le leur a demandé le premier ministre Ariel Henry, aujourd’hui hors du pays ; ils se contentent prudemment, avec le Canada, de payer la facture de l’envoi des policiers africains, comme une assurance-vie pour préserver un semblant de stabilité à quelques encablures de leurs côtes. Les Haïtiens semblent bien seuls, alors qu’ils vivent un enfer sur terre.
« Nulle part peut-être ailleurs au monde, la vie jongle ainsi avec la mort, la vie est héroïque », écrit Caroline Bourgine à propos d’Haïti, dans son « Dictionnaire des Caraïbes » (Caraïbéditions, 2023). « La vie jongle avec la mort », une formule qui pourrait servir de devise au chef de gang « Barbecue », l’homme qui promet le paradis – ou l’enfer.
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