Au second tour de la présidentielle 2022, les départements et régions d’outre-mer et collectivités d’outre-mer (DROM-COM) ont créé la surprise : à l’inverse de la France métropolitaine, nombre d’entre eux ont accordé une victoire, parfois large, à Marine Le Pen. La candidate du Rassemblement national (RN) a recueilli 69,6 % des suffrages exprimés à la Guadeloupe et 60,8 % à la Martinique, 60,7 % en Guyane, 54,7 % à Saint-Barthélemy, ainsi qu’à Saint-Pierre-et-Miquelon (50,6 %). Comment s’expliquent ces chiffres ?
Une abstention très élevée
Tout comme en 2017, l’abstention est la grande gagnante de ce second tour. Alors qu’il s’élève à 28 % en métropole, le taux d’abstention des territoires ultramarins s’envole à 53 %, en moyenne. La part des abstentionnistes atteint 65,2 % en Nouvelle-Calédonie et dépasse 60 % à Saint-Martin-Saint-Barthélémy (Guadeloupe), en Guyane, ainsi que parmi les Français établis hors de France. Seuls trois territoires comptent moins de 50 % d’abstentionnistes : Wallis-et-Futuna (38,62 %), La Réunion (40,61 %) et Saint-Pierre-et-Miquelon (42,91 %).
Un vote protestataire
Alors que les électeurs d’outre-mer avaient largement favorisé Jean-Luc Mélenchon au premier tour, Marine Le Pen a bénéficié à la fois de l’abstention massive et du fort sentiment de rejet qui s’exprime vis-à-vis du président Emmanuel Macron après les multiples crises qui ont jalonné son quinquennat.
Cette défiance s’est illustrée par une nette victoire de la candidate du Rassemblement national dans tous les territoires où M. Mélenchon l’avait emporté. Ainsi, Marine Le Pen est largement en tête dans les Antilles, en Guyane, à La Réunion et à Mayotte, seul territoire où elle était en tête au premier tour. C’est à La Réunion qu’elle obtient le meilleur résultat, suivie de la Guadeloupe. L’écart est plus serré à St-Pierre-et-Miquelon et à Saint-Martin-Saint-Barthélémy, où le vote Macron était majoritaire en 2017.
Entre l’élection de 2017 et celle de 2022, la candidate du RN a gagné plus de 47 points à la Martinique, 36 points à la Guadeloupe, plus de 25 points en Guyane, et 20 points à La Réunion.
« Le sentiment anti-Macron est d’une puissance considérable, (…) c’est la même logique en Guyane, alors que la situation sanitaire y était moins tendue », a expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) le politologue Martial Foucault, titulaire de la chaire de recherche sur les outre-mer de Sciences Po. Toutefois, « si un vote Le Pen est majoritaire dans ces territoires (…) c’est quand même un vote par défaut, avant tout, ce n’est pas un vote d’adhésion au programme de Marine Le Pen ».
Une débâcle pour La République en marche
De son côté, Emmanuel Macron subit une défaite inconstestable, alors qu’il était en tête dans tout l’outre-mer, en 2017. Le président sortant a seulement confirmé ses bons scores du premier tour dans le Pacifique Sud, à Wallis-et-Futuna (67,44 % des suffrages exprimés, 40,26 % des inscrits) et en Nouvelle-Calédonie (61,04 % des suffrages exprimés, 20,02 % des inscrits). Il l’emporte toutefois de peu en Polynésie française, avec 51,80 % des exprimés, contre 48,20 % pour Marine Le Pen.
Malgré un renversement du paysage politique de l’outre-mer, Emmanuel Macron continue à séduire les Français de l’étranger, puisque 86,14 % des suffrages qu’ils ont exprimés lui sont octroyés (32,14 % des inscrits) au second tour. Un score très élevé, mais en léger recul par rapport à 2017 (89,31 % des exprimés, 39,23 % des inscrits).
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