C’est peu dire qu’Amélie Oudéa-Castéra a voulu régler ses comptes, mardi 30 janvier, à l’occasion des vœux du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Devant l’amphithéâtre comble composé des principaux acteurs du sport français – dont le président du CNOSF, David Lappartient, et le patron du Comité d’organisation des Jeux de Paris 2024, Tony Estanguet –, la ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des Jeux olympiques et paralympiques a méthodiquement répondu aux accusations dont elle fait l’objet depuis l’élargissement de son portefeuille le 11 janvier.
Sur la polémique née de ses critiques contre l’école publique et de la scolarisation de ses enfants à Stanislas, un établissement privé conservateur parisien, Amélie Oudéa-Castéra n’arrive toujours pas, dit-elle, à s’excuser d’avoir évoqué ses « souvenirs de maman ». « Je ne me suis pas comportée comme quelqu’un de bien », a ajouté la ministre qui, immédiatement après son « mea culpa », accuse certains, après le discours de politique générale du premier ministre, Gabriel Attal, de faire d’elle « le symbole d’une caste privilégiée à combattre, à abattre ». « La seule chose dont j’ai hérité de ma famille, c’est l’amour du travail bien fait », a insisté la ministre, visiblement émue et déterminée.
Amélie Oudéa-Castéra avait commencé son intervention en citant les premiers vers de Si, le poème de Rudyard Kipling, « celui qui se termine par “Tu seras un homme, mon fils” ». Il était accroché au mur de sa chambre quand « [elle] étai[t] petite ». La ministre dit y avoir beaucoup pensé ces derniers jours, prise en pleine tempête politique.
« Je ne laisserai pas le sport se faire insulter »
Dans son élan, Mme Oudéa-Castéra, les mains bien accrochées au pupitre, a lancé sa contre-offensive contre le rapport rendu public le 23 janvier par la commission d’enquête sur les dysfonctionnements des fédérations sportives. Amélie Oudéa-Castéra, personnellement critiquée dans les travaux parlementaires sur le montant de son salaire quand elle était directrice générale de la Fédération française de tennis, s’est dite déçue que « le rapport de 250 pages ait été biaisé ». Elle l’avait qualifié de « militant » peu avant sa publication.
Ce rapport, selon elle, n’est qu’un « copié-collé », pour partie, de propositions qu’elle avait faites alors qu’elle dirigeait l’association Rénovons le sport français, a-t-elle dénoncé. Un rapport qui accuse le sport français d’« inertie », « qui passe sous silence toutes les avancées » effectuées par le mouvement sportif en matière d’éthique et de probité, alors que « Roxana [Maracineanu, ministre des sports de 2018 à 2022] et moi-même nous sommes battues comme des lionnes ».
Stupeur dans la salle. « J’aime être challengée. Je suis heureuse de servir de paratonnerre mais je ne laisserai pas le sport se faire insulter », a conclu, combative, Amélie Oudéa-Castéra, chaudement applaudie par un auditoire qui l’a soutenue pendant le week-end dans une tribune signée par une cinquantaine de dirigeants sportifs.
Présentes dans la salle, les députées de Vendée Béatrice Bellamy (Horizons) et des Hauts-de-Seine Sabrina Sebaihi (Europe Ecologie-Les Verts), respectivement présidente et rapporteuse de la commission d’enquête, encaissent. La deuxième ira même s’expliquer avec la ministre à la fin du discours. Echanges vifs entre les deux femmes. « Son discours était lamentable, je lui ai dit que la fébrilité n’excusait pas tout, c’est indécent et irrespectueux pour le travail des parlementaires. Et elle aurait pu avoir un mot pour les victimes qui ont été auditionnées dans le cadre de la commission d’enquête, ce qu’elle n’a pas fait », a réagi Mme Sebaihi, qui a donné rendez-vous à la ministre dès mercredi 31 janvier lors des questions au gouvernement.
Sourires sur les visages des responsables du mouvement sportif, manifestement pas mécontents de la sortie d’Amélie Oudéa-Castéra. « Elle était en famille, elle avait des choses à dire », résume, satisfait, un proche de la ministre.
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