Encore championnes du monde, comment les handballeuses sont devenues LA référence des sports co féminins
Au début, il n’y avait rien. En 1998, quand Olivier Krumbholz succède à Carole Martin à la tête des Bleues, personne ne s’intéresse à cette équipe de France féminine de hand qui ne gagne jamais rien. Le Lorrain est tout seul à barre d’un navire sans équipage. Pour son premier match contre l’Espagne, il prend en main une sélection où l’on frôle l’amateurisme.
« Le jour du match, le médecin est venu me dire : ta capitaine s’est mis un produit dans le nez qu’il ne fallait pas : elle ne peut pas jouer. C’était Catherine Pibarot, qui a connu un destin tragique (décédée en 2010 dans un accident d’escalade). Je n’ai pas eu ma capitaine pour le premier match gagné difficilement 24-23. »
« Cette belle aventure est vraiment partie de très, très loin »
Actuelle présidente de la Ligue féminine, championne du monde 2003 et consultante du groupe TF 1 sur le Mondial, Nodjialem Myaro s’en souvient. « À mon époque, nous étions à peine semi-pros. Personne ne jouait dans des grands clubs européens, nos propres clubs n’allaient pas loin en Coupe d’Europe comme aujourd’hui. Cette belle aventure est vraiment partie de très, très loin. »
Elle est aussi partie très vite. Dès 1999, pour la première finale mondiale perdue, 12 millions de Français découvrent devant leur télé des joueuses inconnues. Le premier titre en 2003 envoie les nouvelles héroïnes sur les plateaux et à la Une des magazines.
Vingt ans plus tard, les Bleues du hand sont avec le foot, le rugby et les garçons, la seule sélection que TF 1 diffuse avec BeIN SPORT dès qu’il y a une finale. Parce qu’il y a promesse d’audience. « Le hand est un sport attractif, pense Amandine Leynaud, la gardienne championne olympique à Tokyo et responsable des gardiennes de l’équipe de France. Il plaît aux gens car il est beau à regarder et agréable à jouer. Il est facile à comprendre pour tout le monde. On s’y amuse très vite, même sans trop maîtriser les règles. » Le hand reste un sport très pratiqué dans les cours d’EPS au collège et au lycée. Il fait naître des vocations plus que tôt que d’autres, foot mis à part bien sûr.
« En parallèle, reprend la patronne de la Ligue féminine, nous nous sommes considérablement professionnalisées. Olivier (Krumbholz) a désormais un staff de 13 personnes qui va de l’adjoint aux analystes vidéo en passant par les kinés, un médecin, un psychologue, un entraîneur des gardiennes, la responsable presse. Il a construit quelque chose d’extraordinaire en partant de rien mais s’il a pu le faire, c’est parce que derrière lui, tout le monde a suivi à toutes les époques : formation, clubs, fédération et ligue. »
Les joueuses sont évidemment désormais toutes professionnelles et sur le groupe de vingt qui est au Danemark, huit jouent en Ligue des champions à Metz ou Brest, les deux géants français, et quatre évoluent à l’étranger.
Résultat de cette évolution, les Bleues du hand ont tout gagné aux XXIe siècle : JO, Mondiaux, Euro. Il y a eu des accrocs, bien entendu : une élimination en quart de finale du Mondial à Bercy en 2007, le souvenir le plus douloureux du sélectionneur. « Cela a été terrible, le pire moment de ma carrière. La salle était pleine, toute ma famille était là, mes enfants, qui étaient petits, pleuraient ». Il y a aussi une piteuse 13e place au Japon en 2019, rattrapée plus tard par la médaille d’or olympique au même endroit. Il y a eu quelques pleurs parfois, mais surtout beaucoup de sourires.
L’équipe de France de hand est la sélection féminine la plus titrée, loin devant les basketteuses, footballeuses et volleyeuses. « À leur décharge, notre sport est moins universel que le foot ou le basket, avoue Valérie Nicolas, la gardienne des championnes du monde 2003. Je ne dis pas que c’est plus facile de gagner chez nous mais au basket, tant qu’il y a les Américaines, c’est quand même dur de gagner une médaille d’or. » Pas faux : contrairement aux autres, le hand a aussi une compétition – Mondial ou Euro – chaque année, donc plus d’occasions d’étoffer un palmarès. Ça compte aussi.
Les mêmes primes chez les femmes que chez les hommes
Ça n’empêche que depuis plus de vingt ans maintenant, ces Bleues sont un moteur pour toutes les autres sélections féminines. Pas uniquement parce qu’il y a des médailles à gagner pour égaler un incroyable palmarès. Le modèle à suivre est aussi hors du terrain. Au pays de la balle collante, la parité hommes-femmes est érigée en totem depuis longtemps. Sur les affiches de promotion des partenaires par exemple, Nikola Karabatic voisine avec Cléopâtre Darleux.
Pas de jaloux, non plus, quand il faut passer devant le comptable. « Depuis plus de vingt ans, les joueuses ont exactement les mêmes primes que les garçons. Notre sport a été le premier à l’instituer et c’est notre fierté », se félicite Valérie Nicolas. Pour ce Mondial, il était prévu que les Bleues touchent chacune 40 000 euros en cas de victoire, 25 000 en cas de défaite. C’est la somme qu’ont touchée les hommes après leur finale perdue en début d’année à Stockholm.
Crédit: Lien source


Les commentaires sont fermés.