épisode • 6/6 du podcast Les inventions qui ont changé l’économie

Avant de devenir un vecteur de développement économique et commercial majeur, le satellite était avant tout une arme symbolique utilisée pendant la guerre froide : au-delà du narratif classique le présentant comme un simple outil de “soft power”, le satellite était d’abord un outil de surveillance et de dissuasion nucléaire. L’année 2022 aura été celle de tous les records pour les satellites artificiels : au total, on dénombre 179 lancements orbitaux réussis (contre 135 en 2021) par 8 pays/groupes de pays différents (Etats-Unis, Chine, Europe, Russie, Inde, Iran, Corée, Nouvelle Zélande). Une hausse impressionnante qui repose en majeure partie sur le déploiement de la constellation Starlink (1722 satellites soit près de 70% du total) et, dans une moindre mesure, de la constellation Oneweb (110 satellites).

Le satellite artificiel, outil de domination diplomatique

A l’origine de l’invention du satellite, les enjeux étaient liés à la surveillance et à la dissuasion nucléaire, Isabelle Sourbès-Verger nous explique « au départ le secteur de l’espace avait un volet stratégique et un volet scientifique, il faut se souvenir que le satellite Spoutnik a été lancé dans le cadre de l’année l’Année géophysique internationale afin de connaître l’environnement de la Terre et cette dimension scientifique se retrouve encore aujourd’hui, en parallèle des enjeux économiques. Les premiers enjeux économiques remontent au début des années 60, avec le président Kennedy, qui, outre la mission Apollo, va lancer la première organisation internationale de télécommunication spatiale et qui va donner lieu à l’organisation Intelsat, dont la totalité de l’infrastructure est fournie par les Etats-Unis. On voit là le rôle pionnier des Etats-Unis dans le développement de technologies qui ont déjà une vocation économique, même s’il s’agit essentiellement de desservir des territoires pour des liaisons intercontinentales« . Aujourd’hui les usages de la technologie satellite se sont multipliés, Murielle Lafaye ajoute « le satellite est devenu indispensable à notre vie au quotidien. Il se retrouve dans tous les secteurs : ils sont la pierre angulaire des prévisions météorologiques, des télécommunications, de la gestion territoriale, pour la santé avec les téléconsultations. Ils permettent d’observer la Terre pour des utilisation liées au renseignement, que ce soit pour des cibles commerciales ou des cibles industrielles. Il faut aussi mentionner ce grand élan international avec la charte Espace et catastrophe majeure où l’ensemble des agences spatiales nationales mobilisent les satellites pour mettre à disposition des sécurités civiles le plus rapidement possible des cartographies, des images permettant d’identifier les zones concernées par les dégâts ou pouvoir déplacer des populations pour les mettre à l’abris« .

L’espace, arène de jeux de domination économique et géopolitique

Face à l’hégémonie indiscutable des Etats Unis, de nouveaux acteurs tentent d’émerger, Isabelle Sourbès-Verger nous explique « si l’on considère les programmes publics ou privés, les États-Unis sont de très loin l’acteur prédominant dans l’espace. Le hiatus entre son budget annuel (près de 60 milliards de dollars contre un peu plus de 35 milliards pour toutes les autres puissances spatiales réunies) continue à accroître son avance technologique ancienne les dotant d’un statut d’hyperpuissance spatiale difficile à contester. Dans ce contexte, les investissements privés renforcent encore l’outil industriel et le fonds de recherche et développement déjà financé par la NASA et le Département de la Défense. Mais on voit bien que d’autres pays/régions (et en particulier la Chine et l’Europe, qui sont les premiers challengers presque ex-aequo des Etats-Unis) tentent de s’affirmer et de s’affranchir de leur dépendance aux Etats-Unis« , Murielle Lafaye complète « la technologie satellite, par son caractère stratégique pour l’économie terrestre, est le théâtre d’un certain nombre de jeux de domination économiques. Bien que l’espace soit un large terrain de jeux, celui-ci n’est pas illimité pour pouvoir assurer la transmission d’informations avec la Terre – en tout cas, tous les positionnements dans l’espace ne garantissent pas la même performance ; les entreprises de télécom comme Starlink, OneWeb ou Kuiper cherchent ainsi à obtenir des placements en orbite basse pour garantir la meilleure couverture réseau au plus bas prix. Il est fréquent que des entreprises émergentes acquièrent des fréquences en les rachetant à des concurrents. Mais il est surtout intéressant d’être le premier sur une orbite : l’avantage du premier entrant est considérable sur ce marché« .

Pour aller plus loin

  • Isabelle Sourbès-Verger : Géopolitique de l’espace (Eyrolles, 2023)

Références sonores

  • Extrait d’interview avec le PDG et fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, et le journaliste de télévision Charlie Rose, 2000
  • Interview d’ Elon Musk sur la chaine américaine CBS News au micro de Scott Pelley, en 2012
  • Archive INA sur  le lancement de Spoutnik, Reportage Les Actualités Françaises, octobre 1957
  • Extrait du film Amélie Poulain, réalisé par Jean-Pierre Jeunet, 2001
  • Extrait du film Un indien dans la ville, réalisé par Hervé Palud, 1994

Références musicales


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