Et si on semait les graines du musée de l’Agriculture en Haïti ?


Défendre la place des musées de l’Agriculture en Haïti, c’est offrir la possibilité aux enfants et aux écoliers, aux jeunes et à leurs parents, aux entreprises et aux institutions évoluant en Haïti, d’encourager et de participer dans les différentes formes de productions spécialisées telles : l’élevage, cultures alimentaires et industrielles, viticultures, plantes médicinales, textiles, entre autres, qui peuvent contribuer à une certaine identité, autonomie alimentaire et rentabilité dans ce secteur tellement négligé, ignoré.

Depuis plusieurs années, en dehors de la fédération des associations des Musées de l’Agriculture, on retient l’association internationale des Musées de l’Agriculture (AIMA), comme un acteur important dans ce domaine peu connu et vulgarisé en Haïti. Cette association rassemble des professionnels des musées d’agriculture du monde entier. L’AIMA encourage la recherche scientifique et favorise la collaboration et les échanges entre les musées d’agriculture et leurs professionnels. Tous les trois ans,  l’AIMA organise un congrès international sur des thèmes spécifiques, informent les responsables de cette institution qui soulignent que dans le futur, l’AIMA entend se consacrer plus particulièrement aux pays en développement, les musées de l’agriculture devant encourager le développement tout en gardant une attitude critique à l’égard des déviations de l’agriculture intensive qui détruit l’environnement et qui touche particulièrement les pays les plus pauvres.

De telles informations devraient stimuler certains des acteurs du secteur agricole haïtien, à inscrire leurs actions en parallèle ou en appui dans une démarche visant à valoriser le patrimoine de ce secteur.  Comment valoriser la place de l’agriculture dans les musées en Haïti, en dehors de l’exposition des femmes et produits agricoles, présentée au musée des Femmes d’Haïti ? Quels sont les principaux objets, les documents, les matériels, les équipements, les aliments, les productions, les produits dérivés  et les œuvres artistiques et patrimoniaux qui pourraient constituer la collection du prochain et premier musée de l’Agriculture en Haïti ?  

Découvrir des angles nouveaux sur le sujet, et offrir la possibilité à l’ensemble des acteurs de la société, et des secteurs de l’éducation et de l’économie, la possibilité d’encourager plus  d’investissement dans la production et la recherche dans le domaine de la production (agricole) locale.

Dédiée à Georges Henri Rivière, la publication de l’UNESCO qui porte le titre : « L’agriculture dans les musées », propose une riche documentation sur cette démarche à la fois scientifique, culturelle et institutionnelle, autour des thématiques suivantes: Un réservoir de variabilité technique: des trésors d’ingéniosité à sauvegarder » ; « Exhiber et signifier. Sémantique de l’exposition dans les musées d’agriculture.”.

Des repères importants sur l’histoire et l’évolution des musées de l’agriculture sont proposés à tous les acteurs de ces différents secteurs connexes: éducation, agriculture, culture, médiation, entre autres. Un espace pour valoriser les travaux techniques des différentes cohortes et des professeurs dans les principales facultés d’Agronomie en Haïti, en tenant compte des activités de coopération, et des régions stratégiques les plus influentes dans la production et le patrimoine agricoles en Haïti.

Défendre le patrimoine rural haïtien, n’est-ce pas un champ peu abordé dans les débats sur l’environnement et l’agriculture en Haïti, en cette année du patrimoine. Une occasion pour écrire l’histoire et l’évolution de ce secteur combien important et stratégique pour le pays, en termes de sécurité, de souveraineté, de socialisation…. 

Dans un contexte global et national, avec des statistiques qui confirment que  de moins de moins de jeunes s’intéressent à la lecture, encore moins aux documentaires et  aux pratiques liés à l’agriculture, l’aménagement d’un espace attractif, éducatif, interactif, multimédia et valorisant pourrait renverser la situation. Les notions de base, les connaissances pratiques sur  les présentations, les classements, les spécificités des arbres, des fruits, des aliments et des animaux seraient mieux enseignées et transmises aux différents publics que le musée va accueillir. 

Des expositions et des animations destinées à informer les jeunes,  sensibiliser leurs parents, et  présenter à la population l’ensemble des  différentes activités, les professions et les opportunités de l’agriculture, et la responsabilité partagée entre tous les membres d’une famille, dans une institution, des pouvoirs publics et de la société en général.  

Des visites régulières seront réalisées toutes les fins de semaine, chaque trimestre et durant toute l’année académique dans les différentes salles d’expositions, les jardins du musée, les salles de projections et d’animations dédiées à l’agriculture dans toutes ses composantes, d’ici et d’ailleurs, incluant les dangers à prendre en compte.

Dans chaque département géographique d’Haïti, il sera possible de présenter au public, les collections agricoles des différentes villes. À travers ce musée national, les différentes éditions des soirées gastronomiques organisées au sein de la faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti, par le professeur Jean Yves Blot,  allaient trouver un espace de conservation, de valorisation et de diffusion des fiches produits par les étudiants qui représentent la richesse des régions du pays, entre les Nippes, la Grand’Anse, l’Artibonite, le Grand Nord, le Plateau central.

Dans une démarche visant à encourager la production agricole dans toutes ses dimensions, les écoles du pays, les mairies et d’autres acteurs des collectivités pourraient commencer par décerner chaque année  des médailles agricoles. Et dans le musée, le public allait pouvoir admirer les noms des personnes, des familles et des institutions primées, comme les établissements scolaires, techniques et universitaires qui investissent dans la promotion, la production, la préparation et la modernisation des équipements et des pratiques agricoles.  

Des musées de l’agriculture à découvrir dans plusieurs pays, qui disposent de communautés importantes d’Haïtiens, on retrouve le musée de l’Agriculture et de l’alimentation du Canada. En terme d’expositions et d’ animations, ce musée propose une riche programmation qui met en valeur les activités suivantes: Installation artistique ; une agriculture pour l’avenir ;  la vie que j’aime, que j’ai choisie ; programmes éducatifs ; recettes ; défi enfant santé, entre autres.

Durant les soixante-dix dernières années, la vie politique haïtienne, et les campagnes électorales ont souvent été toujours dominées par des acteurs et des sujets en lien direct avec le secteur de l’agriculture. De père en fils, Louis Déjoie I et II avaient beaucoup misé sur leur capital et investissement dans l’agriculture. Pendant les élections des années 90, d’autres noms ont bien défilé sur la scène avec des promesses de développement agricole. En dehors de l’ancien président feu René Préval qui utilisait les symboles de l’agriculture, le candidat Siméus, et le président Michel Joseph Martelly, élu sous le chapeau de « Repons Peyizan », et son poulain en 2016, qui a fait campagne sous le slogan de « Neg Bannann nan », Jovenel Moïse, tout laisse croire qu’une exposition sur l’agriculture et la politique en Haïti, a toute sa place dans ce musée national de l’Agriculture, avant, pendant et après les élections.  

Dans ce musée national de l’Agriculture que je vous propose de commencer par semer les graines, à partir de la constitution de la collection,  en dehors des expositions historiques et scientifiques, qui seront présentées dans  la galerie, ils sont nombreux les sujets à valoriser.  Une exposition pour voir les portraits et les réalisations de tous les ministres de l’Agriculture en Haïti, des Premiers ministres et des chefs de l’État agronomes, à ne pas manquer. 

D’autres expositions qui présenteront les locaux des différentes facultés d’agronomie dans le pays, incluant les incendies et d’autres catastrophes associées au secteur, les visages des candidats, les programmes politiques et les partis politiques qui priorisent l’agriculture, la liste des ONG qui investissent dans l’agriculture, autant que les mouvements sociopolitiques, et la riche collection des équipements, matériels, inventions, greffes, produits dérivés, et des oeuvres d’art qui mettent en valeur l’agriculture seront à l’honneur. Les artistes peintres tels: Rony Millien,Evens Florestal, Ricot Jean-Baptiste, figurent parmi les créateurs haïtiens qui valorisent l’agriculture dans leurs oeuvres. 

Dans un hommage rendu au Dr Ariel Azael à l’université Quisqueya le 16 juin 2023, tous les discours et les témoignages permettent de mesurer l’implication et la  qualité des contributions de ce professeur dans le développement du secteur agricole en Haïti. Il n’est certainement pas l’unique, encore moins le dernier nom de cette liste à honorer dans cette génération qui se renouvelle. Qui sont les autres hommes et femmes que ce musée devrait immortaliser ? 

Dans la promotion de ce nouveau chantier des musées innovants qui manquent en Haïti, tous les acteurs du secteur agricole et du patrimoine rural sont invités à participer dans la prochaine publication autour du thème : Musée de l’Agriculture, Agriculture et Musée ou « Agrimuse ».  Il faut à tout prix offrir au pays, cet instrument d’éducation et de conservation, de socialisation autour de la valorisation de la production locale, nationale et transversale. 

Demain, les générations futures seront très reconnaissantes envers les artisans de ce nouvel équipement, ce nouvel espace d’échange, de partage, d’éducation et de promotion de la sagesse et des savoirs de l’agriculture, de la science et des secrets de la vie rurale, de la sociologie et du symbolisme associés à l’agriculture en Haïti. Notre bien commun, notre patrimoine collectif, le musée national de l’Agriculture en Haïti.  

 

Dominique Domerçant

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